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POLITIQUE

La loi sur la grève, ce qu'en pensent 4 présidents de fédérations patronales

Le projet de loi sur la grève, actuellement en discussion au parlement, suscite de vifs débats au sein des différentes parties prenantes. Si les syndicats expriment encore leurs réticences malgré les multiples amendements proposés, plusieurs fédérations patronales sectorielles voient dans ce texte une opportunité pour mieux structurer les relations sociales et garantir une continuité économique essentielle.

La loi sur la grève, ce qu'en pensent 4 présidents de fédérations patronales
Grève des enseignants avant les derniers accords.
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Le 18 janvier 2025 à 12h21 | Modifié 18 janvier 2025 à 13h03

Le projet de loi sur la grève entame une étape cruciale au niveau du parlement. La discussion autour de ce texte a démarré le jeudi 17 janvier à la Chambre des conseillers, où siègent les représentants des différents syndicats.

Si l'on connait d'emblée la position de ces derniers, qui continuent de rejeter ce texte, malgré les nombreux amendements acceptés et apportés par le gouvernement à la mouture initiale, et la prédisposition de Younes Sekkouri, ministre de l'Emploi, d'en accepter davantage, que pensent les fédérations sectorielles de la CGEM de ce texte, et que pourrait-il changer dans les activités des entreprises ?

 "Davantage de structuration"

Sondées à ce sujet, au moins quatre fédérations sectorielles s'accordent sur un point principal : "Davantage de structuration".

"Si le droit de grève est reconnu à l'international, le droit des entreprises à assurer leur activité doit également être garanti", estime Moulay Abdelkader Alaoui, président de la Fédération nationale de la minoterie (FNM), contacté par Médias24.

Dans certains secteurs, "les employés peuvent actuellement décider de faire grève du jour au lendemain sans prévenir le management de l'entreprise, alors que les industriels disposent d'engagements, notamment vis-à-vis de leurs clients. C'est donc toute la structure de production qui est bouleversée".

"Du côté des fournisseurs, des perturbations peuvent également avoir lieu. Dans de telles circonstances, nous ne pouvons ni recevoir ni vendre de marchandises, ce qui nous crée de sérieux problèmes avec nos clients, surtout lorsqu'on dispose d'engagements au niveau international", ajoute notre interlocuteur.

"Nous soutenons le droit à la grève, mais demandons un délai d’information pour avertir nos clients et partenaires. Nous refusons d’être pris en otage. Si les employés ont des revendications, nous sommes prêts à les examiner, mais un préavis est essentiel. Par ailleurs, nous dénonçons toute intimidation envers les employés qui choisissent de ne pas participer à la grève."

Cette loi vient ainsi "garantir aussi bien les droits des employés, que ceux des entreprises et de la société", a-t-il conclu.

Un climat d'affaires attractif et des zones d'incertitude réduites

"Ce projet de loi apportera plusieurs bénéfices à notre secteur", estime pour sa part Youssef Chraibi, président du groupe Outsourcia et président de la Fédération marocaine de l’externalisation des services (FMES).

Tout d'abord, "la continuité des services. La mise en place d’un service minimum dans certains secteurs critiques permettrait aux entreprises d’assurer leurs opérations de base même en cas de grève. Cela est fondamental pour préserver la confiance des clients internationaux, particulièrement dans des secteurs comme la relation client, où les traitements se font en temps réel sans aucune marge de manœuvre possible."

Elle permettra également d'avoir "un cadre juridique clair", ajoute M. Chraibi. "En définissant les délais, les procédures, et les conditions d’exercice du droit de grève, cette loi réduit les zones d’incertitude pour les employeurs et les syndicats. Cela nous permettra ainsi une meilleure anticipation des conflits et des négociations plus constructives".

Enfin, "un climat d’affaires attractif ", souligne-t-il. "Une législation équilibrée améliore l’image du Maroc en tant que destination leader régionale de l’externalisation, offrant à la fois des garanties pour les investisseurs et des droits protégés pour les salariés".

"Ce projet de loi sur la grève est donc une avancée importante pour notre pays. Il établit un cadre clair, équilibré et transparent pour l’exercice de ce droit constitutionnel, tout en garantissant la continuité des activités économiques essentielles. En tant que président de la FMES, je salue cette démarche qui renforce la sécurité juridique pour les employeurs et les salariés, et contribue à la préservation de la paix sociale, un enjeu crucial pour le secteur des services externalisés".

"Cependant, il est essentiel que cette loi soit appliquée de manière équilibrée afin de garantir le respect des droits des salariés, tout en permettant aux entreprises de fonctionner sans interruption excessive, notamment dans des secteurs comme le nôtre, où la continuité des services est primordiale pour répondre aux engagements de nos donneurs d’ordre internationaux".

Encouragement de l'investissement et sécurisation des relations sociales

Adil Zaidi, président de la Fédération marocaine de l’automobile, met, lui, en exergue l'importance des relations sociales, et des discussions entre employeurs et employés pour prévenir les blocages éventuels.

"Un encadrement réglementaire est nécessaire dans toutes les relations sociales, lesquelles sont essentielles pour la bonne marche des entreprises. C'est donc évident d'avoir un encadrement de ces relations, notamment dans cet aspect du droit de grève, qui est un droit constitutionnel", nous explique notre interlocuteur.

"Cette loi est ainsi importante pour que les travailleurs puissent exercer leur droit, et que les entreprises puissent maintenir et poursuivre leur activité".

"Pour une entreprise, ce qui compte avant tout, c'est la création de richesse, qui résulte de la collaboration entre le capital et le travail. Lorsque les deux parties travaillent ensemble (employeur et employés), le capital est productif et génère de la richesse. En cas de grève, cette création de richesse est interrompue : l'employeur ne voit pas de retour sur son investissement, et le salarié ne reçoit pas de salaire".

Cette loi permettra ainsi "une sécurisation des relations sociales. Le fait que toutes les parties soient conscientes de la nécessité des discussions, permet de prévenir les abus, ainsi que les incompréhensions".

Elle permettra aussi "d'encourager les investissements étrangers et marocains", estime par ailleurs M. Zaidi, notant qu'une "clarté juridique est importante pour les investissements", et "qu'il n'y a pas pire pour l'investissement que le manque de visibilité et le manque de confiance".

"Il est temps d'avoir une loi sur la grève"

Pour sa part, Youssef Alaoui, président de la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA), estime qu'il "est impensable que l'on entame la 63e année après la première Constitution sans une loi sur la grève".

En réponse à la résistance dont font preuve les syndicats, notre interlocuteur explique qu'aucun "texte n'est parfait, mais une loi a toujours le mérite d'exister. On ne peut pas se mettre d'accord sur tout".

"Cette loi peut s'amender et s'arranger au niveau du parlement. De plus, ce texte est passé par plusieurs instances constitutionnelles, à savoir le Conseil économique, social et environnemental (CESE), le Conseil national des droits de l'Homme (CNDH) ainsi que la première chambre du parlement".

"Nous travaillons en partenariat et en responsabilité. Nous avons signé un accord en 2022 dans le cadre du dialogue social, qui prévoit plusieurs points, notamment l'augmentation du Smig et du Smag, ainsi que l'aboutissement du projet de loi sur la grève. Nous ne pouvons pas activer certains points et pas d'autres".

Et d'ajouter : "entre 2019 et 2026, le SMIG aura augmenté de 30%, contre 35% pour le SMAG, sans parler des augmentations dans le public. Quand cette loi sortira, ni les syndicats, ni les employeurs ne seront contents, mais nous aurons au moins une base, que l'on pourra amender au parlement".

Exemples de cas où la grève a fortement impacté l'emploi dans différents secteurs

Certains de nos interlocuteurs ont par ailleurs évoqué des cas où la grève a impacté l'emploi dans leurs secteurs.

"Dans le secteur de la volaille, toute grève imprévisible peut entrainer la mort des animaux, et donc l'arrêt de l'activité et la perte d'emploi pour les travailleurs", nous confie M. Alaoui.

Dans le secteur de l'automobile, M. Zaidi a rappelé l'exemple d'une grande société exportatrice bien implantée dans le pays, qui a été confrontée à l'arrêt de la production, et la perte de 1.400 emplois. "Cette entreprise s'activait dans un environnement extrêmement bien structuré, avec des avantages sociaux bien établis, des relations sociales qualifiées d'exemplaires, mais malheureusement, à un moment donné, par incompréhension et en raison de lacunes dans la loi, il y a eu des blocages".

Notre interlocuteur nous a par ailleurs cité l'exemple de la période du Covid, durant laquelle le dialogue social a permis de dépasser plusieurs difficultés. "Nous pouvons prendre l'exemple de la zone de Tanger, où des grèves ont été évitées grâce au dialogue et à la compréhension d'un intérêt national. Les chefs de production dans le secteur ont pu ajuster l'activité, en modulant les heures et les conditions de travail par rapport à la situation".

Youssef Chraibi a pour sa part évoqué des exemples de perte de contrats internationaux dans le secteur de l'externalisation des services. "Des grèves improvisées ou mal gérées ont parfois conduit à des ruptures dans la qualité ou la continuité des services fournis. Cela a pu entraîner une perte de confiance de ces partenaires et, dans certains cas, un transfert des activités vers d’autres pays concurrents, sachant que dans notre métier qui s’est digitalisé, les transferts peuvent se faire beaucoup plus rapidement que dans l’industrie par exemple".

"Ces perturbations peuvent compromettre la stabilité des emplois, notamment dans des centres d’appels. Lorsque la satisfaction client n’est pas au rendez-vous, les entreprises sont parfois contraintes de réduire leurs effectifs ou de perdre des marchés clés".

Tout ceci peut entrainer des dommages à l’image du Maroc. "Dans un secteur fortement concurrentiel, l’absence de régulation claire autour du droit de grève a parfois terni la perception du Maroc comme destination stable et fiable pour l’externalisation", a conclu notre source.

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Le 18 janvier 2025 à 12h21

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