A Fès, le sacré a trouvé sa scène
Fès, 16 mai 2025. Ce vendredi soir, sous un ciel clair piqué d’étoiles, Bab Makina s’est transformée en théâtre d’émotions brutes. La 28ᵉ édition du Festival des musiques sacrées du monde s’est ouverte comme une respiration collective, lente et intense. Fès n’a pas juste accueilli un spectacle. Elle a accueilli un frisson.
Il était 21 h, les ruelles alentours vibraient d’une tension douce, les gens affluaient. Certains pressaient le pas, d’autres traînaient, comme pour savourer le moment avant le basculement. Puis soudain, les murs se sont mis à vivre. Des projections ondulantes, des images chaudes et organiques, comme des souvenirs lumineux. Le thème ? "Renaissances, de la Nature au Sacré". Pas un slogan, une expérience.
Le show a commencé avec les femmes de Mayotte : Cercle solide, voix nues. Aucun effet, juste leur souffle. Des chants envoûtants, presque aquatiques. On aurait dit que la terre elle-même chantait à travers elles.
Puis changement de rythme. Les danseurs du Zaouli sont arrivés masqués, pieds martelant le sol. Le genre de moment où le public retient sa respiration. L’instant où tu ne regardes plus un spectacle : tu y es.
Et ça ne faisait que monter.
Les tambours du Burundi ont frappé. Fort. Brut. Primitif. On ne pouvait pas rester droit, même les plus calmes du public bougeaient, les épaules en rythme, les yeux brillants. Il y avait dans leurs frappes quelque chose de fondamental, de viscéral. Pas du divertissement. Un rappel.
Puis tout s’est figé. Le silence a pris sa place. Et dans ce silence : une voix, Battista Acquaviva. Cristalline, suspendue. Rien de théâtral, juste une présence. Elle chantait entre deux mondes — l’Italie de la Renaissance et la mystique soufie. C’était beau, mais surtout, c’était vrai.
Et puis, Habib Dembelé. Pas besoin de lumières, pas besoin de mise en scène : Il s’est levé, il a parlé, et la foule s’est tue. Il n’a pas joué, il a transmis des mots simples, mais lourds. Des silences pleins. Il racontait l’humain, le sacré, le quotidien. Il disait l’essentiel.
Le public ? Captif. Pas ébloui, connecté. Dans les yeux, cette lueur qu’on voit rarement : celle de ceux qui écoutent vraiment.
Bab Makina, ce soir-là, n’était pas une scène. C’était un pont entre générations, cultures et mondes. Et Fès, fidèle à elle-même, jouait son rôle d’intermédiaire avec une élégance qui ne force jamais.
Quand les dernières notes se sont éteintes, on n’a pas applaudi tout de suite. Il y avait ce moment suspendu, où chacun cherche à retenir ce qui vient de passer. Parce qu’on sait que ce genre de vibration ne se répète pas à la demande.
Le sacré, ici, ne criait pas. Il murmurait. Il ne s’imposait pas, il apparaissait dans un regard, une voix, une percussion. Et c’est peut-être ça, la vraie magie de ce festival : nous rappeler que le sacré n’est pas un lieu ou une foi, mais une sensation. Un battement commun.
à lire aussi
Article : Carreaux céramiques : ouverture d'une enquête antidumping sur les importations indiennes
Le Maroc ouvre une enquête antidumping sur les importations de carreaux céramiques en provenance d’Inde. À l’origine de cette procédure, les industriels marocains du secteur dénoncent des pratiques de dumping et une hausse soutenue des importations indiennes, jugées menaçantes pour la production nationale.
Article : African Lion 2026 : une édition placée sous le signe de l’innovation technologique et de la maturité stratégique
L’édition 2026 de l’exercice militaire African Lion, le plus grand rassemblement de forces armées sur le continent, se déroule du 20 avril au 8 mai. Entre l’utilisation de nouvelles technologies de pointe et une intégration accrue entre les forces marocaines et américaines, cette cuvée marque un tournant qualitatif, malgré une certaine discrétion médiatique dictée par le contexte international.
Article : Quartier Océan à Rabat: démolitions en chaîne et incertitudes sur l’avenir du quartier
Les opérations de démolition se poursuivent dans le quartier de l’Océan à Rabat, où le paysage urbain évolue rapidement sous l’effet d’un chantier de requalification d’ampleur. Entre annonces jugées tardives, incertitudes sur le périmètre concerné et contestation des indemnisations, les témoignages recueillis sur place reflètent une situation confuse.
Article : Le musée du continent africain devrait ouvrir à la fin de 2027 (Mehdi Qotbi)
Porté par la Fondation nationale des musées, le futur musée du continent africain a franchi une étape décisive. Le président Mehdi Qotbi nous annonce que le plus grand complexe muséal d'Afrique, dont les travaux de gros œuvre ont dépassé 85%, entre dans sa phase finale avant une ouverture au public lors du dernier trimestre 2027.
Article : Le jardinier marocain de Jany Le Pen expulsé vers le Maroc pour séjour irrégulier
Selon une information révélée par Le Parisien, Hatim B., un Marocain de 32 ans qui effectuait des travaux de jardinage chez Jany Le Pen, veuve de Jean-Marie Le Pen, a été expulsé le jeudi 23 avril vers le Maroc. En situation irrégulière en France depuis 2017, il faisait l’objet d’une mesure d’éloignement décidée par le préfet des Hauts-de-Seine.
Article : Maghreb : une visite américaine dans un contexte de pression croissante sur l’Algérie
Annoncée par le département d’État, la tournée de Christopher Landau, du 27 avril au 1er mai, intervient dans un contexte marqué par l’implication croissante de Washington dans le suivi du dossier du Sahara et de ses prolongements onusiens.

