Etude. Les changements des habitudes alimentaires des ménages marocains durant le ramadan

Les dépenses alimentaires moyennes augmentent de près de 50% pendant le mois de Ramadan, en particulier chez les ménages dont le niveau de vie est faible. Les apports nutritionnels notamment en sucres et en énergie, dépassent les limites recommandées.

Etude. Les changements des habitudes alimentaires des ménages marocains durant le ramadan

Le 25 mars 2023 à 15h55

Modifié 28 mars 2023 à 11h47

Les dépenses alimentaires moyennes augmentent de près de 50% pendant le mois de Ramadan, en particulier chez les ménages dont le niveau de vie est faible. Les apports nutritionnels notamment en sucres et en énergie, dépassent les limites recommandées.

Le mois de ramadan est centré certes sur la spiritualité, mais aussi et par la force des choses sur l'alimentaire. Que sait-on des dépenses alimentaires des ménages marocains pendant le mois sacré? de leurs habitudes alimentaires? Voici un éclairage par le Dr Imane Barakat, du Laboratoire de Biotechnologie, Biochimie et Nutrition, Faculté des Sciences de l'Université Chouaib Doukkali à El Jadida.

Mme Barakat est l'auteure principale d'une étude réalisée par un ensemble de chercheurs marocains du laboratoire de biotechnologie, biochimie et nutrition de la faculté des sciences de l’Université Chouaib Doukkali, et dirigée par Pr Rekia Belahsen.

Cette étude qui visait à étudier la variation des dépenses alimentaires et les comportements alimentaires à risque de la population marocaine pendant le Ramadan, montre que "les dépenses alimentaires connaissent une augmentation accrue, chiffrée par l'étude. On remarque que certains comportements alimentaires adoptés pendant ce mois peuvent améliorer l’état nutritionnel de la population, tandis que d’autres sont néfastes et sont en faveur du développement de maladies, de surcharge et de maladies chroniques", nous explique Dr Imane Barakat, contactée par Médias24.

"Les bienfaits censés être procurés par le jeûne du mois de Ramadan sont souvent altérés par des modes de vie malsains, adoptés par les personnes qui le pratiquent. Plusieurs études ont rapporté que les habitudes alimentaires, l’activité physique, le rythme et la durée du sommeil, ainsi que les dépenses alimentaires des ménages varient considérablement durant ce mois sacré. Certaines de ces variations pourraient retentir négativement sur l’état de santé, le statut nutritionnel et le statut économique des populations", indique notre source.

Hausse de l’apport énergétique et baisse des protéines

L'étude a démontré une augmentation significative de certains apports nutritionnels journaliers pendant le Ramadan par rapport aux apports recommandés. Il s'agit notamment des apports en énergie, glucides, sucres simples, sodium et calcium. D'autres en revanche, tels que les apports en protides et en lipides, diminuent. Pour sa part, l’apport en acides gras saturés n'a pas connu de variations pendant le Ramadan, du moins dans le cadre de l'étude.

L’intérêt a été porté sur ces constituants puisqu’ils sont ciblés par plusieurs programmes de santé publique, dont le Programme national de nutrition au Maroc.

Dans le détail, l’étude montre ainsi que l’apport en énergie durant le Ramadan dépasse de 18% celui recommandé. Cette hausse s’explique d’une part par une grande consommation des aliments à haute densité énergétique afin de couvrir les besoins de l’organisme pendant le jeûne, et d'autre part, par le manque d’activité physique. Les auteurs recommandent alors de limiter les apports en glucides, en lipides et en sucres libres pour éviter la prise de poids.

A lui seul, l’apport en glucides augmente de 38% par rapport au niveau recommandé ; une hausse due principalement à une plus grande consommation de produits céréaliers, qui connaissent une forte demande durant le Ramadan.

L’apport en sodium connait également une hausse significative de 64% pendant le Ramadan par rapport aux recommandations. Cela pourrait s’expliquer, selon les auteurs, par la forte consommation de préparations à base de céréales au Ftour, notamment le pain, les quiches, le pain farci, les "briks" et les "briwates" salées. Même constat pour l’apport en glucides, qui augmente de 38% pendant le mois sacré.

Quant à l’apport en protéines, il baisse significativement durant le Ramadan, tout en restant supérieur de 30% par rapport à celui recommandé. Cela pourrait s’expliquer par un manque de consommation d’aliments protéinés.

De manière générale, les variations de consommation alimentaire décrites dans cette étude pourraient s’expliquer par le changement de comportements alimentaires, favorisé par une ambiance familiale. Ces résultats montrent par ailleurs que certains comportements alimentaires adoptés pendant le mois sacré pourraient favoriser le développement ou l’aggravation du surpoids et des maladies chroniques, d'où l’importance d’une éducation nutritionnelle adaptée à ce mois.

Notons par ailleurs que cette étude a été menée en 2018 auprès de 340 ménages dans les zones urbaines et rurales de la région de Rabat-Salé-Kénitra, et plus précisément dans sept préfectures et provinces (Kénitra, Khemisset, Rabat, Salé, Sidi Kacem, Sidi Slimane, et Skhirat -Témara). Ses conclusions sont-elles toujours valables aujourd'hui, notamment avec les tensions inflationnistes de la conjoncture actuelle? "Certes, toutes les études méritent d'être actualisées, encore plus actuellement vu la conjoncture. Mais le mode de vie adopté durant le mois de Ramadan et tout ce qui s'ensuit est une question de culture", précise notre interlocutrice.

Hausse de 50% de la dépense alimentaire

En effet, le mois de Ramadan est caractérisé par une profonde modification du mode de vie, mais aussi par une hausse des dépenses des ménages.

Les quantités d’aliments consommées ont été estimées avant et pendant le mois de Ramadan dans l'étude. Selon ses auteurs, la dépense alimentaire moyenne des ménages, qui était de 1.600 DH par mois avant le mois sacré, est passée à 2.500 DH pendant le mois de Ramadan, ce qui correspond à une augmentation de près de 50% par rapport aux autres mois de l’année. Dans le contexte actuel, et même avant, ces budgets semblent insuffisants tant les produits alimentaires ont augmenté. Comment alors nourrir une famille avec 30 à 50 DH par jour? Ces chiffres disent les difficultés quotidiennes que subissent une partie de nos concitoyens.

Cette augmentation des dépenses alimentaires du mois de Ramadan dépend du niveau de vie. La hausse est plus importante chez les ménages à faible niveau de vie (50%). Elle est moindre pour les ménages au niveau de vie moyen (39%) et élevé (40%). Elle est également plus importante que celle rapportée par l’Enquête nationale marocaine sur la consommation et les dépenses des ménages de 2014, qui l’estime à 37,7%, avec des différences significatives selon le niveau de vie des ménages.

A titre d’exemple, pour les ménages dont le niveau de vie est faible, la dépense alimentaire mensuelle avant le mois de Ramadan est d’environ 1.000 DH, et passe à 1.500 DH durant le mois de jeûne.

Pour les ménages de niveau de vie moyen, la dépense alimentaire passe de 2.000 DH à 2.500 DH, et de 3.000 DH à 4.000 DH pour les ménages avec un niveau de vie élevé.

Les produits alimentaires qui contribuent le plus aux dépenses supplémentaires sont les fruits, la viande, les céréales, le lait et les produits laitiers.

 

La fiche technique de l'étude:

La collecte des données a été réalisée par des diététiciennes-nutritionnistes expérimentées et formées sur les outils adoptés pour cette étude. Les données sur les habitudes alimentaires ont été collectées pour une enquête nutritionnelle, et les données sociodémographiques ont été recueillies à l’aide d’un questionnaire.

Notons également que 70,6% de l'échantillon résident en milieu urbain et 40% ont un niveau de vie moyen. 52% sont des hommes et 48% des femmes.

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