Le Maroc encore une fois cité pour accueillir l’AFRICOM, mais l'hypothèse reste peu plausible
Contrairement à certaines spéculations relayées dans la presse, la séparation entre l’AFRICOM et l’EUCOM ne signifie pas un déménagement en Afrique. Le Maroc, pourtant régulièrement cité comme destination possible, ne semble ni concerné ni intéressé à ce stade.
Les États-Unis ont entamé une réorganisation stratégique majeure en séparant officiellement leur Commandement pour l’Afrique (AFRICOM) du Commandement européen (EUCOM). Cette manœuvre vise à renforcer l’action directe sur le continent africain, notamment pour contrer l’influence géopolitique croissante de la Russie et de la Chine.
Le Sénat américain a validé cette nouvelle orientation en approuvant la nomination d’un commandant exclusif pour l’AFRICOM, il s'agit du Général de l'US Air Force Dagvin R. M. Anderson. Cette décision confère au commandement une autonomie opérationnelle totale, le détachant de l’actuelle structure conjointe USAREUR-AF (United States Army Europe and Africa), ce qui signale un virage stratégique dans l'engagement militaire de Washington sur le continent africain.
Dans ce nouveau contexte, la question de la localisation du futur siège de l'AFRICOM se pose, et le Maroc est fréquemment cité comme un candidat de premier plan pour accueillir cette base désormais indépendante.
Cependant, pour notre consultant militaire Abdelhamid Harifi, cette perspective est loin d'être acquise et relève davantage de la spéculation que d'un projet concret. Cette idée a été principalement relayée par "certains organes de presse, sous l'influence de forces de lobbying, notamment de l'armée espagnole". Selon notre interlocuteur, il s’agirait moins d’une véritable intention américaine que d’un "lobbying interne en Espagne, visant à obtenir plus de budget pour l'armée espagnole".
Une séparation administrative, pas une délocalisation
Au cœur de son analyse, le consultant distingue la réorganisation administrative de la délocalisation physique. "La création d'un commandement distinct ne signifie pas nécessairement la délocalisation du siège de l'AFRICOM en Afrique", insiste-t-il. Le général Michael Langley, chef sortant de l'AFRICOM, avait lui-même rejeté en juin dernier devant le Congrès l'idée de transférer le siège du commandement en Afrique. Il a justifié cette position en expliquant qu'un tel déménagement représenterait "un coût considérable sans apporter de bénéfice opérationnel pour le justifier".
Cette séparation, techniquement appelée le SETAF, ne concernerait que l'US Army et répondrait à des "raisons purement logistiques et administratives". L’objectif n'est donc pas de "mettre en place un quartier général de l'AFRICOM sur le sol africain".
Souveraineté et précédents historiques du Maroc
Abdelhamid Harifi rappelle que le Maroc est un "pays souverain" et qu'une telle décision ne pourrait se faire sans des "discussions bilatérales" complexes tenant compte des intérêts des deux nations.
Il n'y a aujourd'hui "aucun intérêt apparent pour le Maroc d'abriter ce genre d'interventions, qui pourraient au contraire attiser les tensions". Cette prudence est renforcée par l'histoire : "Historiquement, le Maroc a refusé à plusieurs reprises d'accueillir l'AFRICOM et a même renvoyé les troupes américaines stationnées sur son sol dans les années 70", à la suite de des incidents ayant menacé la sécurité du Royaume.
Une présence américaine qui ne justifie pas une nouvelle base
D'un point de vue stratégique, M. Harifi estime que la nature de la présence américaine sur le continent ne justifie pas une telle installation. L'US Army n'a pas de présence massive et permanente en Afrique ; ses "interventions sont limitées à des formations et des exercices".
Cette séparation, techniquement appelée le "SETAF", ne concernerait que l'US Army et répondrait à des "raisons purement logistiques et administratives". L’objectif n'est donc pas de "mettre en place un quartier général de l'AFRICOM sur le sol africain".
Le modèle actuel fonctionne, comme l'a confirmé le général Langley, qui a affirmé que les opérations pouvaient être gérées depuis les installations de Stuttgart, sans problème". En conclusion, M. Harifi est formel : "il n'y a donc pas lieu d'avoir un commandement de ce genre sur le territoire africain". L'idée que le Maroc puisse accueillir ce nouveau siège semble donc peu probable et relève pour l'instant de la spéculation politique.
La vision du nouveau commandant de l'Africom
Le changement de poste d'Anderson, annoncé officiellement par le Département de la Défense américain le 4 juin, a été finalisé par un vote à voix haute au Sénat le 31 juillet, suite à une nomination reçue du président Donald J. Trump le 28 avril. Il succède au sixième commandant de l'AFRICOM, le général du Corps des Marines Michael E. Langley, qui restera en poste jusqu'à la cérémonie officielle de passation de commandement, un événement prévu à Stuttgart, en Allemagne, au siège de l'AFRICOM.
"Si je suis confirmé, je commanderai les forces armées américaines sous la direction du secrétaire à la Défense et avec l'approbation du président, et je veillerai à ce que l'AFRICOM dispose de forces prêtes et bien positionnées pour exécuter les missions de défense nationale ordonnées, répondre aux situations d'urgence militaire et dissuader les conflits", a déclaré Anderson devant le Comité des forces armées du Sénat.
"Le lieutenant-général Dagvin R. M. Anderson a été nominé pour une promotion au grade de général et pour le poste de commandant du Commandement des États-Unis pour l'Afrique", avait indiqué le Pentagone dans son communiqué de juin dernier, une information désormais confirmée par le Sénat.
Anderson occupe actuellement le poste de directeur du développement de la force interarmées au sein de l'état-major interarmées, où il a joué un rôle déterminant dans l'élaboration des futurs concepts opérationnels de l'armée américaine. Auparavant, il a commandé le Commandement des opérations spéciales en Afrique (SOCAFRICA) de 2019 à 2021.
Ces expériences "éclairent ma compréhension de la nature changeante de la guerre et de la manière dont la future force interarmées doit évoluer pour contrer la menace croissante de la Chine", a déclaré Anderson en réponse aux questions du comité de surveillance du Sénat.
Anderson sera le premier officier de l'Air Force de l'histoire de l'AFRICOM à occuper le poste de commandant. Tous les précédents dirigeants de l'AFRICOM provenaient soit de l'Armée de terre, soit du Corps des Marines.
Dans le cadre de sa confirmation, Anderson a été promu du grade de lieutenant-général à celui de général, un grade quatre étoiles réservé uniquement aux plus hauts responsables militaires américains.
Selon le Service de recherche du Congrès, seuls 37 officiers dans l'ensemble de l'armée américaine détenaient le grade de quatre étoiles en 2023. Ces officiers dirigent les commandements les plus sensibles et à plus haute responsabilité du DoD, y compris le chef d'état-major des armées, les chefs de service et les commandants de combat unifiés comme ceux de l'AFRICOM.
Le processus est constitutionnel et juridiquement rigoureux. En vertu du Titre 10 du Code des États-Unis, le président nomme les officiers au grade de général, et la confirmation du Sénat est requise. Ces promotions doivent être liées à des postes « d'importance et de responsabilité », garantissant que le grade n'est pas symbolique, mais essentiel à la mission.
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