Jeunes, femmes, urbains : ces électeurs que les partis ne savent plus séduire
RADIOSCOPIE. Être populaire et convaincant ne suffira pas. Il faudra convaincre ses troupes d'aller voter. Tel sera l'enjeu pour les élections législatives de 2026. Au vu des taux de participation des récents scrutins, ce n'est pas tâche facile.
Les partis politiques se préparent à entamer la dernière année du mandat du gouvernement Akhannouch et, avec elle, une année électorale qui s’annonce chaude. La question de qui va diriger ce qui est maintenant communément appelé "le gouvernement du Mondial" semble l’emporter. Or, l’enjeu le plus important pourrait être ailleurs.
Le retour sur les scrutins législatifs tenus au cours des 25 dernières années, révèle deux constantes : une mobilisation électorale limitée et un corps électoral qui reflète imparfaitement la population en âge de voter.
En 2026, ils seront près de 27 millions de Marocains en âge de voter. Les partis devront convaincre et mobiliser les segments les plus faiblement représentés dans les votes, à savoir les urbains et les jeunes.
Au-delà du taux de participation, un corps électoral à élargir
Sur les cinq élections législatives qui ont eu lieu depuis 2002, le taux des votes valides par rapport à la population en âge de voter n’a jamais dépassé 33% (en 2002) ; il est même descendu à 22% en 2011 avant de remonter à 30% en 2021. Ce qui signifie que moins d'un tiers des Marocains en âge de voter décident du sort des législatives.
Si on y ajoute les votes invalides (blancs ou nuls), le taux remonte à 40% pour les élections de 2002 et à 28% pour celles de 2007, 2011 et 2016. Il s'agit donc des Marocains qui se sont déplacés pour voter. Cela pose un sérieux problème de légitimité politique des pouvoirs législatifs et exécutifs. Et également un sérieux défi pour les partis: il ne suffira pas de tenir des meetings, d'avoir un programme, un positionnement ; il faudra convaincre les électeurs de se déplacer et de voter.
Si ces chiffres diffèrent de ceux du taux de participation habituellement pris en compte, et qui ont vacillé sur la même période entre 37% (2007) et 52% (2002), c’est que ce dernier est calculé sur la base du corps électoral, c’est-à-dire l’ensemble de la population inscrite sur les listes électorales. Au Maroc, comme dans d’autres pays du monde, toute personne en âge de voter doit s'inscrire sur les listes électorales.
Évolution du corps électoral en décalage par rapport à la population en âge de voter
Alors que la population en âge de voter a augmenté de 41% entre les élections de 2002 et de 2021, le corps électoral, lui, n’a augmenté que de 26% sur la même période. Quand on analyse cette évolution d’élection en élection, on peut expliquer ce phénomène par plusieurs facteurs :
- Après les élections de 2002, l’âge du vote a été abaissé à 18 ans. En conséquence, la population en âge de voter a considérablement augmenté (+15% en 2007). Le corps électoral, lui aussi, a augmenté sensiblement pour la même raison, mais aussi parce que les MRE se sont vu accorder pour la première fois le droit de s’inscrire aux listes électorales.
- Aux élections suivantes de 2011, le corps électoral a connu une chute considérable, de 13%, alors qu’en même temps la population en âge de voter s’était accrue de 5%. Ceci s’explique par une importante mise à jour qui a été effectuée sur les listes électorales et qui a fait considérablement chuter le corps électoral, malgré les nouvelles inscriptions et la mobilisation qui a suivi le Printemps arabe et la réforme constitutionnelle de 2011.
- Les élections suivantes (2016 et 2021) ont connu une croissance plus importante du corps électoral (+15% et +11%) par rapport à celle de la population en âge de voter (+9% et +7%). Cela peut s’expliquer par la réinscription de personnes qui avaient été évincées des listes électorales en raison notamment de la non-conformité par rapport au lieu de résidence. Malgré cela, ce n’était pas suffisant pour combler la chute enregistrée en 2011.
Les jeunes peu intéressés, l’inscription aux listes électorales se fait trop tard
Enfin, c’est probablement l’élément le plus important, l’écart s’explique par la faible inscription dans les listes électorales des jeunes primo-votants (18-24 ans), ceux qui rejoignent la population en âge de voter pour la première fois.
En 2021, ils étaient 3 millions, dont 1 million seulement ont rejoint les listes électorales. Tandis que les plus âgées connaissent le taux d’inscription le plus important (90%), selon les chiffres du HCP.
Dans un récent entretien avec Médias24, David Goeury, géographe et chercheur à La Sorbonne, explique que l’inscription des Marocains sur les listes électorales se fait tardivement. D’après lui, les jeunes commencent à s’intéresser à la politique à partir des études supérieures, mais cela se traduit rapidement par des déceptions liées au chômage et à leur exclusion des politiques publiques. Ils ne reviennent à la participation que plus tard, vers l’âge de 40 ans, l’âge où l'on observe un pic des inscriptions.
Les urbains déçus et peu convaincus, difficiles à mobiliser
Les chiffres qui émanent d’une note spéciale du HCP à l’occasion des élections de 2021 montrent également un écart important entre les taux d’inscription selon le milieu : 94% pour les ruraux contre 57% pour les urbains.
Face à l’indisponibilité de tels chiffres pour les autres élections, nos calculs approximatifs donnent un taux d’inscription en 2016 de 83% en milieu rural et de 61% en milieu urbain.
En utilisant les données du recensement de 2024 et la situation des listes électorales au 31 mars 2024, nous estimons que cette tendance se maintient pour des taux d’inscription qui tournent autour de 90% dans le monde rural contre 58% dans les villes. Les taux d’inscription par genre se maintiennent également autour de 63% pour les femmes et de 76% pour les hommes.
Globalement, la faible participation des urbains en comparaison avec les ruraux semble être une tendance structurelle du paysage politique marocain. En 2021, le taux de participation à Casablanca, par exemple, se situait entre 20% et 27% selon les circonscriptions, alors qu’il dépassait les 50% dans la plupart des circonscriptions à dominante rurale.
Cela peut s’expliquer par une plus grande capacité des candidats à mobiliser dans le monde rural, mais aussi parce que la population y est plus âgée. David Goeury explique ces chiffres également par une déception des urbains politisés par les expériences au gouvernement de la gauche dans les années 2000, puis des islamistes dans les années 2010.
Ainsi, le plus grand défi sera de convaincre la population urbaine de s’inscrire sur les listes électorales et d'aller voter en 2026. Un grand effort devra également être fait en direction des jeunes et, dans une moindre mesure, des femmes.
Au-delà de la légitimité politique, ces données montrent que ces segments de la population constituent un vivier inexploité pour les partis qui veulent gagner des voix. Mais les reconquérir n’est pas chose facile. Les partis devront soigner leurs messages, trouver les bons projets politiques et les profils adéquats qui pourront les porter. Force est de constater que la faible capacité des partis à générer des projets collectifs intelligibles et à recruter des hauts profils compétents et crédibles n’aide en rien.
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