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Témoignages de Marocains qui ont fait le voyage à Doha

Les supporters marocains présents au Qatar savourent une Coupe du monde qu’ils décrivent comme exceptionnelle. À Médias24, quelques-uns d'entre eux relatent cette expérience humaine riche en émotions et en rencontres.

Témoignages de Marocains qui ont fait le voyage à Doha

Le 6 décembre 2022 à 18h57

Modifié 6 décembre 2022 à 19h58

Les supporters marocains présents au Qatar savourent une Coupe du monde qu’ils décrivent comme exceptionnelle. À Médias24, quelques-uns d'entre eux relatent cette expérience humaine riche en émotions et en rencontres.

A Doha, les supporters des équipes éliminées sont de retour chez eux et l’ambiance est descendue d’un cran. Mais les Marocains sont toujours présents en masse. Avec les Argentins, ils cherchent à maintenir la flamme de la Coupe du monde dans les rues et les places publiques.

Hormis quelques rares optimistes qui avaient pris dès le départ le pack de 4 ou 5 matchs, la plupart des Marocains que nous avons rencontrés n’avaient pas de billet pour le match du Maroc contre l’Espagne. Ils espèrent en trouver d’ici là, surtout après l’annonce par la Fédération royale marocaine de football (FRMF) d’un quota de 5.000 places réservées aux supporters marocains pour ce match.

Médias24 est parti à leur rencontre. Ils nous livrent leur expérience de la Coupe du monde au Qatar, avec ses tops et ses flops, avec ses émotions et ses anecdotes. La grande majorité estime que c’est une expérience unique en son genre, qu’ils espèrent revivre à l’avenir si l’occasion se présente.

Il s'agit généralement de jeunes salariés, âgés de 25 à 40 ans, qui habitent au Maroc ou en France. Ils ont préparé ce voyage pendant des mois et sont venus entre amis. Il y a aussi de nombreux couples, parfois avec enfants. Ceux-là sont pour la plupart des cadres du secteur privé ou des entrepreneurs. Dans de rares cas, le voyage est fait avec la grande famille incluant cousins, oncles et tantes. D’autres sont venus en solo, car rien n'aurait pu les empêcher de voir les Lions en Coupe du monde.

"Entonner l'hymne national devant le monde entier n’a pas de prix"

Pour Mehdi de Fès, 26 ans, doctorant en économie, qui a acheté les billets avec son groupe d’amis dès mars, avant la qualification du Maroc, assister à une Coupe du monde figurait parmi les expériences à vivre au moins une fois dans sa vie. N’ayant pas pu être du voyage en Russie quatre ans plus tôt, il s’est préparé à l'avance pour ne rien rater de cet évènement mythique.

"J’ai acheté des billets pour 13 autres matchs, en plus de ceux du Maroc. J’avais deux, voire trois matchs à voir durant la journée. C’est l’un des avantages de cette Coupe du monde qui se déroule autour d’une seule ville, Doha", explique-t-il.

"Mais les moments les plus émouvants, c'était quand on chantait l’hymne national, dans une Coupe du monde, alors que le monde entier nous regarde, je trouve que cela n’a pas de prix. Les buts du Maroc contre la Belgique étaient de grands moments de joie. Une hystérie s’est emparée du public marocain tellement cette victoire paraissait inespérée", rapporte-t-il avec une vive émotion.

Badr, originaire de Salé et installé à Paris, est un grand fan de football. Il n’hésite pas à faire des déplacements pour voir les grandes affiches de la Champions League européenne. Pour lui aussi, la Coupe du monde est une première. "Quand j’étais étudiant, je n’en avais pas les moyens. Maintenant que je peux m’offrir ce voyage, je n’allais pas le rater, d’autant plus que le Maroc y participe", confie-t-il.

Pour lui, la fierté de porter les couleurs du Maroc dans le plus grand évènement footballistique mondial est ce qui l’a le plus marqué. "Après les victoires du Maroc, nous avons pris goût à nous balader dans les rues de Doha la tête haute. Toutes les nationalités nous félicitaient pour la prestation de l’équipe nationale. C’est un sentiment que jamais je n’oublierai."

Omar, 32 ans, salarié du secteur privé à Casablanca, est venu pour sa deuxième Coupe du monde, après celle de 2018. "En Russie, je me disais que ce serait une expérience à vivre une fois dans sa vie. Un rêve d’enfant que je voulais réaliser. Mais une fois que je l’ai vécu, et que la nouvelle Coupe du monde approchait, je n’ai pas pu résister à la tentation. J’ai donc rembarqué dans l’aventure et je ne l’ai pas regretté. C’est une Coupe du monde exceptionnelle ; d’autant plus qu’avec la prouesse des Lions, les émotions sont décuplées."

Le fair-play, la bonne humeur et l’entraide ont prévalu

Moncef, 29 ans, est originaire de Rabat et vit actuellement à Paris. C’est sa première Coupe du monde et, pour lui aussi, encourager les Lions au Mondial était un rêve. Même s’il ne croit pas au panarabisme, "l’acharnement des médias occidentaux" sur l’organisation de la Coupe du monde au Qatar l’a encouragé davantage à ne pas la rater.

"En France, je criais haut et fort que j’allais à cette Coupe du monde. Et quand on me sortait l’une des bêtises que répètent sans cesse les médias, je leur répondais : 'Dites-moi pourquoi alors vous achetez leur gaz, vous acceptez qu’ils rachètent le PSG et vous passez des contrats d’armement en milliards de dollars ?' Cette hypocrisie n’a fait que renforcer mon idée d'assister à ce Mondial", souligne-t-il.

"Je n’ai pas regretté ma décision. Voir les supporters de 32 nations dans le même lieu, avec leurs chants propres, leurs méthodes de supporter, leur façon de vivre la Coupe du monde, c’est une expérience unique qu’il est rare de trouver ailleurs", ajoute Moncef.

"Ce qui m’a le plus marqué, c’est le fair-play entre les différents publics. C’est quelque chose qu’on voit très rarement dans le football des clubs. Tous les matchs finissent dans la bonne humeur, même quand une équipe perd, les supporters de l’équipe adverse prennent le soin de consoler les supporters d’en face", note pour sa part Badr.

Hatim, 36 ans, cadre dans une entreprise de Casablanca, a été marqué par la culture des Argentins dans la Coupe du monde. Ils ont l’habitude de venir avec beaucoup de maillots de la sélection argentine, souvent floqués du 10 de Maradona ou de Messi, qu’ils échangent avec les supporters des autres nations. Au retour de leurs pays, ils collectionnent ces maillots comme souvenirs de la Coupe du monde. Plusieurs Marocains ont été abordés par les Argentins dans ce sens. Hatim dit que cette tradition argentine lui plaît et qu’il se pourrait qu’il en fasse de même lors de la prochaine Coupe du monde aux Etats-Unis.

Mehdi quant à lui se remémore la victoire historique de l’Arabie saoudite sur l’Argentine. Les supporters saoudiens se sont mis à chambrer leurs homologues argentins avec des chants et surtout avec le fameux slogan "Where is Messi ?". Les Argentins l’ont accueilli avec le sourire, faisant taire leur amertume. Mais ces derniers n’ont pas raté l’occasion de prendre leur revanche quand l’Arabie saoudite a fini dernière du groupe. Les Saoudiens, également présents en nombre à Doha, ont réagi avec autant de fair-play.

Mehdi nous apprend aussi comment il a pu se procurer plusieurs billets grâce à des groupes WhatsApp et Facebook, où les supporters des différents pays s’échangent les astuces, les bons plans et revendent les billets des matchs au prix Fifa. Loin d'en tirer profit, les membres cherchent à en faire bénéficier les fans faisant partie du même groupe. Il arrive même qu'un supporter, dans l'impossibilité d'assister à un match, décide de le céder gratuitement à l’un des membres.

Ainsi, grâce à l’amitié nouée avec un supporter anglais, Badr a pu se procurer auprès de lui deux billets du prochain match du Maroc contre l’Espagne, toujours au prix Fifa. "La Coupe du monde c’est d’abord une expérience humaine, d’amitié, d’échange et de partage. Tu peux aborder n’importe quel supporter et, après un cours échange, vous devenez des amis pour la vie."

Même son de cloche chez Omar, qui signale avoir rencontré des supporters d’Amérique latine qui ne ratent aucune Coupe du monde depuis sept éditions. Il leur a donné rendez-vous au Mondial nord-américain de 2026, pour lequel ils prévoient déjà de préparer le voyage ensemble.

Malgré quelques couacs, le Qatar laisse une bonne impression aux supporters du monde entier.

La plupart des Marocains ont réservé un hébergement dans les quartiers nouvellement construits à l’occasion de la Coupe du monde, tels que Barwa Barahat Al Janoub et Barwa Madinatna. "Il est clair que les Qataris ont fait le maximum pour que ces quartiers soient finis à temps. La finition a donc été baclée. Surtout du côté des sanitaires, dont les dysfonctionnements sont nombreux. Nous avons dû appeler l’assistance de la résidence plusieurs fois pour régler ces problèmes. Mais le bon côté des choses, c’est qu’ils étaient à l’écoute et réactifs à nos demandes", témoigne Hatim.

A l'instar de plusieurs supporters, Hatim a même pu bénéficier d’un surclassement. Alors qu'il avait réservé au niveau de Barwa Barahat Al Janoub, au prix de 100 dollars la nuit pour un studio de deux personnes, il reçoit, à deux jours du voyage, un e-mail qui lui annonce son transfert dans un des appartements de Barwa Madinatna. Quatre fois plus cher, ces appartements de deux à trois chambres, avec plusieurs salles de bain, un salon et un cuisine, sont équipés d'une télévision qui retransmet tous les matchs gratuitement et en direct.

Badr, qui a profité également de ce surclassement, se montre très satisfait. Dans les quartiers Barwa règne une ambiance de village olympique. Toutes les nationalités sont représentées, l’échange entre les résidents se fait naturellement et des tournois de mini-foot s'organisent spontanément.

En outre, des bus navettes relient gratuitement tous les sites d'hébergement aux stades, ainsi qu’aux aéroports et à la station de métro la plus proche. L'investissement du Qatar pour faciliter les déplacements des supporters a été vivement apprécié, car le coût de la vie est élevé sur place.

Le pays hôte a également misé sur l’évènementiel. Festivals, shows artistiques, carnavals de rue... tout a été pensé pour que la fête batte son plein dans les rues de Doha comme dans les stades.

Nassim, un jeune dentiste de Fès, raconte comment il a pu assister à un concert de David Guetta pour une somme raisonnable. "C’était un show magnifique, c’était la fête, je suis tellement content d’avoir pu vivre cette expérience."

Omar a, quant à lui, profité de son séjour pour visiter les lieux touristiques. "C’est incroyable comment à partir de rien, le Qatar a pu créer autant d’attractions touristiques qui valent le détour. Ils marchent sur les pas de Dubaï pour diversifier leur économie. Même si le Maroc est un pays avancé en matière de tourisme, je pense qu’on doit s’en inspirer pour diversifier notre offre", conclut-il.

Quant on demande ce qui leur a déplu, les réponses sont unanimes. Tout d’abord le coût élevé de la restauration, car il est difficile de trouver un restaurant à moins de 150 DH le repas.

Ensuite, la climatisation qui est présente partout. Le changement de température constant a fait que beaucoup de supporters sont tombés malades durant leur séjour. Ils suspectent aussi une vague de contamination au Covid. Peu d'entre eux ont été épargnés et tous se sont dopés au paracétamol et à la vitamine C pour surmonter la fatigue liée au manque de sommeil.

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