img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
ECONOMIE

Depuis 2014, l'activité industrielle augmente, mais son poids dans le PIB stagne entre 16% et 17%

Malgré une croissance nominale de sa valeur ajoutée sur la dernière décennie, l’industrie peine à renforcer son poids dans l’économie nationale. En cause, un déséquilibre structurel entre quelques branches dynamiques et une majorité de segments stagnants ou en déclin. Résultat, le poids de l’industrie dans l’économie marocaine est resté quasiment inchangé.

Les principales branches de l’industrie manufacturière au Maroc et leur poids dans le PIB
Les principales branches de l’industrie manufacturière au Maroc
Par
Le 10 juin 2025 à 18h14 | Modifié 11 juin 2025 à 11h03

En analysant les données du HCP issues des comptes nationaux entre 2014 et 2024, on observe que l’industrie manufacturière, bien qu’ayant enregistré une progression nominale de sa valeur ajoutée, ne parvient pas à accroître sa part relative dans le PIB, ni dans la valeur ajoutée globale de l’économie marocaine.

Une décennie de stagnation

En 2024, la valeur ajoutée de l’industrie s’élève à 243,8 MMDH, contre 153,7 MMDH en 2014, soit une progression de plus de 58,6%. Cependant, sur la même période, le PIB nominal a enregistré une croissance de 59,4%, empêchant ainsi toute augmentation relative du poids de l’industrie dans l’économie.

Pour évaluer le poids de l’industrie dans l’économie, deux approches sont possibles : rapporter sa valeur ajoutée au PIB nominal ou à la valeur ajoutée totale de l’économie (PIB - impôts diminués des subventions). La seconde approche (valeur ajoutée industrielle/valeur ajoutée totale) est la plus rigoureuse, car plus directement comparable et davantage représentative de la réalité.

En effet, la première approche intègre les impôts. Mais les impôts ne sont pas de la valeur ajoutée ; il faudrait donc, pour un calcul juste, ajouter la part des impôts industriels dans la part de l'industrie. Or, cela est impossible, ces chiffres n'étant pas disponibles.

La meilleure manière d'approcher au plus près la part de l'industrie dans le PIB est donc de calculer (valeur ajoutée industrielle/somme des valeurs ajoutées sectorielles). C'est ce que nous avons fait.

Depuis 2014, l'activité industrielle augmente, mais son poids dans le PIB stagne entre 16% et 17%

Si l’on raisonne en parts dans la valeur ajoutée totale, l’industrie manufacturière a connu une progression marginale sur la période 2014-2024, passant de 16,9% à 17,2%, soit un gain de 0,3 point de pourcentage.

Toutefois, cette légère amélioration masque une tendance récente au repli : la part de l’industrie avait atteint 17,8% en 2022, avant de reculer à 17,5% en 2023, puis à 17,2% en 2024.

Elle enregistre ainsi une deuxième baisse consécutive.

Depuis 2014, l'activité industrielle augmente, mais son poids dans le PIB stagne entre 16% et 17%

En revanche, si l’on raisonne en part du PIB nominal, une stagnation encore plus marquée se dessine. Entre 2014 et 2024, le poids de l’industrie manufacturière dans le PIB est resté pratiquement inchangé, s’établissant à 15,3% aussi bien en 2014 qu’en 2024. Il s’agit là d’une stagnation dans le sens le plus strict du terme.

Il convient de rappeler qu’arithmétiquement, pour que la valeur ajoutée de l’industrie progresse en poids dans le PIB, son rythme de croissance doit excéder celui de l’économie nationale dans son ensemble. Or, ce n’est pas le cas sur la dernière décennie, selon les données disponibles.

Pourquoi l'industrie stagne-t-elle ? Une analyse sous-sectorielle s’impose

Pour comprendre les causes profondes de la stagnation de la part de l’industrie dans la valeur ajoutée nationale, il faut confronter le rythme de chaque branche au double étalon : 4,3% de croissance annuelle moyenne pour le PIB et 4,1% pour la valeur ajoutée totale entre 2014 et 2024.

Toute branche évoluant à un rythme égal ou inférieur à ces seuils réduit mécaniquement le poids de l'industrie dans le PIB/valeur ajoutée globale, tandis que les branches plus dynamiques tirent la moyenne vers le haut sans pouvoir, à elles seules, compenser les inerties structurelles.

Entre 2014 et 2024, huit des treize branches d’activité affichent un taux moyen annuel de croissance inférieur à 2%

Voici, pour chaque branche d’activité, le taux de croissance annuel moyen observé sur la période 2014-2024 :

⇒Matériel de transport : 11,5%
Moteur principal de l’industrie, cette branche regroupe l’automobile (véhicules, moteurs, carrosseries, pièces) et l’aéronautique.

⇒Équipements électriques : 8,2%
Constituée de transformateurs, câblages, piles, électroménager et appareils d’éclairage, cette branche profite d’une montée en puissance soutenue par les investissements étrangers, bien qu’elle reste dépendante de l’importation de composants critiques.

⇒Produits chimiques : 7,8%
Englobant les engrais, les produits chimiques de base, les pesticides, les peintures, les encres et les détergents, cette branche bénéficie de l’aval phosphatier.

⇒Ordinateurs, électronique, optique : 6,4%
Cette activité couvre la production de composants électroniques, d’ordinateurs, d’équipements de mesure, de dispositifs médicaux et de matériel optique.

Fabrication de produits alimentaires, de boissons et de tabacs : 5,5%
Cette branche regroupe la transformation de la viande, du poisson, des fruits et légumes, la production d’huiles, de produits laitiers, de farines, de sucre, de boissons (eaux, sodas, alcools) ainsi que le tabac.

⇒Bois, papier, imprimerie : 1,8%
Composée des activités de sciage, de fabrication de panneaux et d’emballages en bois, de production de papier et d’imprimerie.

⇒Produits pharmaceutiques : 1,7%
Comprenant la fabrication de substances actives et de médicaments finis, cette activité progresse lentement et reste dominée par des unités à faible intégration technologique et à forte dépendance aux importations d’intrants.

⇒Textile, habillement, cuir : 1,5%
Incluant la filature, le tissage, l’ennoblissement, la confection, la maroquinerie et la tannerie, cette branche reste centrée sur la sous-traitance à faible valeur ajoutée.

⇒Caoutchouc, plastiques, minéraux non métalliques : +1,4 %
Cette branche comprend les pneumatiques, les emballages plastiques, le ciment, le verre et la céramique.

⇒Machines et équipements : 1,1%
Cette branche comprend les machines agricoles, industrielles, de formage des métaux et les équipements d’usage spécifique.

⇒Autres activités de fabrication, réparation et meubles : 0,5%
Très hétérogène, cette branche englobe la fabrication de meubles, de bijoux, d’instruments médicaux ainsi que la réparation et l’installation de machines.

⇒Métallurgie et ouvrages en métaux : 1,3%
Incluant les aciers, l’aluminium, les tubes, les profilés et les structures métalliques.

⇒Cokéfaction et raffinage : -22,1 %
Constituée uniquement du raffinage pétrolier, elle s’est effondrée après l’arrêt de la raffinerie Samir. Cette disparition a privé l’industrie marocaine d’un maillon stratégique dans la chaîne énergétique, aggravant la dépendance aux importations.

Sur l’ensemble des 13 branches industrielles, seules cinq ont affiché une croissance supérieure à celle du PIB (4,3%) et de la valeur ajoutée totale (4,1%) : il s’agit de l’agroalimentaire, de la chimie, de l’électronique-optique, des équipements électriques et du matériel de transport. Ce déséquilibre structurel explique la stagnation du poids industriel dans l’économie nationale.

Ci-dessous, le dashboard interactif de Médias24 montrant l'évolution des 13 branches industrielles. Vous pouvez sélectionner l'affichage des branches en haut à gauche (sélection multiple).

Medias24
Medias24

À découvrir

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 10 juin 2025 à 18h14

à lire aussi

Sebta et Melilia : un rapport militaire espagnol alerte sur la montée en puissance du Nord marocain
INTERNATIONAL

Article : Sebta et Melilia : un rapport militaire espagnol alerte sur la montée en puissance du Nord marocain

Dans son "Cahier de stratégie" n° 234, le ministère espagnol de la Défense analyse les effets de Tanger Med, de Nador West Med et des nouvelles infrastructures marocaines sur l’équilibre stratégique du détroit. Derrière les considérations portuaires, le document révèle surtout les inquiétudes de Madrid autour du devenir de Sebta et Melilia dans un environnement régional en pleine recomposition.

Engrais : pourquoi le nouveau plan européen ne menace pas le Maroc
AGRICULTURE

Article : Engrais : pourquoi le nouveau plan européen ne menace pas le Maroc

Pour réduire sa dépendance aux importations et sécuriser sa souveraineté alimentaire, la Commission européenne a adopté, le 19 mai 2026, un plan d'action sur les engrais misant sur les fertilisants biosourcés et bas carbone à la place des engrais chimiques. Voici ce qu’il faut savoir sur cette mise à jour et sur ses implications pour notre pays.

Condamnation à 3 ans de prison pour un Émirati ayant incité au mariage de mineures au Maroc
Quoi de neuf

Article : Condamnation à 3 ans de prison pour un Émirati ayant incité au mariage de mineures au Maroc

L’homme ayant diffusé sur les réseaux sociaux des contenus incitant au mariage de mineures au Maroc a été condamné à trois ans de prison et à une amende de cinq millions de dirhams.

Stationnement à Casablanca. Les détails du grand coup de balai que prépare la ville
SOCIETE

Article : Stationnement à Casablanca. Les détails du grand coup de balai que prépare la ville

Le stationnement continue de souffrir d’une gestion jugée anarchique à Casablanca. Pour améliorer ce service, la commune avance progressivement vers une délégation du secteur à un opérateur spécialisé. Ce que l'on sait.

UM6P Hospitals : un pôle médical de haute technologie prend forme à Benguérir
EDUCATION

Article : UM6P Hospitals : un pôle médical de haute technologie prend forme à Benguérir

Formation médicale immersive, hôpital de haute technologie, recherche biomédicale et incubateur de start-up santé… À Benguérir, l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) déploie un écosystème hospitalo-universitaire intégré, articulé autour des soins, de l’innovation et de l’entrepreneuriat.

Rabat : la DGSN prolonge les Journées portes ouvertes jusqu’au 24 mai
Quoi de neuf

Article : Rabat : la DGSN prolonge les Journées portes ouvertes jusqu’au 24 mai

La DGSN a prolongé ses Journées portes ouvertes à Rabat jusqu’aux 23 et 24 mai 2026, en raison de l’engouement du public, afin de permettre aux visiteurs de découvrir ses missions, équipements et actions dans le cadre de sa stratégie de proximité avec les citoyens.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité