La croissance économique au plus haut niveau depuis 2017
L’économie marocaine a bondi de 5,5% au T2-2025, son plus haut niveau depuis 2017 (hors 2021). Dopée par la reprise sectorielle et la baisse des subventions des produits, l’activité reste portée par la demande intérieure, soutenue par l'investissement public, tandis que le relais du privé se fait toujours attendre.
La croissance de l’économie nationale s’est nettement accélérée au deuxième trimestre 2025, atteignant 5,5% en glissement annuel contre seulement 3% à la même période de 2024.
Il s’agit du taux de croissance le plus élevé depuis celui enregistré au T2-2017 (hors rebond mécanique de 2021, après la pandémie).
Alors quelles sont les forces à l’origine d’une telle performance de l’économie marocaine ?
Une croissance dopée par le BTP, le tourisme, l’industrie et la baisse des subventions
D’abord, il s’agit d’une reprise remarquable de plusieurs branches, traduisant en partie un effet de base, puisque leurs résultats au même trimestre de l’année précédente avaient été modestes.
C’est le cas de l’agriculture, qui après une contraction de 4,4% au T2-2024, enregistre une croissance notable de 4,7% en 2025. L’industrie suit la même trajectoire, passant d’une progression limitée de 2,9% un an plus tôt à une hausse remarquable de 6,9%. Dans le tertiaire, le tourisme se distingue particulièrement, avec une expansion à deux chiffres atteignant 10,5%.
Globalement, tous les secteurs ont affiché de bonnes performances. Comparé au T2-2024, le secteur primaire, qui avait enregistré une contraction de 4,8%, affiche désormais une croissance de 4,2% au T2 2025.
Le secteur secondaire connaît la même dynamique, passant d’une progression de 3,1% à un rythme beaucoup plus soutenu de 7,4%. Quant au tertiaire, il renforce également sa contribution, évoluant de 4,2% en 2024 à 4,8% en 2025.
Nous constatons également un effet d’entraînement marqué de plusieurs branches, en particulier le bâtiment et travaux publics ainsi que l'industrie, sur les services connexes tels que le commerce, les services aux entreprises ou encore la logistique.
Par ailleurs, la baisse du poids des subventions (dépenses de compensation) a contribué également à cette croissance.
Une croissance déjà au-dessus des prévisions ?
Sur une base semestrielle, en cumulant un taux de croissance de 4,8% au premier trimestre et de 5,5% au deuxième trimestre, la croissance moyenne s’établit déjà à 5,1% sur les six premiers mois de l’année.La croissance économique au T3-2025 devrait se maintenir aux alentours de 5%Selon nos sources, le T3-2025 devrait rester sur la même trajectoire, avec une poursuite de l’élan observé au T2-2025 dans l’industrie, le tourisme, les mines (notamment les phosphates), le BTP et les autres secteurs.
Cela laisse entrevoir une performance supérieure aux prévisions initiales du HCP et de Bank Al-Maghrib, qui tablaient respectivement sur une croissance de 4,4% et 4,6% pour l’ensemble de l’année 2025.
Il convient de souligner que la trajectoire finale de la croissance en 2025 dépendra largement de l’évolution au T4-2025. L’agriculture a montré une bonne tenue au cours des deux premiers trimestres, mais son évolution au T3-2025, et surtout au T4-2025, demeure tributaire des conditions climatiques.
Si les secteurs secondaire et tertiaire maintiennent leur dynamique actuelle, il sera possible d’atteindre une croissance proche de 5% sur l’ensemble de l’année.
La demande intérieure, l’investissement public et la dette
Étant donné la contre-performance des exportations, la demande extérieure contribue négativement à la croissance. Ainsi, comme d'habitude, la demande intérieure a constitué l'un des moteurs de l’activité économique au T2-2025.
Elle a progressé de 9,2%, contribuant ainsi à la croissance globale. Dans sa décomposition, l’investissement brut se distingue avec un bond de 18,9%, apportant à lui seul 5,6 points à la croissance, un record inédit depuis plusieurs années.
C’est à ce niveau que l’analyse mérite d’être approfondie. La croissance actuelle est essentiellement tirée par l’investissement brut, combinant investissement privé et public. Or, en l’absence de données précises et désagrégées sur la part du privé, il est évident que l’investissement public domine la dynamique.
Rappelons que la demande intérieure se définit comme suit :
Demande intérieure = Consommation des ménages + Consommation publique + Consommation des ISBL + Investissement.
L’analyse de la part de l’investissement dans la demande intérieure est révélatrice. Elle est passée de 26,2% au T2-2023 à 28% au T2-2024, puis à 30,5% au T2-2025.
Autrement dit, près d’un tiers de la demande intérieure est désormais porté par l’investissement, dont plus des deux tiers relèvent du secteur public et sont financés en partie par la dette.
Cela dit, la croissance reste en partie tirée par l’endettement, alors que c’est l’investissement privé qui devrait jouer ce rôle. Par nature, l’investissement privé est plus efficient, il crée des emplois durables et contribue directement aux recettes fiscales.
À l’inverse, l’investissement public, notamment au Maroc comme le rappellent l’OCDE et le HCP, souffre d’une efficience relativement faible.
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