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AGRICULTURE

Filière laitière : une reprise progressive, de nouveaux projets en préparation pour structurer le secteur et relancer la consommation

Après plusieurs années de sécheresse, la filière laitière marocaine entrevoit un répit. Les dernières pluies changent sensiblement la donne, aussi bien pour l’agriculture que pour l’élevage. Mais au-delà de cet effet conjoncturel, la Fédération Maroc Lait s’active sur des chantiers structurants, allant de la digitalisation du cheptel à une vaste campagne de promotion de la consommation du lait. Le point avec son président Rachid Khattate.

Le point sur la filière laitière
Le point sur la filière laitière
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Le 15 janvier 2026 à 17h36 | Modifié 15 janvier 2026 à 18h28

Les précipitations qui se poursuivent depuis plus de deux mois maintenant ont eu un impact positif sur l’agriculture comme sur l’élevage. Le cheptel national avait en effet été durement affecté par la succession de sept années de sécheresse, avec une baisse particulièrement marquée au niveau du cheptel laitier, dont les effectifs ont reculé d’environ 30%.

Les pluies récentes devraient réunir des conditions plus favorables à la reconstitution progressive du cheptel, en complément des mesures de sauvegarde mises en place par le ministère de l’Agriculture pour soutenir les éleveurs.

Un cheptel affaibli, mais une dynamique positive relancée par les pluies

Contacté par Médias24, Rachid Khattate, président de la Fédération interprofessionnelle de la filière laitière (Maroc Lait), nous fait le point sur le secteur. "Les dernières pluies sont de bon augure, pas seulement pour l’élevage, mais pour toute l’agriculture nationale", nous affirme-t-il. Pour lui, l’équation de l’eau reste centrale. "Quand il y a de l’eau, il y a de l’agriculture. On entre dans un cercle positif, et c’est la base de tout".

En effet, ces dernières années, le manque d’eau a placé les autorités et les éleveurs face à des arbitrages complexes. "Quand il n’y a pas d’eau, on est contraint à faire des arbitrages qui ne sont pas toujours faciles, soit donner du fourrage, soit faire autre chose".

Dans ce contexte, la priorité a naturellement été donnée à l’eau potable, puis au minimum nécessaire pour préserver une production agricole nationale capable d’assurer une forme de souveraineté alimentaire.

L’arrivée des pluies a permis de sortir, au moins temporairement, de cette situation critique. "Les barrages se remplissent, ce qui pousse les gens à réinvestir et à reprendre les champs", nous explique notre interlocuteur. Les effets positifs sont d’ailleurs déjà visibles, notamment sur certaines cultures comme l’oléiculture, mais aussi sur l’élevage.

Le recensement réalisé l’été dernier avait confirmé les estimations avancées par la profession quelques mois auparavant. "Sur la partie bovine, et surtout laitière, on a perdu 30% du cheptel. On parle de 500.000 têtes. Un chiffre lourd de conséquences. C'est énorme de reproduire 500.000 têtes. Le repeuplement ne peut donc pas se faire du jour au lendemain", estime Rachid Khattate.

La stratégie de reconstitution s’inscrit donc dans le temps, en combinant plusieurs leviers, à savoir l’importation lorsque cela est possible, mais surtout la production locale, à travers des pépinières, l’insémination artificielle et des mécanismes d’encouragement destinés à maintenir l’activité des éleveurs.

Dans ce cadre, la subvention directe accordée aux éleveurs pour l’achat de fourrage a joué un rôle clé. "C’est une très bonne décision des autorités. Un cheptel qui ne se nourrit pas ne peut pas survivre". L’inflation des intrants et la flambée des prix des aliments pour bétail avaient poussé de nombreux éleveurs à réduire leurs effectifs, voire à envoyer leurs bêtes à l’abattoir. "Quand un agriculteur est en difficulté, s’il n’a pas d’argent, il vend sa bête. Il l’emmène aux abattoirs, mais une fois qu’on la consomme, on ne peut pas revenir en arrière".

Avec les pluies, une partie de cette pression s’allège. "Rien que sur les abords des routes, il y a de la verdure. C’est du fourrage. L’éleveur peut donc nourrir ses bêtes sans dépenser autant", souligne notre source. "À cela s’ajoute une deuxième tranche de subventions attendue en avril pour les éleveurs recensés par le ministère de l’Intérieur".

Deux conventions d’environ 36 MDH pour la digitalisation de la filière et la relance de la consommation

Au-delà de l’urgence conjoncturelle, l’interprofession Maroc Lait travaille sur des réformes de fond, en coordination avec le ministère de l’Agriculture, dans le cadre des contrats-programmes de la stratégie Green Génération.

Parmi les axes déjà opérationnels figurent l’amélioration génétique, le contrôle laitier, les unités régionales d’encadrement et les formations sur le terrain. "Tout cela marche, avec des conventions renouvelées chaque année".

Mais deux nouveautés majeures sont en cours de déploiement. "Deux nouvelles conventions ont récemment été conclues entre Maroc Lait et le ministère de l’Agriculture", nous apprend le président de la Fédération.

"La première concerne la digitalisation de la filière, à travers un système intégré de gestion de l’élevage laitier. L’objectif est d’avoir une vision précise du cheptel, de la production de lait, des naissances,  et des mouvements du cheptel".

Le budget mobilisé pour cette convention est d’environ 18 millions de DH (MDH), sur la période 2026-2028. "La donnée, c’est le nerf de la guerre. Si on n’a pas la donnée, on ne peut pas agir".

Le système doit donc permettre de construire des plans d’action ciblés, régionalisés et adaptés aux spécificités locales. "On ne peut pas appliquer les mêmes solutions partout. Les zones irriguées n’ont pas les mêmes problèmes que celles en stress hydrique structurel".

On veut redonner au lait ses lettres de noblesse

Ce chantier, sur lequel travaille Maroc Lait depuis mi-2024, est complexe. "Il ne s’agit pas seulement d’un système informatique, mais aussi de la gestion du changement. Il faut une discipline dans la saisie des données pour que le système soit fiable et reste utile".

La seconde nouveauté porte sur la relance de la consommation du lait, en recul ces dernières années. "La consommation du lait liquide stagne, alors que les autres produits laitiers progressent", déplore Rachid Khattate. Plusieurs facteurs sont en cause, notamment la saisonnalité, les arbitrages budgétaires des ménages en période d’inflation, mais aussi la prolifération de fausses informations sur les réseaux sociaux. "Des pseudo-experts disent que le lait n’est pas bon pour les adultes. C’est faux. Le lait est l’une des meilleures sources de protéines et de nutriments".

Avec une consommation moyenne d’environ 74 litres par habitant par an, le Maroc reste en dessous des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), situées autour de 96 à 98 litres. Pour y remédier, l’interprofession prépare une campagne institutionnelle de grande ampleur, axée sur le lait marocain. "C’est un produit de proximité, produit par des vaches marocaines, qu’on peut consommer à tout moment et par toutes les générations".

À cet effet, un plan de communication est en cours de finalisation, avec un budget de 18 MDH également. "Nous avons constitué un dossier pour montrer les évidences. Nous avons créé un plan de travail sur les trois prochaines années, avec un affichage et un impact médiatique sur 360 degrés, c'est-à-dire sur tous les supports, notamment la télévision, l’affichage et les supports digitaux".

"Pour le Ramadan, nos prévisions en termes d’offre et de demande sont bonnes"

En ce qui concerne le mois de Ramadan, qui approche à grands pas, la filière s’y prépare déjà. D’après Rachid Khattate, les opérateurs ont anticipé la production, en privilégiant les produits à longue durée de conservation, puis les produits frais une fois le mois sacré entamé.

"Le mois de Chaâbane est celui où tous les opérateurs laitiers préparent du lait et des produits laitiers. Ils commencent par l’UHT puisqu’il peut être stocké plus longtemps. Les produits qui ont une longue date de péremption sont donc produits dès à présent, pour libérer un peu la capacité et le volume laitier".

"Une fois que le Ramadan sera là, ce sera au tour des produits de courte durée, notamment des produits laitiers qui sont très prisés pendant ce mois sacré".

Et de conclure : "Nos prévisions en termes d’offre et de demande sont relativement supérieures à l’année dernière, et on espère que la consommation sera au rendez-vous".

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Le 15 janvier 2026 à 17h36

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