inwi et Orange Maroc accueillent Medusa, le câble sous-marin de la Méditerranée
Avec ses 8.760 km de fibre optique reliant 11 pays, le câble Medusa est désormais ancré sur les côtes marocaines à Nador. Fruit d’une collaboration entre inwi et Orange Maroc, ce projet titanesque offre une nouvelle voie de sortie vers l'Europe et dote le Royaume d'une station d'atterrissement "Open Access" de pointe.
Les opérateurs inwi et Orange Maroc ont officialisé, le mardi 16 décembre, l’atterrissement du câble sous-marin Medusa dans la province de Nador, précisément au niveau de la plage de Kariat Arekmane.
Ce projet d’envergure, qui positionne le Maroc au cœur des grandes routes de connectivité reliant l’Afrique du Nord à l’Europe et à l’espace méditerranéen élargi, répond à une stratégie nationale de consolidation de la connectivité internationale.
Medusa : le géant de la Méditerranée et la liaison stratégique d'inwi et Orange
Le système Medusa, réalisé en partenariat avec Medusa Submarine Cable System, n’est pas une simple infrastructure additionnelle. Avec une longueur totale de 8.760 kilomètres, il s’impose comme le plus long système de câble sous-marin à fibre optique de la mer Méditerranée, ayant pour vocation de relier onze pays via dix-huit stations d’atterrissement, créant ainsi un pont numérique allant du Portugal jusqu’à l’Égypte.
Pour la partie marocaine, il s'agit d'une liaison très haut débit (dotée d’une capacité pouvant atteindre 24 Tbps) reliant directement Nador à Marseille sur une distance de 1.416 kilomètres.
Cette nouvelle route internationale constitue un axe de connectivité supplémentaire vers l’Europe, venant compléter les liaisons existantes et renforcer significativement la redondance des infrastructures nationales.
Elle vise à améliorer la fiabilité des communications internationales et à accroître la résilience du réseau face à la croissance exponentielle des usages numériques et à l’explosion des flux de données. L’atterrissement a eu lieu ce mardi 16 décembre 2025, avec une mise en service globale du système prévue pour l’année 2026.
Genèse et ingénierie : les coulisses d’un déploiement complexe
La genèse de ce projet titanesque remonte à l’année 2020. Selon Damien Bertrand, Chief Operating Officer de Medusa Submarine Cable System, la concrétisation d’un tel ouvrage d’infrastructure en Méditerranée est un processus de longue haleine qui débute par une "Desktop Study", une étude théorique visant à définir les points d’atterrissement souhaités et les tracés potentiels.
Cette phase est suivie d’une étude beaucoup plus fine, la "Cable Route Study", indispensable pour adapter le parcours du câble aux réalités des fonds marins. Le tracé doit littéralement épouser les reliefs pour contourner les obstacles majeurs tels que les épaves, les pentes sous-marines trop abruptes ou les zones écologiques sensibles comme les herbiers de Posidonie.
Une fois ce tracé théorique affiné, un navire de sondage est déployé pour parcourir la route exacte et valider physiquement les données des études antérieures. Ce n’est qu’après cette confirmation que débute la phase de fabrication du câble sur mesure, confiée au leader européen Alcatel Submarine Networks, qui adapte le type de câble à chaque segment du parcours.
Enfin, le navire câblier procède au chargement et à l’installation au fond de l’eau, une étape déjà réalisée pour le segment concernant le Maroc, la France et la Tunisie.
De la mer à la terre : un parcours ultra-sécurisé
L’ingénierie déployée pour l’atterrissement à Nador illustre la complexité technique de l’opération. Le câble arrive du large et, pour se prémunir des risques liés aux activités humaines comme le chalutage ou les ancres de navires, il est enterré à une centaine de mètres de profondeur à l’approche des côtes.
Il rejoint ensuite la terre ferme au niveau de la "Beach Manhole" (BMH), une chambre de raccordement en béton située sur la plage de Kariat Arekmane. De là, le signal emprunte le "Fronthaul", une liaison terrestre ultra-sécurisée longue de 2,5 kilomètres.
Ce segment est construit en architecture d’anneau, disposant de deux chemins distincts, un principal et un secondaire, afin de garantir une continuité de service absolue même en cas d’incident physique sur l’un des axes.
Ce Fronthaul achemine le trafic jusqu’au cœur du dispositif terrestre : la "Cable Landing Station" (CLS).
La "Nador Cable Landing Station" : une infrastructure d’accueil inédite signée Orange Maroc
C’est ici qu’intervient l’expertise spécifique d’Orange Maroc, qui joue son rôle d’architecte d’infrastructures critiques en livrant la "Nador Cable Landing Station". Mohamed Benali, Chief Technology & Information Officer à Orange Maroc a exprimé sa grande fierté de voir aboutir cette réalisation, soulignant qu’il s’agit de la toute première station d’atterrissement "Open Access" du Royaume.
Conçue et réalisée grâce à des expertises locales, cette infrastructure est destinée à accueillir Medusa mais possède également la capacité d’héberger d’autres câbles futurs, étant ouverte à tout opérateur souhaitant s’y connecter. Située sur un terrain de 3.500 m2, la station abrite une surface couverte technique de 465 m2. Elle dispose d’une capacité IT initiale de 140 kW, qui est conçue pour être extensible jusqu’à 5 mégawatts afin d’abriter les équipements futurs de terminaison de câble.
Sur le plan de la résilience et de la performance, la CLS de Nador est un data center sécurisé certifié "Uptime Tier III Design". Le bâtiment technique est alimenté par deux chaînes électriques entièrement séparées physiquement de bout en bout. Cette redondance inclut deux arrivées de moyenne tension fournies par l’ONE en boucle, deux transformateurs distincts, ainsi que deux groupes électrogènes dotés d’un système de démarrage automatique.
Pour pallier toute micro-coupure, des onduleurs et des batteries assurent une autonomie supérieure à vingt minutes, permettant une transition fluide entre les sources d’énergie. De plus, le site utilise des systèmes de climatisation de dernière génération pour maintenir les équipements actifs dans des conditions optimales.
Efficacité énergétique et engagement durable : une station éco-responsable
Orange Maroc a également placé l’efficacité énergétique et l’écologie au centre de la conception de la station. La toiture du bâtiment accueille cent quarante-quatre panneaux solaires, représentant une puissance installée de 80 kWc.
Cette installation photovoltaïque contribue à hauteur de 18% à la consommation globale d’énergie de la station lorsqu’elle est à pleine charge.
En termes d’efficience, Mohamed Benali a mis en avant un indicateur de performance énergétique, le PUE (Power Usage Effectiveness), atteignant au centre un score remarquable de 1.3.
Sachant qu’une bonne infrastructure optimisée se situe généralement autour de 1.5, ce chiffre de 1.3 témoigne d’un niveau d’efficacité très élevé, minimisant drastiquement les pertes d’énergie non dédiées aux équipements informatiques.
Le choix stratégique de l'Oriental
Le choix de la région de Nador pour cette infrastructure ne doit rien au hasard. Des études topologiques approfondies des fonds marins ont identifié le segment entre Nador et Saïdia comme l’endroit le plus propice pour l’atterrissement. Ce choix géographique répond à un impératif de diversité et de sécurité.
Jusqu’à présent, la connectivité du Maroc reposait majoritairement sur des câbles atterrissant sur la façade Atlantique ou via le détroit de Gibraltar. En ouvrant une porte numérique sur la Méditerranée, le Royaume renforce sa résilience.
Comme le rappelle Damien Bertrand de Medusa, le délai moyen de réparation d’un câble en Méditerranée est de 14 jours. Disposer de multiples routes géographiquement distinctes est donc la seule garantie d’une continuité de service ininterrompue.
Conçu pour une durée de vie de vingt-cinq ans, soit l’équivalent d’une génération, ce câble, couplé à la station de pointe d’Orange Maroc, assure au Royaume d’aujourd’hui un accès pérenne et souverain à la bande passante internationale, consolidant son rôle comme hub numérique régional.
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