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Entretien avec Nabil Ayouch sur la première plateforme cinématographique du Maroc

Au lendemain du lancement officiel de Aflamin, 1ère plateforme cinématographique du Maroc, son fondateur Nabil Ayouch revient pour Médias24 sur sa finalité patrimoniale qui permettra bientôt de visionner tous les films marocains. Entretien et fiche technique.

Entretien avec Nabil Ayouch sur la première plateforme cinématographique du Maroc

Le 27 février 2022 à 12h03

Modifié 28 février 2022 à 7h26

Au lendemain du lancement officiel de Aflamin, 1ère plateforme cinématographique du Maroc, son fondateur Nabil Ayouch revient pour Médias24 sur sa finalité patrimoniale qui permettra bientôt de visionner tous les films marocains. Entretien et fiche technique.

Médias24 : Pourquoi votre projet de plateforme cinématographique qui avait été lancé en 2018 a-t-il mis autant d’années à se concrétiser ?

Nabil Ayouch : Parce que je me suis posé beaucoup de questions sur la manière d’aborder du mieux possible ce projet.

S’il est vrai que le processus a pris beaucoup plus de temps que prévu, nous sommes finalement arrivés à le concrétiser.

-Quel a été l’investissement financier nécessaire ?

-Je ne peux pas vous révéler le montant des investissements mobilisés mais il nous a cependant fallu réunir plusieurs partenaires pour rassembler les moyens nécessaires.

D’ailleurs, nous avons limité au maximum les frais en mode start-up.

-Sachant que vous êtes aussi producteur, est-ce un projet à vocation lucrative ?

-Nous ne sommes pas sur un modèle de plateforme à l’américaine. Il est donc certain que nous n’avons pas lancé Aflamin pour gagner de l’argent en tâchant de concurrencer Netflix ou Amazon…

-Quelle est alors votre ambition ?

-Valoriser le cinéma marocain pour que le public marocain, en priorité mais pas seulement, qui vit au Maroc ou à l’étranger puisse voir ou revoir les films de notre patrimoine ou des œuvres cinématographiques contemporaines de ces dernières années voire même toutes récentes.

-Vous ne pensez pas qu’une telle initiative d’utilité publique relève des attributions de l’État et que vous vous substituez aux pouvoirs publics notamment au ministère de la culture ?

-Je ne crois pas car partout dans le monde, force est de reconnaître que la plupart des plateformes nationales de cinéma ont été lancées par des opérateurs privés.

-A la différence qu’elles n’ont pas la même vocation comme votre plateforme qui aspire à nous faire découvrir l’histoire et l’évolution du cinéma marocain ?

-La vocation de ce projet est de rassembler et partager notre patrimoine culturel via la branche cinématographique.

Cela dit, j’espère très sincèrement que l’État va nous soutenir.

-De quelles manières ?

-À travers des subventions directes et une aide à la digitalisation des anciens films marocains.

En effet, plusieurs d’entre eux ont malheureusement disparu des radars faute d’avoir été numérisés. Partant de ce triste constat, nous espérons un soutien du ministère de la culture et plus particulièrement de la cinémathèque pour nous accompagner dans ce projet qui inclut une notion flagrante de bien public.

De plus, le réalisateur que je suis est concerné de près par ce projet car souvent interpellé par le public, notamment jeune, qui ne sait pas où et comment revoir certains de mes anciens films.

Faute d’une simple plateforme permettant de les visionner légalement, il est triste de constater que les nombreuses pépites de notre cinéma national sont au fil du temps invisibilisées et oubliées par le public des jeunes générations, universitaires, cinéphiles …

-On ne peut pas se procurer des films marocains même chez les vendeurs de DVD piratés ?

Exact, il y a une espèce de gentleman agreement ou d’accord tacite avec les pirateurs pour épargner plus ou moins les films marocains qui sont moins victimes de plagiat que leurs concurrents étrangers.

-Dans ce cas, où peut-on trouver les anciens films marocains qui ne sont plus à l’écran ?

La grande majorité du répertoire cinématographique national est malheureusement introuvable hormis certains films éventuellement disponibles sur des plateformes étrangères comme Much Loved sur Netflix et Razzia sur Amazon.

D’où l’intérêt de votre plateforme ?

Absolument mais il faut préciser qu’aujourd’hui, le piratage n’est plus majoritairement physique (DVD) mais passe plutôt par un visionnage direct sur le net sans aucune remontée de recettes pour les ayants-droit ou les équipes (réalisateur, producteur, scénariste …).

A contrario, avec notre nouvelle plateforme Aflamin, on se dirige vers un cercle vertueux où chaque dirham qui rentre sera partagé équitablement avec les ayants droit.

Comment faites-vous pour acquérir les droits de diffusion des films de votre catalogue ?

Une fois les ayants droit contactés, nous leur proposons un contrat avec un partage des recettes à venir. Si nous sommes d’accord, la plateforme investit pour couvrir tous les frais nécessaires (numérisation du film, amélioration de l’image, éditorialisation et valorisation du film…).

-Un partage 50%-50% ?

La nature du partage des recettes validée au préalable par les deux parties dépend plutôt du nombre de clics.

Qu’en-est-il des films internationaux de votre catalogue ?

Tout le monde est logé à la même enseigne avec un processus identique d’acquisition des droits.

La seule différence, plutôt positive car plus économique pour nous en termes de frais, est que les ayants-droit nous envoient des films qui sont déjà digitalisés et passés par d’autres plateformes.

-Quelle est la ventilation en termes de contenu marocain ou étranger ?

-Si le cinéma marocain est majoritaire avec 80% des films, on a réservé 20% aux œuvres étrangères.

-Vous démarrez avec 200 heures de contenu soit +/-cent films, n’est-ce pas un peu léger ?

-(Rires), 90 films, c’est plus que bien pour un démarrage.

Il est vrai que si on avait opté pour un modèle pirate, nous aurions pu proposer 3.000 films dans notre catalogue mais nous avons choisi un modèle vertueux.

Cela n’a vraiment pas été facile de contacter tous les ayants-droit, d’obtenir leur accord et enfin de passer à la partie technique en mettant on-line les œuvres de leurs ascendants sur notre plateforme.

-Quel est votre objectif en termes de contenu ?

-Sachant que nous n’en sommes qu’à la phase de démarrage, notre objectif est d’élargir d’ici deux ans notre offre cinématographique pour inclure la quasi-totalité des films marocains qui ont été produits depuis l’invention du cinéma.

Tout comme Netflix qui a commencé avec un catalogue bien plus réduit que celui de notre plateforme Aflamin, il faudra un peu de temps pour se développer.

-Justement, combien de films a produit le Maroc depuis l’invention du cinéma ?

-Le chiffre exact est de 450 longs-métrages sans compter les nombreux court-métrages, documentaires …

-Ce n’est pas énorme ?

-Oui mais nous avons une belle marge de progression avec une vingtaine de films aidés chaque année (en temps normal) par le Centre cinématographique marocain (CCM), soit environ 15 sorties annuelles.

-Les nouveaux films qui viennent de sortir au cinéma peuvent être diffusés en même temps sur votre plateforme?

-Non, priorité sera donnée à la salle sur le modèle de ce qui se fait en Europe, à savoir avec un cycle de sortie au cinéma suivie 3 mois plus tard par un visionnage possible payant en VOD (vidéo à la demande).

-Y-a-t-il un équivalent de Aflamin dans d’autres pays du continent ou ailleurs ?

-Je n’ai pas constaté de plateforme similaire en Afrique mais comme le Maroc est, derrière l’Égypte, le pays qui produit le plus de longs-métrages au Maghreb et dans notre continent, il était logique de monter une plateforme dédiée au cinéma marocain.

-Cette plateforme pourra devenir rentable à l’horizon 2024 ?

-Cela serait une bonne nouvelle pour tout le monde et notamment pour que notre tour de table continue à investir dans le cinéma marocain qui doit vraiment devenir à terme synonyme de rentabilité.

Mais aussi pour que cette plateforme trouve un modèle économique qui marche sans quoi cela voudrait dire que c’est le système de piratage et les plateformes étrangères qui auront eu le dernier mot.

-A quel horizon, pensez-vous être fixés ?

-Aujourd’hui, nous faisons face à un véritable enthousiasme mais il va falloir un soutien effectif du public avant d’être vraiment fixés dans quelques mois sur le sort de notre plateforme.

-Combien d’abonnés sont nécessaires pour atteindre le seuil de rentabilité ?

-Nos recettes viennent des abonnements et des locations de films (one shot ou pour 48 heures) qui ne nécessitent pas d’engagement avec des tarifs bien plus intéressants qu’un ticket de cinéma.

Pour vous répondre directement, notre modèle économique nécessite environ 5.000 abonnés permanents sur la plateforme auxquels il faut ajouter 5.000 à 50.000 locations de films grand public ou pointus.

-Une fois rentabilisée, Aflamin va suivre les traces de Netflix en devenant producteur ?

-C’est notre intention, la prochaine étape sera en effet de participer au financement de nouveaux films même si ça ne sera pas à 100% comme le fait Netflix

En fait, dès que la plateforme sera rentable, nous allons encourager et soutenir financièrement la production cinématographique marocaine.

-Quel soutien du côté du ministre de la Culture ?

-Si nous démarrons à peine, nous espérons qu’il va nous suivre sur ce projet car non seulement cela fait partie des attributions de son ministère mais en plus on dit que Mehdi Bensaïd est un grand cinéphile …

 

Voici par ailleurs la fiche technique de la plateforme:

 Outil de découverte du 7ème art dans toute sa diversité, la nouvelle plateforme de streaming du cinéma marocain “AFLAMIN” apporte une large offre de films indépendants du Maroc, mais aussi de tous les continents, pour la plupart primés dans les plus grands festivals internationaux.

Créée cette année, par la start-up Good Fellows, à l’initiative du réalisateur Nabil Ayouch et de Ali n’ Productions, la plateforme du cinéma marocain AFLAMIN répond à un besoin culturel essentiel.

L’idée d’AFLAMIN émane de la double nécessité de donner au grand public un accès légal aux productions nationales et de contribuer à la dynamique de l’industrie cinématographique marocaine en redistribuant les recettes générées équitablement aux ayant-droit. Tous les contenus présentés sur AFLAMIN ont été acquis auprès d’une quarantaine de producteurs et sont protégés par des systèmes anti-piratage aux normes internationales.

« Les Marocains et en particulier la jeunesse de notre pays, aiment leur cinéma. Et pourtant ils ont assez peu d’opportunités de voir ou de revoir les films récents ou du patrimoine. Notre ambition est non seulement de reconnecter le public marocain, à son cinéma mais aussi de valoriser le travail des cinéastes en proposant une nouvelle fenêtre de diffusion pour nos œuvres. » Nabil Ayouch, cinéaste marocain.

 La sélection proposée par la plateforme se base sur un seul credo : mettre en avant des films qui ont un intérêt évident pour le public marocain, qu’il soit artistique, intellectuel, divertissant, culturel, sociologique ou historique.

Le cinéma national étant sa vocation première, AFLAMIN se donne comme objectif de présenter la quasi-totalité du cinéma marocain d’ici deux ans. Les nouvelles acquisitions de films viendront ainsi incrémenter l’offre mois après mois et faire l’objet d’une éditorialisation dédiée, destinée à les mettre en avant.

Pour cela, AFLAMIN propose :

  • Des fiches très complètes pour chaque film,
  • Une mise en avant tous les mois de 3 à 5 titres, essentiellement marocains.
  • Des cycles thématiques tout au long de l’année.

A travers cet effort de programmation diversifiée, d’éditorialisation et de prescription, AFLAMIN se propose de contribuer à renforcer et à étendre la fibre cinéphile à travers le royaume  et ce, en participant à l’éducation à l’image. AFLAMIN se fixe également pour mission de développer la curiosité pour cet art majeur qu’est le cinéma, en aiguisant le regard du grand public sur les films et plus généralement leur regard sur le monde.

“ Autant national qu’international, le public est avide de culture et de cinéma « à la demande ». Les plateformes VOD internationales déjà présentes offrent peu de cinéma marocain. AFLAMIN se propose de creuser un nouveau canal autour de notre cinéma national mais aussi avec une offre de cinéma international indépendant. Notre idée est de bâtir une nouvelle audience de cinéphiles, la plus large possible, parmi nos concitoyens”, souligne Kenza Safouane, directrice générale de AFLAMIN.

“Il reste qu’à nos yeux la meilleure manière de présenter le cinéma marocain est de l’inscrire dans un cinéma international, pour montrer qu’il existe, qu’il a évolué, et évolue encore aujourd’hui en dialogue avec les autres cinémas du monde”, conclut Nabil Ayouch.

A propos de la plateforme AFLAMIN

 AFLAMIN a été créé en 2022 par la start-up Good Fellows à l’initiative du réalisateur Nabil Ayouch et de Ali n’ Productions.

Le public peut accéder aux films (en numérique HD) via le site web www.aflamin.com sur les applications Smartphone (Android et Apple) et sur Smart TV Android.

  • Plus de 200 heures de contenu disponible dès à présent
  • 3 à 5 films mis en avant tous les mois
  • Plus de 40 réalisateurs nationaux et internationaux qui ont fait confiance à AFLAMIN
  • 3 formules d’abonnement, sans engagement avec 5 jours gratuits :
  • 1 mois pour 45 DH
  • 3 mois pour 120 DH
  • 6 mois pour 230 DH

 Tous les longs-métrages peuvent être loués à l’unité pour 48H, à 20 DH.

Les utilisateurs peuvent régler leurs achats directement via carte bancaire (Visa et MasterCard) ou en espèces en utilisant le “Wallet AFLAMIN” mis à leur disposition sur la plateforme.

Comment marche le “Wallet AFLAMIN” ?

Le « Wallet AFLAMIN » permet de régler ses achats directement sur la plateforme Aflamin.

Le wallet peut être rechargé par carte bancaire ou en espèces.

La recharge en espèce se fait via un code délivré par la plateforme que l’utilisateur devra présenter dans les réseaux CASH PLUS et AL BARID BANK pour finaliser la recharge de son wallet.

Une fois sa recharge créditée, il peut acheter sur la plateforme son abonnement ou ses films à l’unité.

Les paiements effectués par carte bancaire sur la plateforme AFLAMIN sont tous sécurisés grâce au protocole 3D Secure proposé par le CMI (Centre Monétique Interbancaire).

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