Les valeurs communautaires dans les affaires au Maroc : Maâqoul, Niya et Lkelma prédominent (étude)
Effet de mode lancé par Regragui ou vertu réelle dans la société marocaine ? Une étude explore la présence du concept de "Niya" ou la valeur confiance dans l'environnement des affaires au Maroc, notamment au niveau du secteur informel.
Une étude menée par un chercheur marocain a démontré la prévalence du concept de Niya ou du principe de la confiance dans le secteur du transport informel de marchandise au Maroc. Un échantillon de la culture des affaires au Maroc, où l’ordre communautaire, caractérisé par des vertus telles que Niya et Lkelma, prédomine par rapport à l’ordre judiciaire.
Il est admis chez les économistes et les sociologues que le niveau de confiance dans une société est un facteur déterminant dans sa prospérité économique. En effet, la confiance est un ingrédient de grande importance dans les transaction commerciales, l’investissement, le recrutement et le management. Toutes les relations économiques reposent sur ce principe fondamental, qu’il s’agisse de la confiance en soi, en autrui, dans l’avenir, dans les idées ou dans les institutions. Le concept marocain de Niya englobe en quelque sorte cette définition assez large de la valeur confiance.
Le terme est devenu un buzzword après la Coupe du monde au Qatar. Le sélectionneur national en a fait un slogan pour renforcer la confiance des joueurs et rassembler le public et les médias autour de l’équipe nationale.
Mouad Chafai, docteur en économie et gestion et membre du Laboratoire de recherche multidisciplinaire de l’Ecole des hautes études comptables et financières (HECF), explore, à travers une étude qualitative menée sur un échantillon de 10 transporteurs informels de marchandises, comment ce concept transcende l'univers du football pour imprégner le monde des affaires.
Un algorithme social fondé sur la confiance interpersonnelle
Contacté par Médias24, le chercheur nous explique que le concept de Niya matérialise l’intention de respecter Lkelma (la parole) et comprend des valeurs telles que l’honnêteté, la loyauté, le respect de l’autre partie ainsi que la volonté de maintenir des relations commerciales de long terme.
Sur le terrain qu’il a choisi pour sa recherche, le transport informel de marchandises, c’est Niya qui prévaut entre les opérateurs. "Même si les relations transactionnelles sont a priori non contractuelles, elles répondent à un algorithme social fondé sur la confiance interpersonnelle plutôt que sur la confiance aveugle ou calculatoire."
"Il n'y a pas lieu de relation d’échange sans la vertu de Niya. C’est une approbation affective de la stabilité des relations, mais aussi la croyance en un proverbe traditionnel marocain 'Moul niya yaghlab', qui signifie que c’est la personne qui a la vertu de Niya qui sera toujours victorieuse, ou encore 'Ssafi nytak' qui veut dire soyez honnête dans vos intentions envers les clients", répond l'un des transporteurs de marchandises interviewés par le chercheur marocain.
"Il est obligatoire, voire impératif, d’avoir une bonne Niya avec les donneurs d’ordres, étant donné que l’établissement et la stabilité de nos relations d’échanges dépendent essentiellement de cette valeur", estime un autre.
Les personnes qui font preuve d'un comportement opportuniste se retrouvent souvent exclues de la communauté, ce qui contribue à réduire les risques. L’étude a également mis en exergue le profil des Damen, des personnes qui exercent le rôle de garant dans ces transactions et contribuent à la régulation de ce système social.
La réputation joue un rôle important dans la communauté des affaires au Maroc. C’est le concept du Maâqoul (sérieux) qui, d’après Mouad Chafai, constitue un véritable capital sur lequel l’homme d’affaires doit investir. Il traduit des valeurs intrinsèques qui relèvent de l’exercice des affaires de manière éthique.
Pour étudier des concepts sociaux difficilement mesurables, le travail de recherche de Mouad Chafai se fonde sur la méthode qualitative et l’analyse des verbatims issus des entretiens avec les transporteurs interviewés.
La confiance a toujours constitué un sujet d’étude important en économie. Des théories telles que celle des coûts de transaction d’Oliver Williamson reposent en partie sur ses implications. Ainsi, dans un environnement caractérisé par une confiance mutuelle élevée, les coûts de transaction peuvent être réduits. La confiance permet de faciliter la coordination entre les parties et de réduire le besoin de surveillance et de contrôle formel.
Quant à l’auteur à succès Francis Fukuyama, dans son livre La confiance et la puissance : vertus sociales et prospérité économique, il estime que les sociétés où règne une forte confiance mutuelle sont plus susceptibles de favoriser la coopération, les transactions commerciales et l’innovation, ce qui conduit à un développement économique durable.
L'étude de Mouad Chafai s'est déroulée dans un secteur de pratique informelle. Est-elle transposable dans le secteur organisé, notamment dans les milieux d'affaires qui brassent des milliards ? Ce n'est pas certain, car on y parle trop de méfiance, d'opportunisme et de capacité à faire de l'argent.
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