Comment le Maroc mise sur la technique des mâles stériles pour protéger ses agrumes
Face à la menace des ravageurs et aux exigences croissantes des marchés d’exportation, le Maroc déploie une solution biologique à grande échelle : la Technique de l’insecte stérile (TIS), visant à protéger les vergers d’agrumes tout en réduisant l’usage des pesticides.
C'est à Agadir que des mâles stériles de cératite sont désormais produits pour protéger les vergers, au sein du Centre national de production de mâles stériles, opérationnel depuis octobre 2023. Le premier lâcher a été réalisé en septembre 2024.
En ligne de mire : la mouche méditerranéenne des fruits (Ceratitis capitata), l’un des ravageurs les plus redoutés des agrumes au Maroc.
Ses attaques entraînent chaque année une baisse des rendements, une hausse des coûts de production et des pertes économiques considérables pour les exportateurs.
Certaines campagnes ont vu jusqu’à 10% des volumes destinés à l’exportation rejetés.
À cela s’ajoutent les exigences phytosanitaires strictes imposées par plusieurs marchés importateurs, tels que la Russie, les États-Unis ou la Chine, qui représentent plus de la moitié des exportations marocaines d’agrumes.
La Technique de l'insecte stérile vient ainsi répondre à ces défis, réduire le recours aux produits chimiques et préserver la compétitivité du secteur.
Une alternative écologique aux pesticides
La TIS repose sur l’élevage de mouches mâles rendues stériles par irradiation avant de les lâcher dans la nature, nous explique Hassan Zouhry, directeur de la Fédération interprofessionnelle des agrumes (Maroc Citrus).
Ces mâles entrent ensuite en compétition avec les mâles sauvages, empêchant la reproduction et réduisant progressivement les infestations. Utilisée avec succès aux États-Unis, au Japon, en Espagne ou encore en Égypte, cette méthode est considérée comme une alternative écologique aux pesticides, répondant aux attentes des marchés d’exportation.
Le Maroc a introduit cette technique en 2008, en important des mouches stériles depuis un centre TIS à Valence (Espagne) pour une zone pilote de 5.000 hectares dans la région de Taroudant.
Trois ans plus tard, l’usage des traitements chimiques y avait été réduit de 25% à 50%. En 2017, une deuxième zone pilote a été lancée à Berkane, avec également des résultats concluants, précise notre interlocuteur.
62 MDH investis dans un centre de pointe
Le ministère de l’Agriculture a lancé, entre 2018 et 2020, la construction d’un Centre national de production de mâles stériles de cératite dans la province d’Agadir. Il s’agit du troisième centre de ce type au monde, après celui du Guatemala et celui de Valence, en Espagne, d’où le Maroc importait auparavant ses mouches stériles.
Doté d’un budget de plus de 62 millions de DH, ce centre a bénéficié du soutien technique de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA). Sa gestion a été confiée à Maroc Citrus, en vertu d’une convention signée avec le ministère de l’Agriculture en septembre 2023. Le centre est devenu opérationnel en octobre 2023, avec un premier lâcher de mâles stériles réalisé en septembre 2024.
Selon Hassan Zouhry, le centre produit actuellement 20 millions de mouches stériles par semaine. "À terme, nous atteindrons une capacité de 130 millions de mouches stériles hebdomadaires", précise-t-il. Cette production vise à couvrir une superficie de 55.000 hectares.
Actuellement, la zone bénéficiaire des lâchers issus du centre se situe autour d’Ouled Berhil, dans la province de Taroudant, couvrant un total de 14.000 hectares.
À ce jour, une superficie nette de 5.500 hectares de plantations d’agrumes bénéficie des lâchers de mâles stériles, avec une densité moyenne de 2.000 individus par hectare. Les lâchers se font par voie terrestre, mais ils devraient bientôt être réalisés par avion, dès que les superficies concernées atteindront au moins 10.000 hectares.
Avec ses 40 employés (dont 4 ingénieurs et 7 techniciens), le centre d’Agadir positionne le Maroc comme le premier producteur de mouches stériles de cératite en Afrique et en Asie.
à lire aussi
Article : Vague de chaleur dès dimanche 28 juin, jusqu’à 45°C dans plusieurs provinces
De fortes chaleurs sont attendues du 28 juin au 1er juillet, avec des températures oscillant entre 38 et 45°C selon les régions. Plusieurs provinces seront placées en vigilance orange.
Article : Bourse : après un repli de 5% depuis le début de l'année, où en est le secteur agroalimentaire ?
Le secteur agroalimentaire coté à la Bourse de Casablanca recule de près de 5% depuis le début de l'année, une contre-performance légèrement supérieure à celle du MASI (-4,2%). Derrière cette évolution se cachent toutefois des trajectoires contrastées. Si Mutandis tente de tourner la page d'une année 2025 difficile, Cosumar traverse une phase de transition avant un rebond attendu, et Lesieur Cristal cherche à restaurer durablement ses marges.
Article : Le Trésor lève 660 MDH sur les maturités de 52 semaines et 2 ans lors de l'adjudication du 24 juin
Le Trésor a retenu 660 millions de dirhams lors de l'adjudication des bons du Trésor du 24 juin 2026. Les levées ont porté sur les maturités de 52 semaines et de 2 ans, tandis que la ligne à 13 semaines n'a fait l'objet d'aucune adjudication.
Article : CDM 2026. Maroc-Pays-Bas, un seizième mémorable s’annonce
En s’imposant face à la Tunisie (3-1), ce jeudi 25 juin, les hommes de Ronald Koeman terminent en tête du groupe F et affronteront donc les Lions de l’Atlas, dans la nuit du lundi 29 au mardi 30 juin à Monterrey, au Mexique (2h). Un seizième de finale qui s’annonce chargé en émotion, aussi bien pour certains internationaux que pour les supporters marocains.
Article : “Escobar du Sahara” : ce que les accusés doivent payer à l'Etat
Au-delà des peines privatives de liberté, le verdict comporte un important volet pécuniaire. Les condamnés devront verser près de 8,5 milliards de dirhams à l'Administration des douanes, auxquels s'ajoutent des confiscations d'avoirs, des sanctions pour infractions à la réglementation des changes et des condamnations civiles.
Article : Affaire Naciri-Bioui, le verdict : jusqu'à 12 ans de réclusion pour les principaux accusés
Abdenbi Bioui a été condamné à 12 ans de réclusion criminelle. Saïd Naciri a, quant à lui, été condamné à 10 ans de réclusion. Les premiers détails.