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Transition vers l’innovation : l’enquête nationale de Gen J pointe les freins

L'enquête révèle une prise de conscience croissante de l'importance de l'innovation au Maroc, mais cette dernière reste largement opportuniste, reposant sur un écosystème fragmenté et freinée par des obstacles structurels comme le financement, la faible collaboration entre les acteurs et un cadre réglementaire inadapté.

Transition vers l’innovation : l’enquête nationale de Gen J pointe les freins
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Le 3 octobre 2025 à 14h10 | Modifié 3 octobre 2025 à 15h41

Le manque d’innovation dans une économie en voie de développement peut causer l’essoufflement de sa croissance. C’est ce qu’on appelle le piège des pays à revenu intermédiaire. Le Maroc, prisonnier de sa croissance autour des 3% en fait partie, estime Tarik Haddi, président de la fondation Gen J, pour qui l’innovation devient aujourd’hui un impératif économique.

«L’innovation ne peut être efficace et pérenne que si elle repose sur une approche systémique. C’est précisément la mission de Gen J et de son plan d’action : structurer un environnement propice à l’émergence d’une génération marocaine d’entrepreneurs innovants capables de rayonner à l’international », déclare-t-il.

C’est dans cette optique que Gen J a présenté, ce lundi 29 septembre au Technopark de Casablanca, les résultats et les recommandations de "l’Enquête nationale sur l’innovation au Maroc", qu’elle a menée avec ses partenaires.

Cette étude vise à apporter des données fiables sur l’état des lieux de l’innovation au Maroc, à identifier les obstacles et à proposer une feuille de route pour la transformation en économie de l’innovation.

« Les résultats de cette enquête nationale montrent des avancées notables mais confirment des freins structurels persistants et notamment la faiblesse des synergies entre toutes les parties prenantes, ce qui freine l’émergence d’innovations de rupture et leur passage à l’échelle », précise Tarik Haddi.

Les acteurs conscients de l’importance de l’innovation mais peu structurés pour la mener de manière stratégique

L’enquête révèle qu’il existe bel et bien des formes d’innovation chez les entreprises marocaines. Cependant, celles-ci sont souvent opportunistes, c’est-à-dire non structurées et basées sur l’imitation, l’observation ou le hasard.

Près des trois quarts des entreprises interrogées déclarent innover en interne, mais sans structuration formelle pour la majorité, tandis que seules 31% d'entre elles placent l’innovation au cœur de leur stratégie.

Les entreprises marocaines abordent l’innovation différemment selon leur typologie. Le rapport révèle que les startups sont naturellement les plus enclines à innover, mais se trouvent confrontées au manque de moyens. Les PME innovent généralement plus par nécessité que par ambition stratégique, alors que les grandes entreprises sont celles qui arrivent à adopter une innovation plus planifiée. Quant aux dépôts de brevets, ils restent largement dominés par les multinationales.

D’autre part, c’est l’innovation qui concerne les produits ou services, ainsi que la personnalisation des offres clients qui attirent le plus les entreprises marocaines. L’étude montre également que très peu d’entreprises intègrent l’expérimentation systématique ou l’innovation technologique de rupture.

L’innovation dans les entreprises marocaines suit des processus souvent informels, un pilotage peu clair et un recours partiel aux méthodes agiles, à l’open innovation ou à l’intrapreneuriat. Au niveau managérial et des ressources humaines, un progrès limité est enregistré, porté par les enjeux de talent, de flexibilité et de collaboration. Toutefois il reste peu institutionnalisé.

L’accès au financement, la culture du risque et la fragmentation de l’écosystème comme principaux freins

Près de la moitié des entreprises interrogées déclarent que l’accès au financement reste le principal frein à l’innovation et ce malgré une offre croissante. Mais le rapport relève aussi d’autres obstacles importants tels que le manque de la culture du risque et de la structuration de l’écosystème.

Cet écosystème souffre également de l’absence d’une gouvernance claire et d’une coordination interacteurs efficace. Tandis que le soutien public demeure parcellaire, et peu lisible pour les acteurs du terrain.

Le rapport pointe un faible lien avec le monde académique. Seulement 33% des entreprises collaborent avec des laboratoires universitaires, tandis que l'initiative de la collaboration vient majoritairement du monde académique (73% des cas), ce qui traduit un manque d'articulation et de réciprocité de la part des entreprises, notamment des PME.

On identifie aussi un écart persistant entre la recherche scientifique et les besoins concrets de l'industrie, ce qui empêche les innovations de rupture de voir le jour.

L’économie de l’innovation ne doit pas être résumée à l’économie numérique

L'économie numérique, telle qu'elle est souvent mise en œuvre, se concentre sur la modernisation des services, le développement des infrastructures digitales et le soutien aux startups technologiques.

Le rapport fait cette distinction pour élargir la vision stratégique du Maroc au-delà d'une simple logique de rattrapage technologique. L'économie de l'innovation est présentée comme une approche systémique qui doit devenir la matrice de toutes les politiques publiques.

Le rapport invite ainsi à passer d'une politique sectorielle du numérique à une vision d'ensemble où l'innovation devient le moteur d'une transformation économique, sociale et culturelle profonde pour le Maroc. Cela passe par une valorisation du capital humain et par un développement cohérent des écosystèmes territoriaux.

Des recommandations synthétisées en 7 axes

Enfin, le rapport propose une feuille de route faite de recommandations, de leviers opérationnels, de modèles d’inspiration internationale et d’initiatives en préparation par Gen J. Ces recommandations peuvent être résumées en 7 axes :

1. Investir massivement dans l’économie du savoir (éducation, R&D, talents).

Le rapport souligne la nécessité de renforcer le capital humain comme pilier d'une économie innovante. Cela commence dès le plus jeune âge par une école publique de qualité, accessible à tous, qui enseigne aux enfants à « apprendre à apprendre » et développe la créativité et l'esprit critique. Au niveau supérieur, il s'agit de faciliter les partenariats entre universités et entreprises à travers un cadre juridique et fiscal incitatif, de valoriser la recherche appliquée via des plateformes de transfert technologique et de mobiliser les talents, y compris ceux de la diaspora. L'objectif est de former suffisamment d'innovateurs pour assurer la transition du Maroc vers une économie du savoir.

2. Déployer un cadre réglementaire agile, propice à l’expérimentation.

Pour libérer le potentiel d'innovation, il est crucial d'adapter la réglementation, souvent conçue pour une économie traditionnelle. Cette recommandation préconise d'identifier et de lever les freins juridiques qui bloquent les nouveaux modèles économiques. Cela passe par la création d'un statut juridique spécifique pour les startups innovantes, la modernisation des instruments financiers (comme les stock-options pour les entreprises non cotées), l'adaptation de la fiscalité pour être plus incitative pour les PME et l'assouplissement des règles des marchés publics pour y inclure les entreprises innovantes.

3. Alignement des politiques industrielles sur les objectifs d’innovation.

Cette recommandation insiste sur le besoin de concentrer les efforts sur des domaines stratégiques pour lesquels le Maroc possède des atouts. Il s'agit de concevoir des politiques publiques industrielles ciblées dans des secteurs clés comme le Big Data, l'intelligence artificielle, la FinTech ou les énergies renouvelables. Cet alignement implique de structurer des dispositifs d'appui dédiés (accès au foncier, à la commande publique, à l'assistance technique) et de mettre en place des partenariats public-privé inspirés de modèles internationaux performants, comme le modèle ARPA, pour piloter des programmes de recherche à fort impact dans des domaines comme la santé ou le climat.

4. Développement multi-niveaux des écosystèmes (micro à méta).

L'innovation naissant de dynamiques collectives, il est recommandé de structurer les écosystèmes à quatre niveaux complémentaires : micro (lieux de proximité comme les fablabs), méso (dynamiques d'innovation interne aux entreprises), macro (plateformes collaboratives autour d'une grande entreprise pivot) et méta (coopération de tous les acteurs à l'échelle d'un territoire). L'objectif est de connecter les initiatives aujourd'hui éclatées en combinant une approche frugale et rapide (lancement de labels, de challenges nationaux) avec une vision de structuration à plus long terme (création de réseaux, de fonds dédiés).

5. Structuration de l’innovation en entreprise (outils, pilotage, culture).

Cette recommandation vise à transformer l'innovation au sein des entreprises d'une pratique souvent opportuniste à un levier stratégique structuré. Elle met l'accent sur la nécessité de développer des compétences en gestion de l'innovation chez les dirigeants et de mettre en place des processus clairs, des outils adaptés et des indicateurs de performance pour mesurer l'impact des initiatives innovantes. La Fondation Gen J contribue à cet axe en proposant des formations, des outils d'évaluation et un accompagnement pour aider notamment les PME à formaliser leur démarche d'innovation.

6. Transformation culturelle pour faire de l’innovation une norme.

Pour que l'innovation devienne systémique, une transformation culturelle est indispensable. Il s'agit de dépasser une approche purement technique pour faire de l'innovation un vecteur de sens partagé, qui répond aux besoins réels des citoyens et des territoires. Cette recommandation appelle à promouvoir une culture de l'expérimentation, du risque et de l'apprentissage par l'échec. Cela se traduit par des actions de sensibilisation à grande échelle et le déploiement d'initiatives comme les "clubs d'innovation" dès l'école primaire pour ancrer cet état d'esprit dès le plus jeune âge.

7. Création d’une gouvernance nationale de l’innovation pour orchestrer l’ensemble.

Face à la fragmentation actuelle des efforts, cette dernière recommandation préconise la mise en place d'une instance centrale de gouvernance de l'innovation, rattachée au plus haut niveau de l'État. Cette entité aurait pour mission d'assurer la cohérence des politiques, de coordonner les acteurs, de piloter la stratégie nationale et d'en évaluer l'impact. L'organisation de deuxièmes Assises nationales de l'innovation serait un moment clé pour co-construire cette gouvernance et établir une vision partagée, transformant l'innovation en matrice de toutes les politiques publiques.

L’enquête nationale : une méthodologie scientifique et une initiative à inscrire sur le long terme

L’enquête a été réalisée auprès de 370 acteurs clés qui comprennent 239 entreprises, 72 institutions académiques et 65 organismes de financement. Selon une méthodologie scientifique, reposant sur un échantillonnage représentatif couvrant les 12 régions du royaume et représentant 14 secteurs économiques. La collecte des données a combiné des questionnaires structurés, des entretiens semi-directifs et une analyse secondaire des données.

Une approche comparative des résultats avec ceux de 2018 a permis d’identifier les tendances et d’apporter une perspective évolutive de l’innovation au Maroc. En effet, cette enquête fait suite à une autre similaire qui avait été conduite en 2018 par l’Observatoire marocain des pratiques de management (OMPM) qui participe également à cette version de 2025.

L’ambition affichée par les auteurs est de le transformer en baromètre d’innovation qui soit publié de façon triennale. C’est dans ce but que Gen J et ses partenaires proposent l’idée d’un Observatoire national de l’innovation doté de ressources et d’un mandat opérationnel qui inscrit cette initiative dans la durée.

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Le 3 octobre 2025 à 14h10

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