img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
POLITIQUE

Ce que pèsent vraiment les syndicats au Maroc

La grève nationale du 5 février est l’occasion de remettre les projecteurs sur le poids des syndicats au Maroc. Que pèsent-ils réellement dans le domaine de l’encadrement, de la négociation, de la médiation sociale et de la défense des masses laborieuses ?

Ce que pèsent vraiment les syndicats au Maroc
Par
Le 7 février 2025 à 16h51 | Modifié 7 février 2025 à 17h24

Ces questions sont plus que jamais légitimes dans la conjoncture sociale et économique actuelle où les syndicats essaient de reprendre du poil de la bête en initiant un coup de force (la grève générale) inédit depuis longtemps au Maroc.

D’un ton triomphal, ce 5 février, les cinq syndicats ayant appelé à la grève nationale ont annoncé un taux de suivi de 80% dans les secteurs public et privé. L’Union marocaine du travail (UMT), qui a fait cavalier seul en appelant à une grève générale de quarante-huit heures (les 5 et 6 février), pousse le bouchon un peu plus loin en annonçant un taux de participation de 84,8% et un pic de 92% dans les services relevant du département de l’Économie et des finances.

Que nenni, répond le gouvernement par la voie de Younes Sekkouri. L’exécutif avance un taux de suivi d’un petit 1,4% dans le secteur privé et de 32% dans le public. Qui croire alors ? Cela est un autre débat.

Une pléthore de syndicats, un très faible taux d’adhésion

Historiquement et dans toute la région, le Maroc a été précurseur pour ce qui est du syndicalisme tout comme pour le multipartisme. Le premier texte réglementaire en la matière remonte aux premières années de l’Indépendance avec le dahir du 16 juillet 1957. L’UMT, plus ancienne centrale syndicale, était née deux années auparavant. Au fil des années, des scissions et des nouvelles créations, le Maroc a fini par se retrouver avec plus de trente centrales syndicales. Là, on ne parle pas de syndicats affiliés, mais d’organisations "mères" qui en comptent plusieurs selon les secteurs (finances, santé, enseignement, collectivités…).

Pour autant, cela signifie-t-il que les Marocains adhèrent massivement aux syndicats ?

Du côté des syndicats, c’est une question taboue, et aucune centrale n’a jamais dévoilé le nombre de ses adhérents. Comme aucune n’a jamais révélé ce dont elle dispose comme patrimoine (fonds, biens immobiliers...).

Pour un début de réponse, nous nous référerons à l’une des sources dont les chiffres sont susceptibles d’être proches de la réalité : le haut-commissariat au Plan (HCP).

Dans la plus récente étude du HCP relative aux "Indicateurs sociaux du Maroc en 2023", cette institution indique que le taux de syndicalisation chez les travailleurs (actifs occupés) était de 2,8%, avec 4,3% en milieu urbain et 0,6% en milieu rural.

Pour les salariés, toujours selon le HCP, ce taux au niveau national est de 4,7%, avec 5,9% en milieu urbain et 1,6% en milieu rural.

Ce que pèsent vraiment les syndicats au Maroc

"Franchement, cela dépasse ce taux et il y a une volonté de décrédibiliser les syndicats", réagit un membre dirigeant de l’UMT sans donner plus de précisions. Pour notre interlocuteur, le patronat assume une part de responsabilité dans cette situation surtout après la pandémie du Covid.

"Avec les répercussions du Covid, le patronat devient beaucoup plus agressif dans ses réactions à la création de bureaux syndicaux. De toutes les manières, ce sujet nécessite une table ronde, voire un dialogue national", conclut notre interlocuteur.

Crise de confiance

Mais encore ? Diverses études et sondages indiquent que les Marocains ne font pas trop confiance aux syndicats. Par exemple, vers fin 2023, l’Institut marocain d’analyses politiques (MIPA) avait conduit un sondage qui avait révélé que 42% des Marocains ne faisaient pas confiance aux syndicats.

Fin décembre 2023, au summum de la crise entre le gouvernement et les enseignants, le Centre marocain pour la citoyenneté avait conduit un sondage où 84% des enseignants disaient ne pas faire confiance aux syndicats.

Dans l’histoire assez récente du Maroc, nous nous rappelons comment, en 2006 et 2007, les syndicats traditionnels avaient été bousculés par les "tansikiate" (coordinations) qui avaient mené des centaines de manifestations au Maroc contre la vie chère, avec le concours de petits partis d’extrême gauche comme Annahj Addimocrati et des mouvances comme Al Adl wal Ihsane.

L’autre manifestation plus concrète de ce désamour entre les Marocains et les syndicats nous vient du cœur même des représentants des salariés. Lors des dernières élections des délégués de personnel, l’été 2021, les candidats sans appartenance syndicale (SAS) avaient raflé la mise en remportant 51,35% des sièges contre 49,79% en 2015.

Mais où est passé le projet de loi 24-19 ?

En 2019, les services de Mohamed Amekraz, ancien ministre de l’Emploi, avec d’autres départements concernés avaient élaboré un projet de loi (n° 24-19) portant sur les organisations syndicales. Un texte dont la philosophie était de légiférer pour un secteur qui n’a pas de législation propre et précise, comme cela avait été fait avec l’adoption et la promulgation de la loi organique sur les partis politiques. Dès que sa teneur a été révélée, cela a donné lieu à une grande levée de boucliers de la part des syndicats.

Ledit projet de loi a mystérieusement été abandonné et on n’en a plus parlé, même s’il avait fait l’objet d’un avis du CESE.

Où est-il passé ? Personne ne nous fournit de réponse. Mais, selon nos sources, le gouvernement est déterminé à remettre sur le tapis une réglementation spécifique aux syndicats, et un projet de loi organique est même dans le pipe selon une source non officielle.

Ces organisations doivent se plier aux principes de bonne gouvernance comme toutes les autres organisations : renouvellement régulier de leurs organes de décision, transparence de leurs finances et de leurs sources de financement, respect de la parité…

Et, pour conclure, cela pourrait donner lieu à un autre violent bras de fer entre le gouvernement et les syndicats, éventuellement à une atmosphère plus tendue que celle qui a marqué le processus d’adoption de la loi sur la grève.

LIRE AUSSI

Droit de grève. Comprendre les changements apportés à la loi à la Chambre des conseillers

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 7 février 2025 à 16h51

à lire aussi

Filière batterie : pourquoi le raffinage du lithium change la donne pour le Maroc
Mines

Article : Filière batterie : pourquoi le raffinage du lithium change la donne pour le Maroc

Dans le sillage du rebond des cours du lithium au premier semestre 2026, le prix du produit raffiné représente désormais près de onze fois celui du minerai brut. En l'absence, pour l'heure, de mines de lithium, c'est ce maillon, le plus rentable, que le Maroc entend capter à travers le projet porté par LG Energy Solution et Yahua. Un pari exigeant, entre barrières technologiques et sécurisation de l'approvisionnement. Analyse.

Financement du Trésor : 74 milliards de DH à lever d’ici fin 2026
Actus

Article : Financement du Trésor : 74 milliards de DH à lever d’ici fin 2026

Après l’Eurobond de 2,25 milliards d’euros réalisé en mai, qui a sécurisé les financements extérieurs prévus pour l’année, l’essentiel des besoins restants devra être couvert sur le marché intérieur, à raison d’environ 10,5 MMDH par mois. La détente reste concentrée sur les bons à court terme, alors que les rendements à moyen et long terme demeurent supérieurs à leurs niveaux de fin 2025, dessinant une trajectoire contrastée pour le second semestre.

Mondial-2026 (match pour la 3e place) : l'Angleterre domine la France (6-4) et monte sur le podium
Mondial2026

Article : Mondial-2026 (match pour la 3e place) : l'Angleterre domine la France (6-4) et monte sur le podium

La sélection anglaise a décroché la troisième place de la Coupe du monde 2026 en s'imposant face à la France sur le score de 6 buts à 4, samedi au Stade de Miami, au terme d'une rencontre spectaculaire.

Prévisions météo pour le dimanche 19 juillet 2026
Les prévisions quotidiennes

Article : Prévisions météo pour le dimanche 19 juillet 2026

Voici les prévisions météorologiques établies par la Direction générale de la météorologie pour le dimanche 19 juillet 2026.

Croisières : le terminal de Casablanca s’attend à un été calme
TOURISME

Article : Croisières : le terminal de Casablanca s’attend à un été calme

Avec seulement quelques rares escales prévues en juillet et en août, le port de Casablanca connaîtra une saison estivale particulièrement calme malgré la mise en service de sa nouvelle infrastructure. Une situation jugée prévisible, les compagnies repositionnant leurs navires vers la Méditerranée orientale en été et planifiant leurs itinéraires jusqu’à deux ans à l’avance. Un opérateur et une source de l'ONMT nous expliquent qu'il faudra deux à trois ans pour bâtir un véritable écosystème, encore freiné par le manque de guides, d’autocars et de services adaptés.

Escroqueries financières et phishing : vers un renforcement de la coordination nationale
SOCIETE

Article : Escroqueries financières et phishing : vers un renforcement de la coordination nationale

Les escroqueries financières gagnent du terrain au Maroc comme ailleurs. Réunis à Rabat à l’initiative de Bank Al-Maghrib et de l’ANRF, régulateurs, banques et institutions concernées ont alerté sur l’ampleur du phénomène et appelé à renforcer la vigilance, la coordination et les outils de prévention pour protéger les usagers.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité