Ana Palacio : “Les relations maroco-espagnoles vont au-delà d'un gouvernement ou parti politique”
ENTRETIEN. En marge du forum Atlantic Dialogues organisé par le Policy Center for the New South, Ana Palacio livre à Médias24 ses réflexions sur les relations maroco-espagnoles et leur évolution.
Dans cet entretien avec Ana Palacio, ex-ministre des Affaires étrangères de l'Espagne (2002-2004) dans le gouvernement de José Maria Aznar, nous évoquons l'amélioration des relations bilatérales entre le Maroc et l'Espagne, et les moyens de les renforcer.
Présente au forum Atlantic Dialogues organisé par le Policy Center for the New South, du 14 au 16 décembre à Marrakech, Ana Palacio a participé à un panel sur le thème de l'Otan, l'Atlantique Sud et l'équilibre stratégique global.
Médias24 : Comment jugez-vous les relations maroco-espagnoles actuellement ?
Ana Palacio : Les relations de voisinage ne sont jamais simples. Elles vont au-delà de l’amitié. Les peuples, les individus de part et d’autre peuvent être amis. Au-delà, il faut être réaliste. Ce sont des relations très riches, des relations avec beaucoup de fils, mais ces fils font parfois des nœuds. Et c’est beaucoup plus difficile à défaire que quand il n’y en a qu’un. Voilà ce qui caractérise les relations de voisinage. Et on doit partir du réalisme et de la coopération. Madrid et Rabat ont compris cela.
Parfois il y a des sujets où il faut faire attention aux interprétations. Des fois, on peut mal interpréter les mouvements de l’autre. Ces relations de voisinage doivent être basées sur le principe que si on ne comprend pas, on ne tire pas de conclusion ; on pose la question, on discute et on avance.
- Que faut-il pour que ce processus se poursuive sans être tributaire des changements de gouvernement ?
- Les relations avec le Maroc sont des relations fondamentales pour l’Espagne, de la même façon que les relations avec l’Espagne sont fondamentales pour le Maroc. Elles vont au-delà d’un gouvernement, et bien au-delà d’un parti politique.
Je pense que dans le moment où nous sommes, vu de la Méditerranée, il nous faut comprendre le glissement du centre de gravité ; l’attention du monde qui se dirige vers le Nord et vers le Pacifique, l’Est en général et l’Arctique. En conséquence, le Maroc et l’Espagne doivent collaborer à attirer l’Europe et faire focus sur l’Afrique. Par rapport à ce défi, le Maroc joue un rôle de pivot pour établir une attention des deux côtés.
Ceci est vrai pour l’Espagne ; c’est vrai aussi pour l’Italie, le Portugal, ou la France. C’est aussi vrai pour la rive sud de la Méditerranée. Mais je crois que c’est surtout vrai pour l’Espagne et le Maroc.
- Le Parti populaire espagnol n’a pas toujours été pro-marocain ; est-ce que c’est en train de changer ?
- Franchement, je ne suis pas d’accord avec vous. Dire que le Parti populaire n’a pas été pro-marocain, c’est comme si on disait que le parti de l’Istiqlal n’a pas été pro-espagnol. Je dirais que ce n’est pas la façon de l’aborder. Nous avons des formations politiques, mais nous avons deux citoyennetés.
Cela a été démontré lors du match Maroc-Espagne. Dans les vestiaires de l’équipe marocaine, on parlait d’autres langues, mais on parlait aussi l’espagnol. Et il n’y avait pas de réaction du Maroc pour dire pourquoi ils parlent espagnol.
En Espagne, il y a eu une connivence entre la communauté marocaine-espagnole et de souche. Le match et l’après-match l’ont démontré.
Du côté du Maroc, comme du côté de l’Espagne, on ne veut pas avoir des idées préconçues. Untel est pour, untel est contre. Les deux pays ont beaucoup trop sur leur assiette commune pour avoir de telles idées.
- Que faut-il aujourd’hui pour que les positions marocaines soient mieux comprises en Espagne ? D'autant que le sentiment anti-marocain d’une certaine frange de la population peut être instrumentalisé, par l’extrême droite notamment...
- Et posez-vous la question aussi de comment les positions de l’Espagne peuvent être mieux comprises au Maroc... En tirant profit de tous les liens que nous avons en commun. C’est une tâche commune. On m’a très souvent posé la question inverse. Comment est-ce qu’on peut faire pour que les Marocains nous comprennent mieux ? Je réponds pareil, c’est une tâche commune.
C’est aux deux pays de discuter, de ne pas être d’accord parfois, mais de savoir qu’on a cette relation qui est extrêmement importante et qui nous dépasse d’ailleurs.
- L’immigration a toujours été l’un des principaux points de discorde avec l’Union européenne, et surtout avec l’Espagne. Pensez-vous qu’il y ait une évolution sur ce dossier ?
- Pas simplement avec l’Espagne, avec la France aussi. Je ne suis pas au gouvernement, je ne suis pas au courant des coulisses de cette question. Le Maroc a une trop longue tradition, une trop longue histoire, une stature, pour passer à côté de la coopération. L’immigration, il faut la gérer ensemble d’une façon intelligente.
- Il reste des sujets chauds entre le Maroc et l’Espagne qui ne sont pas encore suffisamment débattus, comme celui de Sebta et Melilia. Une solution mutuellement acceptable est-elle possible à long terme ?
- Permettez-moi de vous rappeler que 'Ceuta' et 'Melilla', c’est sous souveraineté espagnole incontestée. Nous ne sommes pas dans le cas du Sahara occidental ou de Gibraltar. Il n’y a pas de contestation de souveraineté, il y a des relations de voisinage encore plus poussées, et c’est quelque chose à gérer et à avoir ensemble en perspective, sur le long terme. L’évolution de la situation nous dira où nous allons.
- Il y a des personnalités espagnoles qui commencent à dire que le dossier mérite d’être ouvert à la discussion.
- Je comprends qu’on parle d’ouvrir le sujet du Sahara occidental ou le dossier de Gibraltar. Oui pour la collaboration et le regard ouvert vers le futur, bien sûr, parce que cela fait partie de cette collaboration, mais 'Ceuta' et 'Melilla' sont territoire espagnol. Ce n’est pas une position, c’est une constatation de la réalité juridique internationale.
Vidéo du panel sur le thème de l'Otan, l'Atlantique Sud et l'équilibre stratégique global :
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