Criquets pèlerins. Le Maroc en état de vigilance contre une probable invasion
Après la Libye, la Tunisie et l'Algérie, les criquets pèlerins ont été repérés dans le sud-est du Maroc, comme en témoignent des vidéos et des photos récentes. Face à cette situation, les autorités ont été mobilisées dans les zones touchées et à risque, afin de contrôler la situation de manière préventive.
Depuis quelques jours déjà, la présence d'essaims de criquets pèlerins a été signalée dans plusieurs régions du sud-est marocain, notamment à Bouarfa, Tata et à Zagora. Cette première nuée fait suite à une importante invasion de criquets pèlerins qui a successivement touché la Libye, l'Algérie puis la Tunisie.
Au Maroc, des dizaines de vidéos et des images circulant sur les réseaux sociaux témoignent de leur présence au Maroc, en particulier dans la région de Tata, où une vidéo montre des criquets de couleur jaunâtre recouvrant un mur.
Selon la FAO, le criquet pèlerin (Schistocerca gregaria) est le ravageur migrateur le plus destructeur au monde, qui peut, en une journée, consommer l’équivalent de son propre poids. Il constitue un risque majeur pour les cultures traversées sur sa route. Le criquet pèlerin se reproduit rapidement, et un seul kilomètre carré d'essaim peut contenir jusqu'à 80 millions d'adultes qui peuvent consommer la même quantité de nourriture que 35.000 personnes.
En temps normal, les criquets pèlerins restent dans les zones arides allant du Maroc (sud et sud-est) au reste du Maghreb, à la péninsule arabique et à l’Asie du Sud-Ouest. Dans ces régions très sèches (moins de 200 mm de pluie par an), les criquets y migrent selon les saisons entre leurs zones de reproduction. Mais en période d’invasion, ils peuvent envahir des terres plus fertiles, y compris au nord de la Méditerranée.
Dans son dernier bulletin de veille sur le criquet pèlerin, la FAO a classé la zone occidentale, comprenant les pays du Maghreb et du Sahel, en zone jaune de vigilance, indiquant que des opérations de lutte sont nécessaires.
- Algérie : présence de nombreux groupes de criquets pèlerins, reproduction et larves de premiers stades.
- Libye : groupes d’ailés et reproduction en cours.
- Tchad : petits essaims signalés dans le nord du pays.
- Niger : groupes observés.
- Maroc : seuls quelques ailés isolés ont été détectés.
La situation au Maroc
Durant ce mois, 12 signalements de sites de criquets adultes ont été enregistrés. Ces sites positifs sont principalement situés dans la vallée du Drâa, tandis que 73 signalements de sites de criquets adultes ont été rapportés durant les trois derniers mois à Aousserd, Smara, Assa, Twizki, dans la vallée du Drâa et le sud de Zagora.
Le système de veille de la FAO a signalé, au cours du mois de février, la présence de criquets ailés solitaires, isolés et parfois épars, en phase de maturation ou déjà matures. Ces observations ont été faites le long de la vallée du Drâa, de l’est de Foum El Hassan jusqu’au sud-ouest d’Erfoud, avec quelques adultes en accouplement, ainsi que près de la vallée du Ziz-Ghris et au sud des monts Atlas.
Au cours du mois prochain, des criquets ailés solitaires devraient persister dans le sud des monts Atlas, où une reproduction printanière à petite échelle est prévue sur certains sites. Aucun développement significatif n’est attendu, d’après le système de veille de la FAO.

La situation dans les pays du Maghreb et du Sahel
En Libye, la situation demeure préoccupante dans le sud du pays, où plusieurs champs ont été envahis par ce ravageur. Les autorités évoquent des difficultés majeures à maîtriser l'infestation, compte tenu de l'ampleur de l'invasion.
Les données de la FAO ont signalé, au cours du mois dernier, 38 sites positifs de criquets, dont 3 signalements de sites de criquets grégaires (criquets vivant en groupes), en particulier à proximité des frontières avec la Tunisie et l’Algérie.
De son côté, l’Algérie a signalé une propagation des criquets dans certaines régions frontalières du sud du pays. L’institut algérien de la protection des végétaux a publié un communiqué alertant sur le risque de déplacement du criquet pèlerin vers d’autres régions en raison des vents de sud-est attendus. Les wilayas concernées sont au nombre de 14 : Biskra, Ouargla, El Oued, Touggourt, El Menia, El Meghaier, Djelfa, Laghouat, Ouled Djellal, Tébessa, Khenchela, Batna, Souk Ahras et M’Sila.
En Algérie, selon le site de la FAO, entre le 1er et le 21 mars 2025, 34 sites de présence de criquets au stade larvaire ont été confirmés dans le sud et le sud-ouest algérien, en provenance probable du Niger, et 74 signalements positifs de criquets (402 sites recensés durant les trois derniers mois) dans l’est et le sud algérien. Aucun cas n’a été signalé dans l’Ouest algérien jusqu’à la semaine dernière.
Bien que des criquets aient été signalés dans plusieurs régions du sud de la Tunisie, les autorités affirment que la situation est sous contrôle. Selon les médias locaux, qui rapportent des explications officielles, les criquets proviennent principalement de Libye et d'Algérie en raison des vents récents, et ne représentent pas un risque immédiat pour le nord de la Tunisie, notamment pour la saison céréalière 2025.
Pour le mois prochain, les prévisions de la FAO indiquent que des groupes persisteront dans le sud de l'Algérie, dans le sud et le centre de la Libye, ainsi que dans certaines parties du nord-ouest du Niger, du nord-est du Mali et du nord du Tchad. Avec la montée des températures dans le Sahara, les effectifs acridiens augmenteront avec une génération de reproduction printanière, formant des groupes et des bandes, ce qui nécessitera des campagnes de lutte plus effectives.
Rappelons que la prolifération des essaims de criquets en Afrique du Nord est principalement due à des facteurs environnementaux qui favorisent leur reproduction, telle l'augmentation des précipitations dans ces régions arides. Le changement climatique, avec l'accentuation des phénomènes climatiques violents et imprévus (comme les pluies diluviennes dans le Grand Sahara en septembre 2024), influence également ces invasions.
Dans les temps modernes, notre pays a connu plusieurs périodes d'invasion de criquets : 1914-1919 ; 1927-1934 ; 1941-1948 ; 1954-1961 ; 1987-1989 ; 2003-2005.
Au niveau national, le Centre national de lutte antiacridienne est responsable de la lutte contre ces ravageurs. En plus des unités aériennes et terrestres dont il dispose, le Maroc assure une veille par imagerie satellitaire qui permet de prédire périodiquement, grâce à des modèles, les situations à risque pour les 40 prochains jours (avec une mise à jour tous les 15 jours).
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