Dessalement d'eau de mer : l'industrie explose dans le monde, de nouveaux acteurs entrent en jeu

DECRYPTAGE. Le marché de la construction et de l'exploitation des usines de dessalement d'eau de mer connaît un boom sans précédent sous l'effet de la réduction des coûts et de l'augmentation du stress hydrique dans plusieurs régions du monde. Dans ce contexte, de nouveaux acteurs émergent et concurrencent les leaders traditionnels.

Dessalement d'eau de mer : l'industrie explose dans le monde, de nouveaux acteurs entrent en jeu

Le 18 mars 2023 à 14h43

Modifié 20 mars 2023 à 7h39

DECRYPTAGE. Le marché de la construction et de l'exploitation des usines de dessalement d'eau de mer connaît un boom sans précédent sous l'effet de la réduction des coûts et de l'augmentation du stress hydrique dans plusieurs régions du monde. Dans ce contexte, de nouveaux acteurs émergent et concurrencent les leaders traditionnels.

L’industrie du dessalement d’eau de mer connaît une croissance de l’ordre de 6% à 12% annuellement et elle se porte mieux que jamais, a indiqué Marc-Antoine Eyl-Mazzega, le directeur du Centre énergie et climat de l’Institut français des relations internationales (IFRI), lors d’une conférence sur la géopolitique du dessalement d’eau de mer organisée par le Policy Center for the New South (PCNS). 

"On voit dans le monde se multiplier les usines de dessalement de toutes tailles. Renforcer l'accès à l'eau dans un contexte de stress hydrique qui se renforce est une problématique centrale. Dans cette étude, nous avons cherché à démontrer que cette industrie n'est plus essentiellement concentrée au Moyen orient mais qu'elle est en développement dans plusieurs pays notamment dans le pourtour méditerranéen, en Amérique latine ou en Asie. (...) Nous cherchons aussi à démontrer que derrière cette problématique de l'eau, il y a des enjeux géoéconomiques et géopolitiques", explique Marc-Antoine Eyl-Mazzega au micro de Médias24.

50% des capacités globales installées sont au Moyen-Orient 

En 2022, il existait près de 22.000 usines de dessalement d’eau de mer opérationnelles dans le monde, soit environ le double par rapport à dix ans auparavant. Le Moyen-Orient représente plus 50% des capacités globales installées, mais la demande commence à gagner de plus en plus de régions dans le monde. 

Cette tendance est tirée par le stress hydrique qui s’aggrave un peu partout. Les Nations-Unies estiment qu’en 2025, les deux tiers de la population mondiale seront impactés par ce phénomène. La raréfaction de l’eau a de nombreuses causes dont principalement le changement climatique, l’agriculture intensive et la croissance démographique. 

Le secteur a été boosté également par la réduction des coûts de dessalement que ce soit en termes d’investissement ou de coûts d’exploitation. La technologie par osmose inverse consomme deux fois moins d’énergie, alors que la construction de stations plus grandes permet de profiter d’économies d’échelle.  

Le coût varie entre 0,5 dollar/m3 pour les grandes usines à 1,25 dollar/m3 pour les petites usines. La station de Soreq II (200 Mm3/an) en Israël réussit même l’exploit d’un coût au mètre cube d’eau de 0,32 dollar, grâce aux avancées technologiques, comme le montre le rapport sur la géopolitique du dessalement d’eau publié par l’Ifri en septembre 2022. 

Les capacités de dessalement globales vont doubler d’ici à 2030 

Les capacités de dessalement vont doubler d’ici à 2030, 2050 au plus tard, estime les chercheurs de l’Ifri. La plupart des pays en situation de stress hydrique ont des plans d’investissement importants pour investir dans de nouvelles usines.  

Les pays du Moyen-Orient étaient les principaux clients de ces usines. Aujourd'hui ils ne représentent plus que 50% des capacités installées dans le monde, puisque la demande augmente à travers tous les continents. 

Néanmoins ces pays du Moyen-Orient continuent d’y investir massivement, leurs capacités devront également doubler, selon les chiffres du rapport de l’Ifri. En Arabie Saoudite, on passera de 5,6 Mm3 en 2022 à 8,5 Mm3 en 2025, pour couvrir 90% de la consommation en eau du pays. 

 

 Le cas du Maroc

Les auteurs du rapport notent que des pays qui bénéficiaient auparavant d’un apport riche en eau douce se tournent de plus en plus vers le dessalement. Le Maroc en est un exemple puisqu’il devra tripler ses capacités à l’horizon 2030 avec plus d'une vingtaine de stations permettant de produire près de 1,3 milliard de m3 d’eau par an, destinée à différents usages.

Actuellement, le Royaume compte 11 stations de dessalement d’eau de mer en service. Sept autres stations sont en cours de réalisation. Neuf autres unités sont programmées à l’horizon 2030.

D’autre part, l’hydrogène auquel on prédit un apport plus important dans le mix énergétique dans le futur, va également augmenter le besoin en eau et devra drainer de nouveaux investissements dans le dessalement.  

Tout l'enjeu est de profiter de ce plan ambitieux pour installer une industrie locale et passer du stade de marché attrayant pour les leaders mondiaux à acteur majeur dans l'industrie comme c'est le cas pour d'autres pays comme Israël. "Il y a un développement de technologie avec de l'expertise marocaine qui devraient s'agrandir de plus en plus et qui nous amène à voir qu'il y a un rôle à jouer au niveau de la région notamment du bassin méditerranéen", explique Mounia Boucetta, Senior Fellow at the Policy Center for the New South.

De nouveaux acteurs émergent dans le secteur 

L'engouement pour les stations de dessalement partout dans le monde dynamise le marché de la construction et de l’exploitation de ces usines. Ce marché reste dominé à l’échelle mondiale par des leaders historiques tels que les Français Engie et Veolia/Suez, les Espagnols Abengoa et Acciona. Cette dernière exploite 85 usines avec environ 5 millions de m3 d’eau dessalés chaque jour. 

Les entreprises asiatiques sont également de plus en plus présentes, telles que la coréenne Doosan Heavy Industrie qui a réussi son implantation à l’international avec une trentaine d’usines construites et exploitées. La Chine est également devenue un acteur important avec des entreprises telles que Sepco qui détient 85 projets dans le monde, ou encore Hewitt qui a remporté des projets importants en Chine. 

D’autres pays qui étaient en situation de stress hydrique ont pu faire émerger des champions nationaux, au regard du caractère stratégique du secteur. Par exemple l’israélien IDE a construit la totalité des usines du pays et a pu décrocher plusieurs projets à l’international. 

D’autres pays du Moyen-Orient suivent les pas d’Israël. Les Emirats arabes unis avec l’entreprise Métito apparaît comme un nouvel acteur émergent dans cette industrie. Le même phénomène se produit en Arabie Saoudite avec la compagnie Advanced Water Technologies.  

Même l’Egypte s’y lance, puisqu’on y assiste à des projets qui ont été confiés à des acteurs locaux. Marc-Antoine Eyl-Mazzega précise que ces entreprises locales permettent d’avoir un investissement moins coûteux en Capex, par contre elles n’ont pas encore le savoir-faire avancé des autres entreprises internationales pour les coûts d’Opex, notamment dans la maintenance et la durée de vie des membranes. 

Le modèle israélien 

L’expérience d’Israël dans le domaine du dessalement de l’eau de mer s’érige aujourd’hui en modèle. En 2022, les capacités de dessalement du pays étaient de 800 millions de m3/an soit plus de 80% des besoins en eau de la population d’Israël. 

En 2030, l’eau dessalée devrait atteindre 1,2 milliard de m3/an en Israël. Le premier projet a démarré en 2005 à Ashkelon. Cette usine a initialement fourni 50 millions de m3/an et a ensuite été agrandie pour produire jusqu'à 118 millions de m3/an. 

Entre 2005 et 2016, le gouvernement israélien a construit 5 usines de dessalement. Jusqu'au début des années 2000, le lac Tibériade était la principale source d'approvisionnement en eau du pays. 

 

Voici l'intégralité de la conférence :

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