Au Maroc, l’effort d’investissement peine à se traduire en croissance (HCP)
Entre 2010 et 2023, le Maroc a investi en moyenne 27,5% de son PIB pour une croissance limitée à 2,9%. L’ICOR s’est maintenu à un niveau élevé, autour de 11,8, ce qui confirme la faible efficacité de l’investissement et sa contribution réduite à la création d’emplois. Voici ce qu'en dit le HCP.
Depuis deux décennies, le Maroc place l’investissement au cœur de sa stratégie de développement, avec des niveaux parmi les plus élevés de sa catégorie, porté par l'investissement public.
Pourtant, la croissance qui en résulte reste limitée et, surtout, son impact sur l’emploi et la productivité interroge.
Une croissance en retrait malgré l’intensité de l’investissement
Ce constat n'est pas nouveau. Cependant, il est remis en lumière à la suite de la publication par le HCP de son budget exploratoire, qui revient sur ce paradoxe qui caractérise l’économie marocaine depuis plus d’une décennie.
Malgré des niveaux d’investissement soutenus, la croissance observée reste modérée. Le taux d’accumulation de capital, mesuré par la formation brute de capital fixe (FBCF), s’est établi en moyenne à 26,1% du PIB entre 2000 et 2009, puis à 28% entre 2010 et 2019. Une petite amélioration, certes, qui a reculé sur l’ensemble de la période 2010-2023 pour s'établir à 27,5%.
Malgré cet effort, la croissance économique moyenne s’est infléchie au cours de la même période. Elle est passée de 4,9% entre 2000 et 2009 à 3,5% entre 2010 et 2019, puis à 2,9% entre 2010 et 2023.
En des termes plus simples : l'économie marocaine investit massivement, mais la richesse produite n'évolue pas à la même vitesse que les volumes mobilisés. Alors que l'investissement augmente, la croissance diminue.
Un rendement de l’investissement en nette dégradation
Ce décalage entre volumes investis et croissance obtenue s’observe avec plus de précision à travers l'évolution de l’ICOR (coefficient marginal du capital), indicateur de rendement du capital utilisé dans la note du HCP.
L’ICOR correspond au nombre d’unités d’investissement, en pourcentage du PIB, nécessaires pour générer un point de croissance. Plus l’ICOR est élevé, plus le rendement est faible.
Sur la période 2000-2009, l'économie marocaine présentait un ICOR de 6,1.
Ce ratio, déjà supérieur à celui observé dans les pays de même catégorie, s’est fortement détérioré lors de la décennie suivante, pour atteindre 12,5 entre 2010 et 2019.
Ll'ICOR a baissé tout en se maintenant à un niveau élevé sur la période 2010-2023, avec une moyenne de 11,8
Selon le benchmark fait par le HCP, dans les pays à revenu intermédiaire, ce ratio est resté plus contenu. Il avoisine 5 pour les économies de la tranche inférieure, et 6,3 pour celles de la tranche supérieure.
Une capacité de création d’emplois en repli
La note du HCP analyse également le rapport investissement/emploi. On peut y lire que le contenu en emploi de la croissance s'est sensiblement affaibli au fil du temps.
Sur la période 2000-2009, chaque point de croissance s’accompagnait en moyenne de 30.000 emplois nets.
Cette dynamique s’est affaiblie au cours de la décennie suivante. Entre 2010 et 2019, le nombre moyen d’emplois générés par point de croissance est tombé à environ 20.000. Ce repli témoigne d’une moindre capacité de l’économie à transformer la croissance en opportunités d’emploi.
Et surtout, malgré le rebond économique amorcé depuis 2021, les pertes d’emplois enregistrées en 2020 n’ont toujours pas été entièrement compensées. L’économie marocaine avait perdu plus de 432.000 emplois cette année-là. Or, les créations nettes observées entre 2021 et 2024 demeurent inférieures à ce seuil.
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