Rachid Benali (Comader) : “Nous en avons assez des pressions sur l’agriculteur !”
"Analyses erronées ou biaisées", "instrumentalisation de l’agriculture dans des calculs ou des querelles politiques", "agriculteurs sous pression", "diminution continue des volumes d’eau alloués à l’irrigation"... Les opérateurs du secteur agricole, via la Comader, ont donné une conférence de presse pour éclairer l’opinion publique sur la situation du secteur agricole.
C'est une sortie rare que celle signée par la Comader, ce jeudi 29 mai. L'organisation professionnelle agricole qui regroupe l’ensemble des organisations interprofessionnelles des filières de production agricole veut "éclairer l’opinion publique sur les sacrifices consentis par les agriculteurs, et sur le rôle vital des interprofessions dans le développement et la structuration des chaînes de valeur".
Le président de la Comader, Rachid Benali s'est lancé dans un discours, calme sur le ton, fort dans les termes.
"Nous tenons à insister sur les points suivants", a-t-il dit. "Assez des pressions sur l’agriculteur ! L’agriculteur marocain, en particulier le petit et moyen exploitants, supporte un fardeau immense du fait de la sécheresse, de la hausse des intrants, de la volatilité des marchés et de l’endettement bancaire. Le fait de continuer à lui faire porter la responsabilité de déséquilibres hors de son contrôle – tels que la multiplicité des intermédiaires ou les spéculations – ne sert ni le secteur ni la sécurité alimentaire du pays".
Il appelle ainsi à "réorganiser les circuits de distribution et de commercialisation afin de réduire les intermédiaires et les spéculateurs, tout en renforçant les circuits courts qui permettent une meilleure création de valeur".
Le soutien public est significatif, mais...
"Nous déplorons la persistance de certaines analyses erronées ou biaisées qui imputent à tort au secteur agricole des responsabilités infondées, en ignorant les réalités complexes dans lesquelles évoluent les agriculteurs, et ce sans se baser sur des données scientifiques fiables ni des approches réalistes et équitables", poursuit Rachid Benali.
Ce dernier présente le point de vue des agriculteurs sur plusieurs sujets, notamment le soutien public, l'usage de l'eau et la récupération politique.
Selon Benali, le soutien public "bien que significatif, ne couvre qu’une fraction des coûts réels supportés par les agriculteurs, surtout dans un contexte de crises successives : Covid-19, tensions géopolitiques internationales et sécheresses prolongées". Il avance que ce soutien est alloué "selon des critères clairs, fait l’objet d’un contrôle rigoureux, et bénéficie à tous les opérateurs selon la nature de leur activité et le volume de leurs investissements".
Il fait le parallèle avec la France, "première puissance agricole européenne" où "environ 390.000 agriculteurs bénéficient d’un soutien annuel équivalent à 100 milliards de dirhams. Au Maroc, 1,6 million d’agriculteurs reçoivent à peine 7 milliards de dirhams, un soutien de surcroît exceptionnel et conjoncturel ces dernières années", assure le président de la Comader.
Rachid Benali se prononce également sur ce qu'il a qualifié "d'instrumentalisation de l’agriculture dans des calculs ou des querelles politiques".
"Il est temps de cesser d’instrumentaliser l'agriculture (...) C’est un secteur stratégique qui dépasse les clivages conjoncturels et exige une approche responsable et nationale. La situation actuelle requiert de tous les acteurs – institutions, professionnels, partenaires – un haut sens des responsabilités et un engagement dans une approche concertée", déclare-t-il.
La justice hydrique, le soutien aux agriculteurs, et la convergence des politiques publiques sont les piliers pour assurer la durabilité du secteur et garantir la sécurité alimentaire de notre pays.
Accès à l'eau, exportation de l'eau ... Le point de la Comader
La problématique de l'eau était un des points centraux de l'intervention de Rachid Benali. "Assez des jugements erronés autour de la question du gaspillage ou de l’exportation de l’eau. Nous refusons de réduire le débat sur les exportations agricoles à un discours sur l’exportation de l’eau, car ce discours fait abstraction des réalités scientifiques liées au cycle de l’eau et à la production", avance-t-il.
Il poursuit : ce discours "néglige notamment le fait que l’eau “indirecte” que nous importons via l’achat de céréales, d’huiles et d’autres denrées alimentaires essentielles dépasse de loin la quantité d’eau utilisée pour les produits exportés. Ces exportations génèrent de la valeur ajoutée, des emplois et des devises permettant justement d’acheter les denrées de base".
"Nous sommes pour une gestion rationnelle des ressources, mais nous nous opposons aux discours simplistes et trompeurs", lâche Rachid Benali.
À l'occasion de cette conférence, il appelle aussi à un meilleur accès aux ressources pour l'irrigation. "Je souhaite exprimer, au nom des acteurs du secteur agricole, notre profonde préoccupation quant à la diminution continue des volumes d’eau alloués à l’irrigation, et ce malgré les récentes précipitations significatives enregistrées dans notre pays".
"Le maintien de cette situation, dans un contexte de sécheresse récurrente et de rareté des pluies, constitue une menace réelle pour les investissements agricoles, les moyens de subsistance de milliers de familles rurales et pour la sécurité alimentaire nationale. Il accentue également la vulnérabilité du monde rural", poursuit Benali.
Dans ce contexte, et au vu de l’importance de l’agriculture en tant que moteur économique et pilier de la sécurité alimentaire et de l’emploi dans notre pays, et en cohérence avec les orientations royales relatives à la mise en œuvre du Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027, la Confédération réaffirme :
"La nécessité de garantir à l’agriculture au moins 80% des besoins d’irrigation en toutes circonstances, tout en assurant la coordination et la cohérence entre la politique de l’eau et la politique agricole"
"La révision à la hausse des dotations d’eau à l’irrigation à partir des barrages, en fonction des besoins des zones menacées de pertes totales de production".
"La mise à disposition, dans la mesure du possible, d’une visibilité claire et anticipée pour les agriculteurs sur les volumes et les dates de libération des eaux, en particulier dans les périmètres irrigués, afin de planifier efficacement les opérations agricoles".
"L’implication des organisations professionnelles dans les commissions régionales et provinciales chargées de la gestion de l’eau (dotations allouées à l’irrigation, etc.)".
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