Rétrospective. Ces années où les Marocains ont été invités à s’abstenir du rituel du sacrifice de Aïd al-Adha
L’appel royal aux Marocains de s’abstenir d'accomplir le rituel du sacrifice lors de Aïd al-Adha n’est pas nouveau dans l’histoire contemporaine du Royaume. Il s’agit du quatrième du genre depuis l’indépendance du Maroc, et pratiquement toujours pour les mêmes raisons.
Dans une conjoncture difficile où le cheptel national va très mal et où le pouvoir d’achat ne se porte pas mieux, le Souverain s’est adressé au peuple marocain l’invitant à s’abstenir d’accomplir le rituel du sacrifice de Aïd al-Adha. Une initiative pour éviter au pays des séquelles économiques et sociales dont il pourrait payer le prix sur une longue période.
Dans une récente déclaration, Ahmed El Bouari, ministre de l’Agriculture, a révélé que le cheptel national a reculé de 38% par rapport à 2016.
Dans le passé, le Maroc avait fait face à de telles situations : le cheptel national qui dépérit à cause de longs cycles de sécheresse et le souci d’aménager le pouvoir d’achat des citoyens. Lors de toutes ces années où les Marocains ont été invités à ne pas procéder au rituel du sacrifice pendant les célébrations de Aïd al-Adha, tout s’est passé dans un climat de sérénité, à l’exception de l’année 1981.
L’effort de guerre en 1963 et les mouvements sociaux en 1981
L’Aïd al-Adha de l’année 1963 avait coïncidé avec la Guerre des Sables, premier conflit armé du Maroc indépendant avec l’Algérie. L’économie marocaine ne passait pas par une phase glorieuse et il fallait orienter les (maigres) ressources disponibles à l’effort de guerre, conflit qui, heureusement, n’a pas trop duré. Selon les témoignages de l’époque, tout s’est passé dans le calme et la sérénité.
À l'inverse de l’Aïd de l’année 1981, année marquée par plusieurs mouvements de protestation et de grèves contre des politiques jugées impopulaires.
Feu Hassan II avait décrété qu’il n’y aurait pas de sacrifice. Certains citoyens, dans plusieurs villes, avaient bravé la consigne, et le zèle de quelques agents et auxiliaires d’autorité avaient mis le feu aux poudres, notamment dans des localités enclavées comme Goulmima et ses environs, avec des dizaines d'arrestations après la découverte de deux chiens égorgés et suspendus à l'entrée de deux ksour. Des faits d'arrestations arbitraires et de tortures documentés et consignés, plus de deux décennies plus tard, par l’Instance équité et réconciliation (IER).
Derrière les portes closes
Moins de tensions avaient accompagné une décision similaire de feu Hassan II en 1996. Cette année faisait également partie d’un long cycle de sécheresse, et il fallait préserver le cheptel et le pouvoir d’achat des Marocains. Les pouvoirs publics disposaient d’un précieux outil de sensibilisation avec la télévision, et Hassan II avait dépêché Abdelkébir Alaoui Mdaghri, ancien ministre des Habous et des affaires islamiques, pour expliquer aux Marocains la portée d’une telle décision. Ce qui fut fait avec des références religieuses, mais aussi avec des statistiques qui indiquaient qu'il y avait péril en la demeure. En 1996, expliquait l’ancien ministre sur les ondes, les Marocains avaient besoin de 4,7 millions de têtes d’ovins et de caprins pour les célébrations de l’Aïd. Or, le cheptel était estimé à seulement 3 millions de têtes. Équation très difficile qui n’avait qu’une seule et unique solution : s’abstenir du rituel du sacrifice.
Des témoignages d’époque ne rapportent pas d’incidents significatifs, mais plutôt quelques péripéties anecdotiques : certains citoyens avaient pris toutes les précautions possibles pour égorger le mouton et en dissimuler les traces. D’autres avaient quitté leur domicile pour un séjour rural afin de savourer leur boulfaf loin des yeux et du nez des auxiliaires d'autorité. D’autres encore avaient choisi d’anticiper ou de retarder le sacrifice pour ne pas être inquiétés, sachant toutefois qu’aucune sanction n’était prévue contre eux.
2025 : "Merci Majesté", répondent les Marocains
Le 26 février 2025, le Souverain a appelé les Marocains à s’abstenir du sacrifice. Dès cette annonce, les réseaux sociaux ont été inondés de messages de remerciements au Roi. Car, si les chennaka (intermédiaires et spéculateurs) râlent parce qu’ils vont rater l'occasion de se remplir les poches, les pères de familles modestes sont soulagés de ne pas devoir débourser des sommes d’argent inconsidérées ou de s’endetter davantage pour acquérir un mouton. Sans parler des autres dépenses qui ne sont pas moins conséquentes : épices, accessoires, charbon…
"L’année dernière, j’ai déboursé 6.000 dirhams pour acheter le mouton, alors que ma retraite mensuelle est de 5.300 DH. Cette année, je suis soulagé car je n’en achèterai pas et je ne serai pas dans la gêne vis-à-vis de ma famille", nous confie ainsi un père de famille habitant Tamansourt, dans la banlieue de Marrakech. Un exemple parmi tant d'autres.
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