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Ali Hajji : “Le Festival international du film de Marrakech est reparti pour durer”

Après deux années d’absence, le coordinateur général du Festival international du film de Marrakech revient pour Médias24 sur la particularité de cette 19e édition et sur la pérennisation d'un événement qui contribue à l'attractivité de la ville ocre.

Ali Hajji : “Le Festival international du film de Marrakech est reparti pour durer”

Le 17 novembre 2022 à 11h24

Modifié 17 novembre 2022 à 14h07

Après deux années d’absence, le coordinateur général du Festival international du film de Marrakech revient pour Médias24 sur la particularité de cette 19e édition et sur la pérennisation d'un événement qui contribue à l'attractivité de la ville ocre.

Médias24 : Après deux ans d’absence, en quoi la 19e édition du FIFM se distingue-t-elle des précédentes ?

Ali Hajji : C’est une édition qui revêt une grande symbolique, car c’est la première post-pandémie. Elle était très attendue par les professionnels, les médias, les cinéphiles et le grand public.

C’est donc l’édition des retrouvailles avec le public de Marrakech, pour lequel l’accès a été facilité cette année avec le lancement d’une accréditation électronique gratuite. Un e-badge qui permet d’assister à toutes les projections et rencontres avec les talents.

- Pourquoi l’avoir avancée au mois de novembre au lieu de décembre ?

- C’est une édition exceptionnelle, dont l’organisation a démarré alors que la pandémie était encore significativement présente. L’organisation d’une manifestation d’une telle envergure doit tenir compte de plusieurs paramètres dont les disponibilités des équipes, des professionnels, des fonds, des films ainsi que des différents lieux et espaces qui accueillent habituellement le festival.

Pour cette édition exceptionnelle, ce timing - proche du timing habituel -, où toutes les conditions ont pu être réunies, était le plus opportun.

- Après dix-huit ans d’existence, de quel autre festival de classe mondiale se rapproche le plus le FIFM ?

- Marrakech ne se compare à aucun autre festival ; il vise plutôt à cultiver sa singularité et à affirmer sa propre ligne éditoriale.

C’est un festival qui se distingue par une compétition dédiée à la découverte des nouveaux talents du cinéma mondial. Et, en même temps, c’est un événement qui accueille les plus grands noms du cinéma, en provenance du monde entier.

On peut dire que ce qui fait sa force et sa singularité, c’est justement cette rencontre entre les cinéastes en devenir et les plus grandes personnalités du cinéma mondial.

Cette année, on remarque l’arrivée d’une nouvelle génération de cinéastes marocains

- Avec 15 films marocains sur les 76 sélectionnés, la programmation du FIFM est-elle également en mesure de révéler de grands réalisateurs et acteurs marocains ?

- C’est une très belle année pour le cinéma marocain, avec quatre films qui ont été sélectionnés dans les grands festivals internationaux : Cannes, Venise, Toronto pour ne citer que ceux-là.

Ce qui caractérise la présence du cinéma marocain au Festival de Marrakech cette année, c’est justement l’arrivée d’une nouvelle génération de cinéastes. Parmi les quinze films marocains que nous proposons, six sont signés par des cinéastes dont c’est le premier ou le deuxième long métrage. On peut citer, par exemple, Reines, premier long métrage de Yasmine Benkiran, qui a reçu un accueil triomphal lors de sa présentation au festival. C’est un film qui a bénéficié à deux reprises du soutien des Ateliers de l’Atlas, le programme ‘industrie’ du festival. Une première fois en 2018, lorsqu’il était au stade de scénario, puis en 2021, en phase de postproduction.

- Depuis leur création en 2018, les Ateliers de l’Atlas ont-ils permis de vendre ou de financer des productions marocaines ?

- Depuis leur création, les Ateliers de l’Atlas ont accompagné 48 projets et films marocains dont plusieurs figurent dans la sélection du festival cette année, comme Les damnés ne pleurent pas de Fyzal Boulifa, Fragments from Heaven de Adnane Baraka ou Poissons rouges de Abdeslam Kelai.

Les ateliers, en plus des sessions de mentoring et des dotations octroyées à certains lauréats, ont permis à ces projets de boucler leur financement et de voir le jour.

- Le réseau Netflix est-il de nouveau partenaire du FIFM ?

- Nous collaborons avec Netflix depuis plusieurs années. Nous avons ouvert cette 19e édition avec la projection du très beau Guillermo del Toro’s Pinocchio produit par Netflix, une merveille d’animation que le réalisateur mexicain oscarisé a co-réalisé avec Mark Gustafson.

Nous allons également montrer The Swimmers de Sally El Hosaini, produit par Netflix et inspiré d’une histoire vraie, celle de deux sœurs qui ont fui la guerre en Syrie pour participer aux Jeux olympiques de Rio en 2016.

- Quels sont les grands médias spécialisés présents, à l'instar de Trade papers ?

- Les journalistes de Variety, Deadline et Le Film français, entre autres, sont présents cette année.

- Le festival a-t-il pâti, sur le plan qualitatif, du fait que moins de films ont pu être tournés en raison de la crise sanitaire ?

- Le comité de sélection du Festival a visionné plus de 800 films au total, pour en retenir 76 en provenance de 33 pays.

Nous n’avons pas constaté de baisse, ni quantitative ni qualitative, dans les films qui nous ont été présentés. Les films sont d’un très bon niveau cette année encore.

- Sachant qu’il n’existe pas de véritable marché du film au Maroc, le FIFM peut-il remplir ce rôle ?

- La mission du festival est de célébrer et de mettre en valeur la création cinématographique mondiale sous toutes ses formes, de contribuer à la découverte de nouveaux talents et d'aider, à travers les Ateliers de l’Atlas, au développement de l’industrie régionale.

En fédérant toutes ces énergies venant de différents bords, le festival contribue à créer une réelle dynamique régionale de production et de diffusion, qui s’accélère forcément avec la présence des plateformes et le développement des nouvelles technologies.

- Peut-on imaginer à terme la création d’un marché international du film en marge du festival ?

- Un certain nombre de grands marchés internationaux existent déjà, avec lesquels il est difficile d’entrer en concurrence. Dans un contexte régional qui est encore en construction, il faut s’adapter et proposer des formats différents, sur mesure.

D’où la création en 2018 des Ateliers de l’Atlas, qui ont été conçus pour répondre aux besoins de la région. La plateforme ‘industrie’ du Festival de Marrakech accueille chaque année 250 professionnels internationaux autour d’une sélection de projets en développement et de films en postproduction, portés par une nouvelle génération de cinéastes marocains, arabes et africains.

Les ateliers sont désormais un rendez-vous incontournable pour les professionnels internationaux qui investissent dans la production régionale. En l’espace de quatre éditions, le programme a accompagné 88 projets et films dont plusieurs ont été, par la suite, sélectionnés ou primés dans les plus grands festivals à travers le monde.

C’est le cas notamment de Feathers de l’Égyptien Omar el Zohairy, premier film arabe à recevoir le Grand Prix de la Semaine de la Critique du Festival de Cannes, en 2020.

 - Aujourd’hui, est-ce Marrakech qui offre une vitrine à l’international au FIFM, ou alors l'inverse ?

- Nous ne nous posons pas la question en ces termes. Marrakech fait autant de bien au festival que ce dernier en fait à la ville. La plupart des festivals qui ont réussi et qui se sont distingués dans le monde résultent justement d'une alchimie entre une programmation et un lieu.

Un festival est à la fois un rendez-vous professionnel, un rendez-vous avec le public et l’occasion de découvrir un territoire et une culture, de les mettre davantage en valeur. Plus ce territoire et sa population adoptent la manifestation, plus l’expérience est passionnante, évidemment.

- Pensez-vous que cette 19e édition pourra surpasser celle de 2018 qui avait bénéficié de la présence prestigieuse de Martin Scorsese et Robert de Niro ?

- Chaque édition a sa particularité. Nous sommes fiers de pouvoir présenter cette année une aussi large sélection de films en provenance du monde entier ; de très grandes personnalités du cinéma mondial sont attendues ; le public s’est accrédité en masse pour pouvoir participer aux différentes activités proposées par le festival.

Nous sommes heureux de compter parmi nos invités cette année de grands cinéastes et acteurs comme Paolo Sorrentino, James Gray, Jim Jarmusch, Asghar Farhadi, Leos Carax, Tilda Swinton, Jeremy Irons et Isabelle Huppert, entre autres.

Ce sont de très grands noms du cinéma mondial qui viennent converser et partager avec le public. C’est une opportunité rare qui est offerte par le Festival de Marrakech.

- Peut-on dire que le retour du FIFM s’annonce définitif ?

- Revenir après la pandémie est une belle prouesse qui rassure quant à la résilience et à la pertinence de la manifestation.

Donc oui, le Festival de Marrakech est là pour durer, car il s’inscrit dans une dynamique d’accompagnement et de développement d’un secteur porteur de richesses, d’emplois et de rayonnement pour notre pays.

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