Timahdite, Michlifen, Guigou et Bouiblane : quatre visages d’un rude hiver dans le Moyen Atlas
REPORTAGE. Timahdite grelotte sous un froid mordant, Michlifen déplore l’absence de neige, Guigou redoute les routes bloquées par le gel, et Bouiblane fait face à un hiver aussi majestueux que redoutable. Quatre villages du Moyen Atlas, quatre réalités hivernales qui révèlent les défis d’une région confrontée aux caprices du climat.
L'équipe de Médias24 a emprunté des routes enneigées pour se rendre dans la commune de Timahdite, un petit village perché à 1.800 mètres d'altitude au cœur du Moyen Atlas, sur la route menant vers Midelt et Errachidia. Timahdite est frappée en ce début février par une vague de froid intense qui met à l’épreuve ses habitants.
Les températures glaciales rendent les conditions de vie particulièrement difficiles, surtout pour les familles les plus vulnérables, déjà confrontées à des ressources limitées et qui se retrouvent plongées dans une précarité encore plus profonde.
La visite de Médias24 dans la région a coïncidé avec le déploiement du plan d'urgence visant à apporter soutien et assistance aux populations des régions touchées par la vague de froid.

À Timahdite, le dispositif cible 500 familles. Dans le cadre de cette opération, qui inclut plusieurs mesures, les autorités locales distribuent couvertures et produits de première nécessité aux citoyens vulnérables. Les visages creusés par le froid et la fatigue se réjouissent des aides. "L'hiver est rude dans notre région", nous confie Ytto, une mère de famille dont les mains rugueuses témoignent des années de labeur. "Nous remercions le Roi et les autorités de nous avoir envoyé cette aide. Mais chaque année, c'est la même lutte".
À Michlifen, 60 kilomètres au sud de la ville d'Ifrane, les habitants souffrent d'un problème d'un autre type. Il y a quelques années, la région qui était un paradis hivernal, où les montagnes se couvraient d'un épais manteau de neige, vit aujourd'hui une réalité bien différente. En plein cœur de la saison touristique, les montagnes sont désormais dénudées, et la neige, autrefois omniprésente, fait cruellement défaut. Le froid est là, sans ses bienfaits sur l'activité et la bourse des ménages.
Chaque hiver, les villageois attendaient avec impatience la haute saison pour vendre des souvenirs et louer des équipements de sport d'hiver aux nombreux touristes venus profiter des pistes enneigées. Depuis quelques années, la neige se fait rare.
"Lorsqu’elle tombe, c'est en si petite quantité qu'elle fond souvent dans la journée, laissant les montagnes à moitié nues", regrette Mustapha, un habitant et vendeur de souvenirs et produits artisanaux locaux.
Les montagnes dénudées par l'absence de neige sont un symbole poignant de la sécheresse qui frappe le pays. Pour les habitants de Michlifen, cet hiver sans neige représente plus qu’une simple saison difficile : c’est un avenir incertain qui se profile.
Cette neige, tant attendue par les habitants de Michlifen pour dynamiser leur activité, n’est pas vue d'un même œil à Guigou. Pour cette commune rurale située dans la province de Boulemane, la neige est un ennemi redoutable, car elle paralyse les routes et entrave l'accès aux zones forestières, compliquant ainsi l’accès au bois de chauffage essentiel pour affronter les hivers rigoureux de la bourgade, où les températures peuvent chuter en dessous de 0°C. La vie devient une lutte contre le froid, une bataille où chaque étincelle compte.

Saïd, habitant et revendeur de bois, affirme que, dès qu'il neige dans la région, son activité est "paralysée" et les habitants qui s'approvisionnent d'habitude chez lui ne trouvent plus de quoi se chauffer.
À Guigou, la nécessité du bois surpasse celle des produits alimentaires. "Si l’on devait choisir entre la farine et le bois, le bois serait prioritaire, car c'est ce qui nous permet de survivre", nous confie Mustapha, chauffeur de triporteur à Takhchacht, un douar où une partie des habitants souffre encore de l'absence d'électricité. "Je porte presque une armoire entière de vêtements, et pourtant, j'ai froid dès que je sors travailler tôt le matin', nous confie-t-il.
Sur le mont Bouiblane, perché à 2.400 mètres d’altitude entre les provinces de Taza, Sefrou, Boulemane et Guercif, la neige recouvre le paysage d’un manteau blanc immaculé. Une bénédiction pour la nappe phréatique et un spectacle grandiose pour les amoureux de la montagne, mais aussi un défi au quotidien pour les habitants et les nomades de la région.
Hicham, guide touristique connu dans la région, nous éclaire sur les réalités de ce dur hiver. "La neige est essentielle pour la terre, elle nourrit nos sources et nos rivières. Mais, en parallèle, le verglas complique énormément nos déplacements", expose-t-il en scrutant l’horizon glacé.
Pour les familles vivant dans ces reliefs escarpés, chaque trajet devient une épreuve. L’approvisionnement en denrées alimentaires et en fourrage pour le bétail devient un véritable parcours du combattant, d’autant plus que certains axes sont rapidement impraticables.
Face à ces difficultés, l’intervention des autorités est primordiale. "Les équipes de déneigement sont mobilisées pour rouvrir les routes et permettre aux habitants de rejoindre les villages voisins", explique le guide, soulagé par ces opérations qui allègent le quotidien des populations enclavées. Mais pour lui, cette neige est aussi porteuse d’espoir. "On espère encore d’autres chutes, car elles annoncent une bonne saison pour l’agriculture et le pastoralisme".
Malgré les défis propres à chacune, les quatre localités partagent une même force : une résilience ancrée dans leur histoire et l'amour pour leur terre caractérise les habitants des quatre régions parcourues par l'équipe de Médias24. Si des solutions durables sont parfois difficiles à trouver, l’espoir, lui, ne fond pas. Car, dans le Moyen Atlas, chaque hiver, aussi rude soit-il, finit par céder la place au printemps. Et avec lui, l’espoir d’un avenir où solidarité et adaptation pourraient enfin prendre le pas sur la précarité.
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