Penalty injustement annulé, mais erreurs bien réelles : retour sur la finale Maroc-Nigeria
CAN féminine. La défaite de l’équipe nationale (2-3) en finale de la Coupe d’Afrique des nations féminine 2024, le samedi 26 juillet à Rabat, s’explique par une combinaison de facteurs. Si la décision controversée de l’arbitre d’annuler un penalty initialement accordé aux Marocaines a pesé lourd dans la balance, elle ne saurait, à elle seule, résumer cet échec.
On pourrait être tenté de mettre la défaite du Maroc en finale de la Coupe d’Afrique des nations féminine 2024 sur le compte de l’arbitrage. Mais ce serait aller un peu vite. Certes, la décision de la Namibienne Antsino Twanyanyukwa d’annuler un penalty pourtant accordé initialement pour une main dans la surface nigériane a sans doute modifié le scénario du match.
Mais la défaite des Lionnes de l’Atlas ne peut être réduite à un seul fait de jeu, aussi marquant soit-il. "Nous n’avons pas gagné cette finale à cause de l’annulation du penalty, mais nous l’avons perdue en raison de petits détails", a parfaitement résumé Jorge Vilda, le sélectionneur national, en conférence d’après-match.
Et ces détails, accumulés tout au long de la rencontre, finissent toujours par faire pencher la balance. Cela dit, commençons par évacuer le sujet polémique du week-end. Si le penalty concédé par Nouhaila Benzina pour une main dans la surface ne souffre d’aucune contestation, celui accordé puis annulé pour une main nigériane, lui, soulève de nombreuses interrogations.
Au regard des différentes images visionnées, "l’arbitre aurait dû maintenir sa décision et accorder un penalty au Maroc", affirme à Médias24 Hicham Tiazi, ancien arbitre professionnel.
Flashback. Les Lionnes venaient de concéder l'égalisation (2-2) et tentaient de repartir à l’offensive.
À la suite d’un corner mal dégagé, Imane Saoud a repris de volée un ballon dévié de la main par Oluwatosin Blessing Demehin. À vitesse réelle, l’arbitre a immédiatement désigné le point de penalty, estimant qu’il y avait eu un mouvement du bras vers le ballon.
Alertée par l’arbitre VAR, Salima Mukansanga (Rwanda), présentée par la CAF comme une "pionnière mondiale de l’arbitrage féminin", Antsino Twanyanyukwa est allée visionner l’action pour se faire sa propre idée.
Toutefois, un seul angle de vue lui a été proposé, "celui qui donnait l’impression que le bras de la joueuse était statique. L’angle révélant clairement le mouvement du bras vers le ballon n’a été visible qu’après l’annulation du penalty", précise Hicham Tiazi. "À mon sens, l’arbitre aurait dû maintenir sa décision", tranche-t-il.
D’autant que le rôle de la VAR est d’identifier les erreurs manifestes, non de se substituer à l’interprétation de l’arbitre centrale. "Un débriefing aura sans doute lieu au sein de la CAF, où les échanges entre l’arbitre centrale et les officiels VAR seront réécoutés", précise notre source.
Néanmoins, quand bien même le Maroc aurait obtenu et transformé ce penalty, rien ne garantit qu’il aurait ensuite résisté au retour des Nigérianes, qui ont fini par inscrire un troisième but. Ce qu’on sait, en revanche, c’est que les Marocaines ont commencé à perdre pied à partir de l’heure de jeu et qu’elles ont raté deux occasions d’aggraver le score par l’intermédiaire de Sakina Ouzraoui.
À ce niveau, cela ne pardonne pas. Notre interlocuteur estime que les Lionnes de l’Atlas peuvent être fières de leur parcours. "Ce n’est pas donné à tout le monde d’atteindre deux finales de suite", souligne-t-il. Mais il reconnaît aussi que, au-delà de la décision arbitrale litigieuse, les Nigérianes disposent d’une bien plus grande expérience.
Le Nigeria a en effet l’habitude de ce genre de rendez-vous. Il a remporté toutes les finales de CAN qu’il a disputées (10) en 13 éditions. Et pourtant, les Super Falcons n’ont rien eu à se mettre sous la dent pendant près d’une heure. Un laps de temps où Ghizlane Chebbak et ses coéquipières ont neutralisé tout danger, avant de craquer physiquement et de pécher par manque d’agressivité et de maîtrise.

Cela s’est vu sur le but du 2-1. Sur une longue touche, Zineb Redouani et Aziza Er-Rabah perdent un duel aérien face à Ijeoma Esther Okoronkwo, dont la déviation amène un centre intercepté de la main par Nouhaila Benzina. Cette action a mis en lumière l’infériorité marocaine dans le jeu aérien (voir statistiques), mais aussi un placement défensif étonnant.
À quelques mètres de là se trouvait pourtant Yasmine Lamrabet, l’une des plus grandes joueuses de l’effectif. Elle aurait pu ajuster son positionnement pour intercepter le ballon, mais elle était occupée à remettre son protège-tibia. À un moment du match où cela devait être le cadet de ses soucis.
La réduction du score aurait dû agir comme un électrochoc, recentrant les Lionnes sur l’essentiel, notamment conserver leur but d’avance. Mais par fougue et inexpérience, le Maroc a continué d’attaquer. Sur le but égalisateur, seulement trois joueuses se trouvaient entre Khadija Er-Rmichi et le ballon. Plutôt que d’intervenir, Nouhaila Benzina, Aziza Er-Rabah et Hanane Ait El Haj ont reculé jusqu’aux abords de leur surface.

À cet instant, la défense était totalement désorganisée. Il a suffi d’une erreur et d’un malheureux coup de billard pour que toute la ligne défensive soit éliminée. Ce but a été un coup de massue. Les Marocaines se voyaient déjà soulever la coupe. Le penalty annulé a fini de les assommer. Et le but de la victoire nigériane les a achevées.
En somme, oui, un penalty aurait pu ou dû être accordé au Maroc. On ne saura jamais à quel point ce fait de jeu aurait changé le cours de la rencontre. Mais ce qui est certain, c’est que la défaite ne s’est pas jouée uniquement là-dessus. Dans un peu moins d’un an, le Maroc organisera de nouveau la Coupe d’Afrique des nations féminine. Et là, la recette du succès est déjà connue, tout comme les pièges à éviter.
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