Arrêt de la pêche au poulpe sur l’ensemble du littoral en raison d’une baisse des ressources
Les professionnels de la pêche ont été notifiés d’un arrêt de la pêche au poulpe sur tout le littoral national, jusqu’au 15 décembre 2022. En cause, une baisse des stocks recensée par l’Institut national de la recherche halieutique.
- Baisse de 60% des céphalopodes, en particulier le poulpe, selon l'INRH.
- 9 mois d'interdiction pour le sud du pays, qui représente plus de 70% du secteur.
- Les marins-pêcheurs sont les plus touchés par la situation.
Dans une note adressée le 14 septembre dernier à différents intervenants du secteur de la pêche, notamment les chambres de pêche maritime, le département de la Pêche maritime relevant du ministère de l’Agriculture annonce la prolongation de l’arrêt de la pêche au poulpe sur tout le littoral national.
Un arrêt susceptible d’être prolongé à nouveau
La pêche au poulpe est donc interdite jusqu’au 15 décembre 2022 dans tout le Royaume. La note indique également que la durée de cet arrêt pourra être révisée en fonction des résultats du suivi biologique de la pêcherie poulpière mené par l’Institut national de la recherche halieutique (INRH).
Pour s’assurer du respect de cette décision, le département précise que le dispositif de contrôle sera renforcé au cours de cette période d’interdiction, sur tout le littoral national.
Toute unité de pêche interceptée en infraction aux dispositions de cette décision sera considérée comme pratiquant la pêche illicite, et sanctionnée conformément à la réglementation en vigueur. Des sanctions administratives pourront être prises, notamment le gel ou le retrait de la licence de pêche.
Baisse de 60% des stocks de poulpe dans le sud du pays
Différentes sources du secteur nous ont confié que la nouveauté dans cette décision concerne le nord de Sidi El Ghazi (près de Boudjour), soit de Sidi El Ghazi vers Tanger ainsi que le littoral méditerranéen.
La pêche au poulpe est à l’arrêt depuis début avril 2022 au sud de Sidi El Ghazi, c'est-à-dire de Sidi El Ghazi à Lagouira. Les marins et armateurs de la zone au nord de Sidi El Ghazi ont pour leur part travaillé, jusqu’à début septembre. Il s'agit donc d'une prolongation de l'arrêt pour la zone sud et d'un arrêt pour la zone nord. A présent, la pêche au poulpe est à l’arrêt au niveau de tout le littoral national.
En effet, la pêche au poulpe au Maroc se fait sur deux campagnes : une campagne d’hiver, qui dure généralement de novembre à décembre jusqu’à fin mars, puis une campagne d’été, qui démarre vers le mois de juin jusqu’en août. Il y a ainsi deux arrêts biologiques entre ces deux campagnes, la première vers le mois d’avril, la seconde vers le mois de septembre. Toutes deux durent en général près de deux mois. Mais les dates de démarrage des campagnes, ainsi que la durée des périodes de repos biologiques, peuvent varier, puisqu’elles dépendent directement de l’évaluation des ressources par l’INRH.
Concernant la quantité pêchée, les quotas par région et par barque sont également décidés par l’NRH, selon l’état de la ressource.
A titre d'exemple, durant la campagne d’hiver passée, plus de 11.160 tonnes de poulpe, d’une valeur globale de plus de 953,33 millions de DH, ont été débarquées dans les seuls villages de pêche artisanale de la région de Dakhla Oued-Eddahab, qui avait démarré le 20 décembre et pris fin le 31 mars.
Un arrêt biologique au niveau national a ensuite été déclaré du 1er avril au 31 mai. Il a ensuite été prolongé jusqu’en décembre 2022 dans le sud de Sidi El Ghazi. Le côté nord a, lui, repris son activité jusqu’au mois de septembre 2022, puisque le stock de poulpe dans cette zone le permettait.
La décision de prolonger la période biologique dans le sud fait suite à la dernière évaluation réalisée par l’INRH qui, selon nos sources, est alarmante. L’Institut a en effet enregistré une baisse de 60% de la ressource.
Le secteur miné par l’informel
La principale problématique du secteur est la prolifération de la pêche illégale. En d’autres termes, de l’informel, selon nos sources.
La pêche illicite et le non-respect des périodes de repos biologiques annoncées par l’INRH ont conduit à l’épuisement du poulpe. La ressource est donc surexploitée, ce qui a empêché sa régénération.
“L’accès à la ressource au Maroc n’est pas libre”, nous confie l’un de nos interlocuteurs. "Il est réglementé, à l’instar de nombreux pays dans le monde. Les autorisations sont délivrées exclusivement par le département de la Pêche maritime relevant du ministère de l’Agriculture”, nous explique-t-il. “Le contrôle, en revanche, se fait par différents intervenants.”
Une autre source requérant l’anonymat nous explique que “trois segments s’activent dans le secteur du poulpe : la pêche hauturière, la pêche côtière et la pêche artisanale. C’est cette dernière qui pose problème, puisque les débarquements se font au niveau de sites de pêche où le ministère est représenté par des délégations locales qui n’ont ni les moyens financiers, ni humains, pour contrôler les milliers de débarquements. La pêche côtière est quant à elle réglementée. Les débarquements se font au niveau des ports, où le contrôle est assez strict”.
Dans le sud du pays, “l’informel représente au moins 30% du secteur”, estime-t-on. Des propos confirmés par d’autres acteurs du secteur. “A Dakhla par exemple, un peu plus de 6.000 barques de pêche artisanale, disposant de numéros d’immatriculation, sont autorisées par le ministère de l’Agriculture. Cependant, au moins 3.000 autres barques s’activent illégalement dans le secteur sans respecter les périodes de repos biologique. Celles-ci calquent les numéros d’immatriculation des barques autorisées.”
“Il faut trouver une solution à ce fléau. Certes, le ministère ne peut pas l’éradiquer de manière définitive, mais il doit au moins faire en sorte qu’il ne soit plus aussi dangereux. On s’achemine vers la crise qu’a connue le pays en 2003-2004. La prolifération de la pêche illicite avait conduit à l’effondrement de tout le secteur. Nous sommes sur la même trajectoire.”
Une autre source propose pour sa part de “revoir le côté réglementaire. Les sanctions doivent être plus fermes pour donner l’exemple. Si l’on inflige une sanction de 3.000 DH à un pêcheur qui réalise un chiffre d’affaires de 100.000 DH par jour dans l’informel, on peut être sûr qu’il recommencera”.
“Si ces personnes ne sont pas recensées, leur activité finira par dépasser la reproduction de la ressource.”
Neuf mois d’arrêt dans le sud de Sidi El Ghazi
Les réactions face à cette décision ministérielle sont mitigées. D’une part, les professionnels estiment qu’elle est justifiée. Ils la considèrent comme la solution optimale pour permettre à la ressource de se régénérer, mais d’autre part, de nombreux marins pêcheurs se retrouvent au chômage, sans aucune autre alternative. Les armateurs et les intermédiaires, eux, tirent leur épingle du jeu, puisqu’ils ont pu constituer d’autres sources de revenu.
Au total, il est question de neuf mois d’arrêt dans le sud de Sidi El Ghazi : début avril à fin décembre 2022. Cette décision concerne environ 280 bateaux de pêche hauturière, 400 bateaux de pêche côtière et 12.000 barques artisanales.
Selon nos informations, la région du Sud représente entre 70 à 80% du secteur, avec un chiffre d’affaires très élevé. Les captures sont majoritairement destinées à l’export.
“Lorsque la pêche au poulpe est autorisée par le ministère, le quota fixé par l’INRH pour le sud du pays peut atteindre jusqu’à 3,5 tonnes par bateau, contre à peine 500 kg par bateau dans le nord”, nous explique l’une de nos sources.
Les chiffres de l’Office national de la pêche (ONP) témoignent d’ailleurs d’une baisse du poids total de céphalopodes commercialisés depuis 2020. Cette année, 53.814 tonnes de céphalopodes ont été commercialisées au niveau national, contre 52.353 tonnes en 2021 et 48.171 (3.200.125 KDH) tonnes en 2022, pour un chiffre d’affaires de plus de 3 milliards de DH (3.013.247 KDH).
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