Aflamin : “Avec une aide publique, la 1re plateforme marocaine de streaming deviendra rentable” (N. Ayouch)
Neuf mois après sa création, Aflamin entre progressivement dans les foyers nationaux et étrangers avec un millier de visionnages par jour. Fondateur de cette première plateforme marocaine de streaming, Nabil Ayouch avance que cette offre d’œuvres marocaines deviendra rentable à l’horizon 2025 si l’Etat l’accompagne financièrement, comme il le fait déjà avec les salles modernes de cinéma.
Loin de vouloir concurrencer Netflix, Amazon ou Disney, cette plateforme, fondée en février dernier par la start-up Good Fellows, dirigée par le réalisateur Nabil Ayouch et les actionnaires de sa boîte de production Ali’N Prod, a plutôt pour ambition de permettre aux spectateurs du Maroc, et du monde, d’accéder légalement aux films marocains et de distribuer les recettes générées aux ayants droit.
"Un démarrage encore loin de la vitesse de croisière"
S’il est trop tôt pour se prononcer sur sa réussite, Médias24 a néanmoins sondé son fondateur. Ce dernier s’est dit très optimiste, nous fournissant plusieurs chiffres qui plaident en faveur de sa pérennité et d'une rentabilité future.
"Après le démarrage en février dernier, ça commence à prendre petit à petit, mais on n’a pas encore atteint la vitesse de croisière espérée. Nous sommes encore très loin du seuil de rentabilité", nous confie Nabil Ayouch, qui précise que les recettes actuelles ne couvrent pas les frais.
Un investissement initial compris entre 2 et 3 millions de dirhams
Si notre interlocuteur n’a pas souhaité divulguer le montant de l’apport des actionnaires pour financer le projet, une source nous apprend qu’il faut compter de 2 à 3 MDH. Cette dernière ajoute qu’un tel investissement nécessite plusieurs années avant d’atteindre un point d’équilibre.
Selon Nabil Ayouch, avant d'envisager la rentabilité, il faudra amortir l’investissement et financer les frais en générant un chiffre d’affaires à partir de 90% de formules d’abonnement, dites "SVOD" (Subscription Video On Demand), et de 10% de formules "Pay VOD" (vidéo à la demande).
L’objectif est de fidéliser un maximum de clients avec des formules d’abonnement (hebdomadaire, mensuel ou annuel) qui leur permettront de visionner un certain quota de films marocains.
"À ce jour, 1.000 clients quotidiens issus d’une vingtaine de pays"
"Aujourd’hui, les films marocains que nous diffusons sont visionnés chaque jour par un millier de personnes, soit 30.000 par mois, qui se connectent sur notre plateforme de streaming à partir d’une vingtaine de pays de la planète. Nous avons constaté que les Marocains étaient majoritaires, suivis de clients d’Europe, d’Amérique du Nord, du Golfe et enfin d’Afrique", a indiqué Nabil Ayouch.
Selon lui, la priorité actuelle des actionnaires est de tenir le plus longtemps possible, jusqu'à ce que le niveau de recettes soit suffisant pour commencer à amortir et financer les lourds frais de fonctionnement.
"La réussite du projet est conditionnée à une aide directe de l’État"
Le business model des plateformes cinématographiques étant à la fois coûteux et fragile, le fondateur de Aflamin espère une aide directe de l’Etat sous forme de subventions.
"A l’instar des propriétaires de salles qui reçoivent plusieurs millions de dirhams pour investir dans des équipements coûteux (projecteur, sonorisation, etc.), notre plateforme, qui est aussi une voie de diffusion du patrimoine cinématographique marocain, a déposé une demande de soutien financier", révèle Nabil Ayouch.
"15.000 abonnés nécessaires pour devenir rentable en 2025 au plus tard"
"L’objectif de l’actionnariat de la première plateforme maroco-marocaine n’est pas de devenir milliardaire comme Netflix", souligne son cofondateur. Selon lui, il faudra passer de 30.000 visionnages mensuels, actuellement, à un minimum de 200.000, soit environ 15.000 abonnés permanents pour être en mesure d’atteindre l’équilibre financier et devenir rentable.
Selon lui, cet objectif pourra être atteint dans deux ou trois ans à la condition expresse que l’Etat soutienne financièrement Aflamin dont le fonctionnement coûte cher.
"Sans soutien public, l’aventure ne pourra pas se poursuivre"
Aflamin parvient à exporter les créations cinématographiques nationales dans le monde entier. Le réalisateur-producteur espère donc que l’Etat l'assistera grâce à des mécanismes de soutien public qui lui permettront de résister avant de parvenir à son seuil de rentabilité.
"Nous avons eu des promesses du cabinet du ministre de la Culture qui s’est montré très sensible à notre projet, mais pour l’instant, nous attendons toujours une réponse concrète, à savoir financière. En effet, sans aide publique, nous ne pourrons pas aller plus loin, à l’image des salles de cinéma dont l’activité n’aurait pas pu perdurer sans une modernisation de leurs équipements", explique Nabil Ayouch.
Il estime que la plateforme doit être considéré par l’Etat comme un outil de diplomatie culturelle permettant d’exporter notre cinéma et de le faire connaître à l'international à travers des cycles cinématographiques.
Contre le piratage, une redistribution vertueuse des recettes d’Aflamin
Refusant de chiffrer le montant idéal de l’aide, l’actionnaire avance qu’il devra être à la hauteur de l’enjeu, alors même que le Maroc était jusqu'à présent l’un des derniers pays à ne pas disposer de plateforme, y compris sur le continent africain où l’Egypte et l’Afrique du Sud, entre autres, en ont déjà.
"En aidant les plateformes nationales, l’Etat participera à une redistribution vertueuse de leurs recettes pour tous les ayants droit des œuvres marocaines, et aussi pour changer progressivement certaines habitudes de consommation, comme le piratage qui fait beaucoup de mal et empêche le développement d’une véritable industrie culturelle marocaine", conclut Nabil Ayouch. Il rappelle que la plateforme Aflamin a l'ambition de promouvoir la culture marocaine en Afrique, en Europe et dans le monde arabe.
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