“Ce que John Bolton m'a dit sur le Sahara” (par Yasmine El Hasnaoui)
Professeure en sciences politiques et experte des affaires nord-africaines, Yasmine El Hasnaoui revient sur sa rencontre avec l’ancien conseiller de D. Trump, John Bolton, qui, malgré sa position pro-polisario, affirme que le Maroc a “gagné un momentum”, et évoque les relations entre le Maroc et la France.
Dans le cadre de la préparation de son prochain livre sur Les développements de la question du Sahara dans la politique étrangère de l’Algérie, la professeure en sciences politiques et experte en affaires nord-africaines, Yasmine El Hasnaoui, est allée à la rencontre de nombreuses personnalités américaines qui affichent une position “contre le Maroc et sa légitimité sur le Sahara marocain’’. Parmi eux, John Bolton, ancien conseiller en sécurité nationale, de l’ex-président des Etats-Unis, Donald Trump.
Contactée par Médias24, Yasmine El Hasnaoui revient sur les propos tenus par John Bolton dans le cadre de cette rencontre, selon lesquels “le Maroc a gagné un momentum’’. Et ce, bien que Bolton continue à soutenir le polisario.
De même, notre interlocutrice s’arrête sur la publication d’une carte du Maroc par la chaîne publique française France 5, dans laquelle on aperçoit le territoire marocain dans son entièreté. L’experte en sciences politiques estime que ce “signe de reconnaissance reste insuffisant au regard de la clarté de la politique étrangère marocaine’’.
“L’annulation de l’autodétermination par le Conseil de sécurité est une victoire pour le Maroc”
“La semaine dernière, je me suis rendue à Washington D.C., où j’ai rencontré plusieurs personnalités et anciens officiels américains qui ont une position contre le Maroc et sa légitimité sur son Sahara. Durant ma rencontre avec John Bolton, nous avons discuté de beaucoup d’éléments, dont la notion d'autodétermination, le rôle de la MINURSO, mais aussi de l'avenir du dossier du Sahara au sein du Conseil de sécurité des Nations unies’’.
Pour Yasmine El Hasnaoui, l’élément le plus “intéressant” dans ses échanges avec John Bolton, est que même s’il est toujours pro-polisario et qu’il défend toujours l'autodétermination (*), en suivant le narratif algérien, il reconnaît, tout de même, que le Maroc a gagné un momentum.
“Il dit que le Conseil de sécurité a abandonné l'exigence de l'autodétermination, et que c'est une victoire pour le Maroc(…). Il a également estimé que lorsque le Maroc a gagné une grande partie du Sahara, à savoir quand le Maroc a réintégré ses territoires, c’était avec l’approbation du Conseil de sécurité ; qui a annulé l'exigence de l'autodétermination (*) et appelé les parties à trouver des solutions crédibles. Or, la seule solution crédible est le plan d’autonomie, puisque l’autre partie n’a d’autre option que l’autodétermination ; mais celle-ci est annulée et enterrée depuis quatorze années’’, poursuit-elle.
Dans leurs échanges, il a été établi que “cette victoire n’est pas venue de nulle part. La diplomatie marocaine a fait un vrai travail dans les coulisses, au sein des Nations unies et avec la communauté internationale’’. Yasmine El Hasnaoui rappelle que les Etats-Unis, pen holder (porte plume, c'est-à-dire rédacteur des projets de texte) de la résolution du Conseil de sécurité, “reconnaissent la souveraineté du Maroc sur son Sahara’’.
“Avec l’administration Biden, cette proclamation n’a pas été dénoncée. Nous avons également vu des Etats qui ont reconnu la crédibilité de la solution du plan d’autonomie, comme l’Espagne, l’Allemagne, les Pays-Bas ou encore la Chine. Plus de 98% des Etats membres reconnaissent que le plan d’autonomie est crédible", voire la seule solution.
Pour Yasmine El Hasnaoui, “la société civile et les académiciens doivent aller à la rencontre de personnes comme John Bolton, qui pensent que l’autodétermination est la seule solution. Il faut corriger leurs incompréhensions sur la légitimité historique du Maroc sur le Sahara’’.
S’agit-il du chemin qu’il faut emprunter avec la France ?
La carte du Maroc non tronquée sur une chaîne publique française
Pour cette experte en sciences politiques, les relations entre le Maroc et la France font l’objet de tensions depuis plus d’un an, concernant de nombreuses problématiques dont la migration, les restrictions de visa à l’égard des citoyens marocains, mais aussi autour du Sahara marocain.
“La relation entre les deux pays a été au plus bas, mais plusieurs officiels français ont commencé à relever la dégradation des relations qui va impacter la prospérité des deux Etats. Nous avons vu que 94 membres du Parlement français se sont unis dans une lettre ouverte adressée au président Emmanuel Macron, appelant le gouvernement à mettre fin à cette stratégie ambiguë à l’égard de Rabat’’.
“Nous avons également vu que l’ancien président, Nicolas Sarkozy, a récemment parlé de l’impact de la détérioration de ces relations entre les deux pays. Je pense que nous allons voir qu’Emmanuel Macron commence à prendre conscience de la détérioration des relations de la France, tant avec le Maroc qu’avec l’Algérie’’, poursuit notre interlocutrice.
Selon elle, “la diplomatie marocaine est basée sur la clarté, le dialogue continu et veut garder de bonnes relations avec la France ; mais la République française doit, lorsqu’il s’agit du Sahara marocain, abandonner son statut d’observateur et suivre le mouvement des grands pays comme les Etats-Unis qui ont reconnu la souveraineté du Maroc sur ses territoires du Sud ; ou comme l’Espagne qui soutient le plan d’autonomie”.
Avec la publication récente sur la chaîne publique française France 5 d'une carte du Maroc non tronquée, Yasmine El Hasnaoui estime qu’il s’agit d’un “signe de reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur son territoire ; comme cela peut être un signe que la France veut envoyer au Maroc sur sa volonté d'apaiser les tensions. Mais cela reste insuffisant. La France doit avoir une communication et une vision claires quand il s’agit de sa position sur la souveraineté du Maroc sur son territoire. Elle peut gagner davantage en étant plus claire sur les positions de sa politique étrangère’’.
Yasmine El Hasnaoui publie prochainement un livre sur "Les développements de la question du Sahara dans la politique étrangère de l’Algérie".
(*) NDLR: Pour Bolton, l'autodétermination désigne le référendum et l'indépendance. Le Maroc rappelle que l'autonomie est l'une des formes d'autodétermination reconnues par les Nations Unis. De nombreux pays le soutiennent en cela.
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