Avec Hanane Rihhab, l’USFP veut retrouver son franc-parler sur la question féminine
ENTRETIEN. Mouvement féminin au sein des partis, Moudawana et droit à l'avortement... Voici la vision de Hanane Rihhab sur la question des droits de la femme, après son élection en tant que secrétaire générale de l'organisation des femmes ittihadies.
Élue vendredi 7 octobre, en tant que secrétaire générale de l’Organisation des femmes ittihadies, Hanane Rihhab, numéro 2 de l’USFP, expose à Médias24 ses ambitions dans le cadre du combat féministe. Elle décrit les actions qu’elle compte entreprendre durant son mandat à la tête de l’Organisation féminine de son parti, pour aller au-delà du rôle de “façade” que certaines organisations féminines partisanes n’arrivent pas à dépasser.
Médias24 : Quel est le rôle des organisations féminines des partis ?
Hanane Rihhab : Elles sont censées jouer de nombreux rôles, tant au niveau interne des partis que sur le plan politique externe. Mais le font-elles réellement ? J’estime que cela diffère d’un parti à l’autre, sachant qu’au sein de nombre d’entre eux, les femmes ne constituent qu’une façade qui ne s’active que pour des rôles protocolaires.
Les partis progressistes ont accumulé une expérience dans ce domaine. Et ce, compte tenu de la place centrale accordée à la femme, dans leurs programmes politiques. Les organisations féminines des partis sont un outil pour plaider en faveur du tiers, en vue de la parité au sein des structures des partis.
Ces organisations sont aptes à présenter des idées partisanes en matière de liberté de la femme, et de libertés individuelles et collectives de manière générale ; considérant que les femmes sont les premières victimes de l’oppression en matière de libertés individuelles. Elles constituent également un moyen pour former les femmes des partis aux mécanismes de plaidoiries, et constituent un pont entre les partis et les organisations féminines civiles.
Il faut savoir que le travail au sein du parti, au niveau des droits de la femme, est prenant, considérant les nombreux agendas relatifs aux activités du mouvement féminin, ou encore à la relation avec les partenaires sur le plan régional et mondial.
- Dans la pratique, ces organisations exercent-elles leur rôle ?
- Comme je l’ai dit, la situation dépend du dynamisme du parti qui s’active à travers des canaux sociaux. Elle dépend aussi de la centralité accordée à la question de la femme dans le programme du parti. Nous ne nions pas qu’il y a des organisations féminines partisanes qui ne sont pas plus que des façades. Sachant que leurs partis ne leurs donnent accès aux sièges qu’à l’occasion des élections, comment s’attendre à ce qu’elles soient réellement actives ?
Néanmoins, ceci n’est pas une généralité. Il y a des partis dont les organisations féminines sont actives. On les retrouve au front ; que ce soit au Parlement, dans les collectivités territoriales, au niveau des plaidoyers locaux et internationaux, ou encore présentes pour l’encadrement des femmes dans les espaces sociaux, dans les formations ainsi que pour la production de documents et de visions, etc.
On peut dire que les organisations féminines des partis progressistes et gauchistes, avec l’organisation féminine ittihadie en tête, sont les plus présentes et actives, outre les organisations féminines des partis au prolongement historique, tel le parti de l’Istiqlal, ou encore social, comme les femmes appartenant aux courants traditionnels.
Cela dit, le plus étonnant est l’existence de partis, généralement sur le devant de la scène électorale, dépourvus d’organisations féminines réelles.
- Comment ces organisations peuvent-elles renforcer le débat au sujet de la femme et de ses droits ?
- Elles jouent ce rôle depuis longtemps. Elles ont participé à la campagne nationale pour changer le Code du statut personnel dans les années 1990. Les femmes USFP et PPS, ainsi que l’organisation de l’action démocratique populaire, ont mené la campagne d’un million de signatures pour la réforme du Code du statut personnel.
Elles ont participé, avec force, à la défense du plan national d’intégration de la femme dans le développement du gouvernement de feu Abderrahmane Youssoufi, et ont fait face aux campagnes de takfir (excommunication) de la part de courants d’islamisme politique. Ce qui a conduit à l’annonce, par Sa Majesté le Roi, de la réforme de la Moudawana, le 10 octobre 2003. Une date devenue un jour national pour la femme. Elles ont également lutté, aux côtés du mouvement féministe, pour la parité, consacrée par la Constitution ; sans oublier le rôle joué par les parlementaires, en tant que membres de ces organisations, pour la défense des droits de la femme et l’amélioration des législations à travers l’intégration de l’approche du genre.
- Quelle est votre vision en tant que secrétaire générale de l’organisation des femmes ittihadies, et en quoi consiste votre programme ?
- J’ai annoncé ma vision et mon programme, qui me semble urgent en cette période, lors de la présentation de ma candidature. Il s’agit de renforcer la présence féminine dans les organes du parti, à hauteur du tiers dans un premier temps, en vue d’adopter la parité lors du prochain congrès.
Il s’agit également, toujours sur le plan interne, de se focaliser sur la formation continue des militantes, surtout les axes de plaidoiries, des lois, de digitalisation, et de référence universelle des droits humains avec les générations successives, d’encourager les initiatives au niveau des secrétariats régionaux pour renforcer l’approche participative horizontale.
Quant au niveau externe, je veillerai à bâtir des ponts de coordination avec les autres organisations féminines progressistes, tant partisanes que civiles, dans le but de créer un lobby féministe fort pour l’autonomisation économique et politique des femmes.
Il s’agit également de construire des partenariats avec des organisations féminines progressistes en dehors de la nation, pour plaider à l’international autour des affaires des femmes ; surtout en prévision de la dégradation de leur situation en raison des effets de la pandémie du Covid-19, du retour des conflits armés et de la progression des courants de droite, extrémistes, qui sont contre la femme.
- Quel est votre point de vue, et celui du parti, au sujet de la réforme de la Moudawana et du droit à l’avortement ?
- Je suis une militante responsable, c’est pourquoi je ne suis pas de ceux qui distinguent entre la position personnelle et la position du parti. Le jour où je ne serai ni responsable au sein du bureau politique ni secrétaire générale de l’organisation féminine ittihadie, je pourrai alors partager mes positions personnelles qui peuvent être différentes de celles du parti. Mais, aujourd’hui, je considère cela absurde qu’un responsable s’exprime avec deux casquettes. C’est pour cela que ma position est celle du parti. C’est également celle de l’organisation féminine ittihadie. Nous n’avons pas de double position.
De ce fait, le parti et son organisation féminine ont été parmi les premiers à appeler à réviser la Moudawana. Nous avons déclaré, lors de notre dernier congrès, que l’application de la Moudawana, durant cette longue période, a démontré des failles utilisées par des mentalités masculines, qui existent même dans la justice de famille, pour produire des décisions et des positions basées sur des interprétations qui ne correspondent pas à l’esprit de la Moudawana ; à savoir l’équité.
Réforme de la Moudawana: nous craignons que le législateur soit trop timide
Nous sommes heureux et optimistes également quant à l’appel lancé par Sa Majesté le Roi pour la révision de la Moudawana, mais nous craignons que le législateur soit timide dans ce sens.
Je considère que la Moudawana doit être modernisée, surtout dans les affaires relatives à l’héritage, à la polygamie, au mariage des mineures - qui doit être incriminé. Cette perspective de modernisation doit également avoir une lecture éclairée des textes religieux.
Quant au sujet de l’avortement, nous avons une référence universelle au sein de l’organisation féminine ittihadie. Nous sommes ouvertes aux expériences internationales qui ont consacré le droit de la femme à l’arrêt volontaire et sécurisé de la grossesse. C’est aussi ce que considère l’Organisation mondiale de la santé qui n’y voit aucun danger pour la santé de la femme, lorsque les conditions sanitaires sont respectées et lorsque c’est pratiqué dans des hôpitaux sous une supervision médicale, loin des locaux clandestins. Ceci nécessite une réforme juridique dans tous les pays qui incriminent l’avortement, y compris des pays développés.
Mais nous sommes également conscientes de la lourdeur des présomptions conservatrices et religieuses au sein de la société. C’est pourquoi nous considérons que ce qui est possible actuellement, c’est l'extension du périmètre où l’avortement est autorisé : soit pour des raisons médicales, sociales (cas des familles démunies et nombreuses), psychologiques (grossesse résultant d’un viol) ou bien en raison d'un trouble mental.
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