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Réchauffement climatique : “On n’a pas encore tout vu” (Grammenos Mastrojeni)

ENTRETIEN. Secrétaire général adjoint de l’Union pour la Méditerranée, ce diplomate italien et grand expert du climat nous parle de cette “annus horribilis” qu’ont vécue plusieurs pays de la Méditerranée, au sud comme au nord. 

Réchauffement climatique : “On n’a pas encore tout vu” (Grammenos Mastrojeni)

Le 12 septembre 2022 à 13h49

Modifié 12 septembre 2022 à 17h36

ENTRETIEN. Secrétaire général adjoint de l’Union pour la Méditerranée, ce diplomate italien et grand expert du climat nous parle de cette “annus horribilis” qu’ont vécue plusieurs pays de la Méditerranée, au sud comme au nord. 

  • Grammenos Mastrojeni est SG adjoint de de l'UpM et grand expert du climat.
  • Si le Nord et le Sud coopèrent, on s'en sortira et on gagnera des points de croissance. Le pire scénario est celui de la compétition autour des ressources en eau.
  • La Méditerranée est la deuxième région au monde en termes de vitesse de réchauffement.

Diplomate italien chevronné, Grammenos Mastrojeni est depuis 2019 secrétaire général adjoint de l’Union pour la Méditerranée (UpM), chargé des questions de l’énergie et du climat. Il a été auparavant porte-parole du ministère italien des Affaires étrangères et ambassadeur d’Italie dans plusieurs capitales (Ottawa, Téhéran, etc.). Coordinateur pour l’environnement et responsable de l’interface science-politique à la Coopération italienne au développement, il dirigeait les délégations italiennes sur les thématiques de la terre, des eaux et des océans, et participait aux négociations sur le climat et la biodiversité.

Ce juriste et diplomate de formation s’intéresse aux questions climatiques depuis au moins un quart de siècle. Grand passionné du sujet, il a également écrit des essais, devenus des best-sellers, comme ces deux livres aux titres évocateurs : Effet de serre, effet de guerre ou L’Arche de Noé – Sauver ensemble notre maison commune.

Nous l’avons rencontré pour la première fois en mai 2021 à Barcelone, en marge d’un évènement organisé par l’UpM. Nous avions parlé de tout et de rien, du Covid, du mauvais temps, de la vie à Barcelone, de l’Italie, du Maroc (qu’il connaît particulièrement bien)… mais dès que le sujet du réchauffement climatique est évoqué, Grammenos, comme il préfère qu’on l’appelle, a les yeux qui brillent et peut rester des heures à évoquer ce qu’il considère comme la plus grande menace qui plane sur les pays de la région, autant ceux du sud que du nord.

En cette année 2022, nombre de risques dont il nous a parlé se sont matérialisés de façon spectaculaire : sécheresse aiguë dans pratiquement tous les pays du pourtour méditerranéen, y compris ceux, européens, qui ont l’habitude de vivre dans l’abondance hydrique ; rareté de l’eau qui a conduit à des conflits, à des politiques de rationnement au sud comme au nord de la Méditerranée ; fleuves, rivières, barrages à sec ; fortes canicules avec des températures inhabituelles dans certaines régions ; feux de forêt au Maroc, en Algérie, en France, en Espagne…

Nous l’avons donc sollicité, sous sa casquette de ‘monsieur Climat de l’UpM’, pour tenter de comprendre pourquoi les choses se sont subitement aggravées en Méditerranée, pour savoir à quoi s’attendre à l’avenir et si, selon lui, la partie est déjà perdue ou si l’on peut encore agir. Entretien.

Médias24 : Sécheresse aiguë, rareté de l’eau, canicules, incendies de forêt… Nombre de pays de la Méditerranée ont vécu une annus horribilis. Le réchauffement climatique n’est désormais plus une menace, mais bien une réalité avec des risques qui se matérialisent tous les jours.

Grammenos Mastrojeni : Malheureusement, nous n’avons pas encore tout vu. Nous ne sommes qu’au début de l’histoire. La dynamique est en accélération. Il y a des choses que les gens peuvent repérer, comme la sécheresse, la rareté de l’eau, les canicules, mais il y a d’autres phénomènes que le grand public n’aperçoit pas. Ce qui se passe au niveau de la faune, des poissons et des espèces vivantes est terrible. On a commencé la dynamique d’accélération des disgrégations cumulatives de tous les équilibres qui régissent notre mer. Si on n’agit pas, on risque d’avoir de gros problèmes.

La Méditerranée est la deuxième région au monde en termes de vitesse de réchauffement.

– Pourquoi toutes ces catastrophes en Méditerranée ? Qu’est-ce que cette région a de si particulier ?

– Tout le monde a des problèmes avec les changements climatiques. Mais à cause d’une combinaison de raisons humaines et biophysiques, certaines régions sont dans une position plus délicate que d’autres. La Méditerranée est la deuxième région au monde en termes de vitesse de réchauffement. Elle est là où la masse d’eau se réchauffe le plus vite au monde.

Le problème, c’est que toutes ces dynamiques associées se manifestent dans une région qui est très asymétrique. La Méditerranée est une mer où il y a des causes de conflits qui sont millénaires. On leur a donné des noms différents, on les a interprétés sous le prisme des différences d’idéologies, mais c’est une mer où il y a des riches et des pauvres, des faibles et des forts. Donc, c’est une poudrière. La crise climatique est ce qui risque d’allumer la mèche, et cela pourrait aboutir à un conflit régional.

La Méditerranée est une poudrière et la crise climatique risque d’allumer la mèche

On pense à la Méditerranée en tant que mer, mais c’est en réalité une plaque tournante globale. Elle se situe au carrefour de trois continents. Plus de 20% du commerce international passe à travers la Méditerranée. Il y a des intérêts géostratégiques énormes… C’est pour cela que l’on veut passer ce message lors de la prochaine Conférence des parties (COP).

Jusqu’à présent, la Méditerranée ne faisait pas partie des négociations parce qu’il n’y avait pas de groupe de négociation méditerranéen. Il y a pourtant plusieurs groupes qui négocient ensemble, mais la Méditerranée en tant que telle n’est pas représentée. Cette année, elle le sera avec notre pavillon pour tirer la sonnette d’alarme. On a une région d’une délicatesse extrême, et les enjeux ne sont pas que régionaux.

– Ces risques climatiques pourraient-ils dégénérer en un risque géopolitique ?

– Oui. Et c’est déjà arrivé par le passé. Dans le Printemps arabe par exemple, il y a une composante climatique importante. Il y a eu des aspects de déstabilisation climatique qui ont précédé ces révolutions. Le conflit en Syrie est en partie dû à des raisons climatiques.

Le début des manifestations a été précédé de quatre ans de sécheresse très prononcée, ce qui s’est couplé à une décision syrienne – pas mauvaise en soi – qui visait à augmenter la qualité de vie dans la campagne. Ils ont encouragé le passage des fermes traditionnelles de subsistance, où l’on cultivait à peu près tout, à des fermes monoculture, dans le segment du coton notamment. Et cette culture consomme de grandes quantités d’eau.

Avec les quatre ans de sécheresse, le résultat a été un grand déplacement des populations rurales vers les villes. Plus de 1,8 million de personnes se sont déplacées des campagnes vers les villes, selon certaines études, ce qui a entraîné une forte pression sur les villes.

On n’est pas là pour dire que c’est le désastre, la fin du monde, mais pour dire attention ! Des solutions existent et peuvent apporter de grands bénéfices. Car tout ce qu’il faut faire pour s’occuper du climat en Méditerranée correspond exactement à ce qu’il faut faire pour accélérer la création de richesse dans nos pays, améliorer le niveau de vie des populations et éliminer les causes millénaires des conflits.

– Tout se rejoint donc, et la lutte contre le réchauffement climatique peut résoudre tous les problèmes de la région…

– En effet, tout se rejoint positivement. Si on agit sur le climat, cela aura des bénéfices accrus sur plusieurs niveaux et pourra conduire aux objectifs de justice et de paix.

– Avant d’en arriver aux solutions, on voudrait comprendre ce qui s’est passé cette année. Au Maroc, il n’est pas inhabituel de subir une sécheresse. Mais comment expliquer que des pays comme l’Espagne, la France ou l’Italie, où il y a une forte pluviométrie, rencontrent les mêmes problèmes que ceux du Sud qui ont des climats semi-arides ? En France et en Espagne, il y a des fleuves historiquement abondants qui sont aujourd’hui à sec…

– Je suis un politicien du climat, pas un scientifique. Mais je peux donner une petite explication. Ce qui se passe, c’est qu’avec le changement climatique, ce qu’on appelle techniquement la cellule de Hadley (une grande bande climatique) est en train de bouger vers le nord. Ce qui fait que l’été européen, qui était réglé par l’anticyclone des Açores, commence à être réglé par des anticyclones africains. La moitié sud de l’Europe entre dans les conditions climatiques que les pays du sud de la Méditerranée affrontent depuis toujours, mais qui deviennent plus graves.

Ce n’est pas une simple question de sécheresse. L’atmosphère devient imprévisible, chaotique

Si c’était une question de sécheresse qui s’intensifie au fil des années, ce ne serait pas un problème si grave. Le problème, c’est que nous avons désormais une atmosphère qui dégage une quantité énorme d’énergie et devient ainsi imprévisible, chaotique.

Si on sait qu’il faut se préparer à la sécheresse, on peut y faire face en dépensant de l’argent dans le cadre de programmes anti-sécheresse… Mais dans une mer très chaude qui transmet sa chaleur à l’atmosphère, cette quantité d’énergie dégagée rend le comportement du climat complètement imprévisible. On dépense de l’argent pour anticiper la sécheresse, or c’est la grêle qui se manifeste. C’est très difficile à gérer.

– Vous avez évoqué le risque de conflits régionaux à l’avenir. Plusieurs grands titres de la presse mondiale parlent déjà de guerre de l’eau dans les pays de la Méditerranée. En France, il y a eu cet été des affrontements et des pillages de réservoirs d’eau dans certaines régions. Il y a eu également au sud de la Méditerranée des conflits entre pays frontaliers sur certaines sources d’eau. La guerre de l’eau est-elle déclarée ?

– Nous avons tendance à payer 2.000 dollars une once d’or et zéro une once d’eau. La pénurie génère en toute logique des conflits, des batailles. Ce qui est très important, c’est de comprendre que la compétition ne va pas résoudre le problème, elle va juste l’aggraver. On est face à quelque chose que l’on peut résoudre presque aisément si on coopère. Mais quelque chose qui peut être aussi un moteur de fragmentation si on aborde le problème avec cette logique de compétition.

Donc, c’est vrai, on fait face aux premiers épisodes de confrontation irrationnelle. Dans d’autres régions du monde, la chose est plus grave. On a vu pire autour du lac Tchad ou du lac d’Aral (Asie centrale). Même entre les Etats-Unis et le Canada, on commence à avoir des discussions autour des grands lacs. Quand la ressource devient rare, les gens commencent à courir pour s’en emparer les premiers. Ce serait un désastre si on entrait dans cette logique.

– Vous avez fait un parallèle entre le prix de l’or et le prix de l’eau. Dans un rapport récent sur la problématique de l’eau au Maroc, la Banque mondiale a émis un avis sur la question en recommandant une revalorisation à la hausse des tarifs de l’eau. Une solution qui, selon les experts de l’institution, peut pousser vers une meilleure rationalisation de la consommation, notamment dans l’agriculture. Que pensez-vous de cette logique ?

– Ce n’est pas mon rôle d’approuver ou pas les solutions proposées par la Banque mondiale, qui a une optique purement économique. Ce que je pense, c’est que la vraie solution, on la retrouve un peu plus en amont. C’est se rendre compte non pas du prix, mais de la valeur de l’eau. Ce n’est pas de la rhétorique. C’est tout simplement revenir à ce que faisaient nos grands-pères qui avaient justement cette notion de la valeur. Ce n’est pas un prix imposé qui va changer le comportement. Ça peut marcher à court terme, mais sur le long terme, ce qu’il faut faire, c’est intérioriser la valeur de ce qu’il y a autour de nous. Se rendre compte que l’on vit de végétation, d’eau et pas d’autre chose.

Les bandes de cultures comme celles des raisins sont en train de migrer vers le Nord

– Concrètement, quelles sont les solutions que vous préconisez pour éviter la catastrophe dans la région ?

– D’abord, il y a une politique de planification de la localisation des cultures dans l’agriculture à mettre en place. Il y a des choses qui étaient cultivées dans certaines régions, mais les bandes de culture sont en train de migrer vers le nord, comme pour les raisins et le vin. C’est un marché énorme qui est en train de se repenser parce que les zones de production sont en train de migrer. Cette logique doit être appliquée sur l’ensemble des cultures. On peut le faire de façon compétitive ou de façon coopérative.

Si nous mettons ensemble nos ressources, nous avons tout ce qu’il faut pour affronter cette crise

Mais ce qu’il faut surtout faire, c’est se rendre compte qu’autour de la Méditerranée, même parmi les Etats les plus riches, personne à lui seul n’a les moyens de faire face à une crise d’une telle rapidité et d’une telle envergure.

Cependant, si on met ensemble nos ressources, on a tout ce qu’il faut pour affronter cette crise. Je vous donne l’exemple de l’Union européenne qui veut atteindre la neutralité Carbone avant 2050. Je parle tous les jours avec des responsables européens qui savent parfaitement que sans le potentiel d’énergie renouvelable du Maroc et de l’Egypte, cet objectif sera impossible à atteindre.

Cela ouvre la voie à une intégration économique paritaire, ce qui est très important. Et ce n’est pas simplement une logique de marché, avec un acheteur et un vendeur, qui doit se mettre en place, mais le partage des technologies, l’ouverture des marchés, la connexion des réseaux… C’est quelque chose qui peut avoir un grand impact économique sur la région. Cela vaut aussi dans le domaine de l’alimentation, des connaissances.

Il y a d’ailleurs un chapitre dans les négociations climatiques, intitulé Technology Transfer, qui est litigieux, parce qu’on continue de penser que le transfert de technologie, c’est d’offrir des notions avancées de la part des gens modernes et intelligents aux gens qui le sont moins. Ce qui n’est pas vrai.

Le sud de l’Europe va avoir un problème de gestion des territoires secs, une gestion que les Européens ne savent pas faire, même avec leur technologie avancée. Car cette expertise se trouve au sud de la Méditerranée, où il y a des solutions qui peuvent être considérées comme traditionnelles mais qui peuvent, aussi, être actualisées de façon fantastique. Les systèmes d’aération des maisons traditionnelles dans des pays comme le Maroc en sont un exemple édifiant. Il faut donc qu’on mette en commun nos solutions. Le transfert des connaissances ne se fait pas que dans un seul sens.

Agir sur le prix de l’eau, les systèmes de taxation, ça peut être utile sur le court terme. Mais ce n’est pas ce qui va résoudre le problème à la racine. Il faut prendre conscience que nous avons besoin les uns des autres. Le seul moyen pour s’en sortir, c’est de mettre ensemble nos ressources, nos connaissances.

– Le Maroc a une politique agricole de production massive, orientée vers l’export. Ce qui n’est plus adapté, selon plusieurs experts, à la situation hydrique dans le pays. C’est le cas dans plusieurs autres pays de la région. Faut-il revoir nos politiques agricoles ?

– Je ne suis pas suffisamment expert dans le domaine de l’agriculture pour donner une évaluation des politiques agricoles de chaque pays. Mais je peux vous parler de ce qui se passe en Italie – pour un moment j’enlève la casquette internationale et je deviens italien.

En Italie, on est tombés dans le même piège de la production de masse. Mais on a aussi une constellation de productions de niche, de dénominations particulières. On ne peut pas carrément sortir de la dynamique des marchés internationaux, mais ce qu’on a décidé de faire, c’est une diversification du portefeuille des cultures.

A côté d’une poursuite rationnelle de la production de masse pour l’export et la grande distribution, on valorise de plus en plus les productions de niche qui ont une valeur ajoutée très forte en termes d’expérience. Quand on achète certains fromages par exemple, souvent ce qu’on paye, ce ne sont pas les ingrédients, mais l’expérience, le savoir-faire. On ne peut pas fonder une économie agricole entière sur ces produits bien sûr, ce n’est pas viable, mais allier les deux dimensions peut être une bonne chose.

– Vous dites qu’on est à peine au début de l’histoire et que le pire reste à venir. Ce serait quoi le pire si aucune solution n’était mise en place ?

– Aujourd’hui, 250 millions de personnes vivant dans la région sont en fragilité hydrique. Si le problème de l’eau s’aggrave, les dégâts seront énormes sur tous les plans. Autre chose, la hausse très rapide du niveau de la mer. La Méditerranée chauffe très vite et se dilate aussi. Donc, le niveau de la mer monte rapidement…

Une hausse de 25 cm du niveau de la Méditerranée peut saliniser d’immenses terres agricoles

– La mer risque-t-elle de déborder sur les terres ?

– Avant 2050, le niveau de la mer montera jusqu’à 25 centimètres. On se dit que 25 centimètres, ce n’est pas beaucoup. Mais ça peut avoir des effets dévastateurs. Car c’est de l’eau qui va pénétrer dans les terres et les stériliser, les rendre complètement inadaptées à l’agriculture. Plus de 40% de la production agricole de la région se concentre sur les côtes. Si vous prenez des endroits très fragiles comme le delta du Nil, 25 centimètres de plus sur le niveau de la mer peuvent saliniser toute cette source millénaire de l’agriculture égyptienne.

C’est juste un exemple, mais on peut rester là trois jours à lister les dégâts que les changements climatiques peuvent causer dans notre région.

– Dans un de vos rapports sur le climat dans la région, vous prévoyez une chute de 6% du PIB dans les prochaines années, en raison de ces facteurs climatiques…

– On est en fait à une sorte de carrefour. Si on décide de coopérer, passer des câbles sous-marins entre le Sud et le Nord, intégrer nos politiques agricoles et industrielles, ça va générer beaucoup d’emplois et d’activité, avec une accélération de la création de richesse dans la région. On peut même penser que la lutte contre le changement climatique peut accélérer de manière notable nos croissances. En revanche, si on reste immobile, ou pire, si on commence à entrer en compétition, on estime dans nos rapports que le PIB des pays de la région risque de connaître un choc énorme.

Tout dépend de nous. La coopération, c’est un chemin de croissance. La confrontation, en revanche, nous mènera non seulement à une contraction de nos PIB, mais aussi de nos conditions de vie et des conditions sociales.

– Le Maroc a déployé un programme d’investissement dans des unités de dessalement d’eau de mer. Ce genre de solution peut-il aider à affronter les effets de cette crise ?

– Oui, absolument. Ça aide beaucoup. Même chose pour le traitement des eaux usées qui enrichit les dépôts des eaux douces qui ralentissent à leur tour le débordement de l’eau de mer. Ceci d’un point de vue écologique. Le bénéfice de ce genre de projet sera aussi économique et peut avoir une série de retombées importantes. C’est de la pure économie keynésienne. Si on fait de l’investissement public dans ce secteur, on réactive d’autres secteurs d’activité et on peut avoir des conséquences en chaîne intéressantes pour créer de la croissance.

– Vous êtes en contact avec les responsables publics des pays de la Méditerranée. Nos décideurs sont-ils conscients de ces enjeux ? Êtes-vous optimiste quant à une future coopération des pays de la région à ce sujet ?

– Les décideurs sont de plus en plus conscients des enjeux. Et ce qui est intéressant, c’est que les différentes couches de la population qui doivent coopérer (les institutions publiques, le secteur privé, la société civile) commencent à évoluer également sur ce sujet. Avant, ils se considéraient comme des ennemis dans les négociations. Aujourd’hui, ils se considèrent de plus en plus comme des alliés. Ce n’est pas trop visible, mais c’est un changement de perspective qui nous donne beaucoup d’espoir.

Cela fait des années que je vais aux COP en tant que négociateur. A chaque édition, la société civile protestait, accusait les acteurs privés et publics. A la dernière COP de Glasgow, le groupe le plus bruyant avait un grand drapeau qui disait “On est avec vous”. Ce sont des détails, mais cela fait une différence énorme dans notre capacité d’agir.

– Vous êtes donc plutôt optimiste ?

– Il faut être optimiste, sinon on lâche prise. Et si on lâche prise, c’est le désastre.

– Reste à mettre d’accord l’ensemble des pays de la Méditerranée, qui sont nombreux et hétérogènes, sur des actions communes à lancer…

– On a réussi à mettre d’accord 42 gouvernements, qui ont des idées très différentes, sur une déclaration commune dans le domaine de l’énergie. On n’aurait pas pu faire ça s’il n’y avait pas une conscience du problème.

Et permettez-moi une petite métaphore. Dans le film Independence Day, les extraterrestres arrivent et sont une menace contre l’humanité. On oublie tous nos différends et on se met ensemble à combattre les extraterrestres. Il faut considérer les changements climatiques comme ces extraterrestres d’Independence Day. C’est un peu poétique, romantique peut-être, mais moi, j’y crois.

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