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Jodoor, la start-up qui propose des serres de culture hors sol connectées clé en main

La start-up Jodoor conçoit, fabrique et met en œuvre des serres connectées. Après une première expérience à Skhirat, elle poursuit son évolution à Benguerir au sein de la ferme expérimentale de l’UM6P.

Jodoor, la start-up qui propose des serres de culture hors sol connectées clé en main

Le 8 septembre 2022 à 10h04

Modifié 9 septembre 2022 à 13h57

La start-up Jodoor conçoit, fabrique et met en œuvre des serres connectées. Après une première expérience à Skhirat, elle poursuit son évolution à Benguerir au sein de la ferme expérimentale de l’UM6P.

C’est l’histoire d’un duo, parti du constat déplorable que la raréfaction de l’eau impacte les récoltes, rendant les méthodes agricoles conventionnelles peu efficaces et n’assurant pas des revenus stables aux fermiers africains, encore trop dépendants du climat de plus en plus hostile.

Diplômé en ingénierie industrielle à l’Institut national des sciences appliqués (INSA) Centre-Val de Loire en 2012, complété par un master en management à la Skema Business School (Lille) et un MBA obtenu à l’EDHEC Business School (Roubaix), Amine Derj a cumulé les expériences en Europe dans les secteurs de l’aérospatial, de l’automobile et de l’énergie.

Son associé, Yassine Mouhsine, mêle des compétences en finance et en entrepreneuriat. Après une licence en finance et comptabilité à l’Université Mohammed V de Rabat en 2016, il enchaîne avec un master en entrepreneuriat à l’Université de Tampa en Floride. En 2017, il s’est lancé à son propre compte aux Etats-Unis et en Allemagne en se concentrant principalement sur le numérique et l’intelligence artificielle.

Amine Derj et Yassine Mouhsine se disent persuadés que, face à un environnement peu clément, à la prédominance de terres désertiques et des petites exploitations, il faut trouver une solution durable pour une agriculture plus résiliente et abordable pour le plus grand nombre.

Les deux cofondateurs se sont alors lancés dans la conception de néo-fermes qui privilégient la production dans un espace contrôlé et ordonné, grâce à une solution de culture hors sol couplée à de l’IoT (internet des objets). En fonction du type de culture, ces serres clé en main connectées peuvent assurer une production constante toute l’année.

Objectif final ? Démocratiser l’agriculture sous environnement contrôlé, tout en réduisant la dépendance à l’eau et à la qualité du sol pour produire des produits sains à haute valeur ajoutée. “Nous souhaitons permettre à tous types d’agriculteurs d’avoir accès à des technologies modernes pour une agriculture résiliente et durable, qui économise 80% d’eau et 60% de fertilisants par rapport à l’agriculture conventionnelle, en évitant l’utilisation de pesticides et d’herbicides”, précise Amine Derj, co-fondateur de Jodoor.

Qui plus est, “ce que l’on fait sur une superficie de 10.000 m² dans l’agriculture conventionnelle peut se faire sur 1.000 m² avec notre technologie ; c’est-à-dire un facteur de 10 en productivité”, abonde cet ingénieur. Si l’investissement de départ est certes important, Jodoor garantit un retour sur investissement en moins de deux ans et une installation de trois mois en moyenne.

Une technologie dans les radars de l’UM6P

Concrètement, ces serres connectées, spécialisées en légumes à feuilles, plantes aromatiques et médicinales, proposent un large choix de fonctionnalités en termes de culture, d’irrigation et de suivi, leur permettant de s’adapter à tous types de climat.

Chaque serre est fabriquée et équipée selon les problématiques, les besoins et les moyens de chaque agriculteur, et en fonction des conditions de chaque région. Elle est livrée avec “ses systèmes de production hors sol horizontaux, son système d’irrigation, ses automates et ses capteurs variés”, précise Amine Derj.

Les capteurs sont implémentés à différents points, tant au niveau de la station d’irrigation que du système de production. “Le logiciel d’aide à la décision facilite la récolte de données pour optimiser constamment les paramètres de production, favorise l’amélioration du rendement de la solution et permet une autonomie de la serre et un accompagnement personnalisé à l’agriculteur”, promet-il.

Pour l’instant en phase d’amorçage, Jodoor a d’ores et déjà développé deux serres clé en main. La première a été lancée à l’hiver 2021. Elle s’étend sur 300 m² dans une ferme à Skhirat. “C’est notre Produit Minimum Viable (MVP), que nous sommes en train d’affiner pour en faire un modèle entièrement équipé. C’est pourquoi nous avons commencé à produire et à vendre au marché local pour maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur”, explique Amine Derj. Pour l’heure, la culture se limite aux légumes à feuilles comme la salade, les épinards ou le kale. D’autres types de plantes à plus haute valeur ajoutée, comme “les plantes aromatiques et médicinales, sont envisagées dans notre plan de croissance et de diversification”.

La conception de cette serre a nécessité la mobilisation de fonds personnels des deux cofondateurs, du programme Innov-Start de la Caisse centrale de garantie (CCG) et d’un prix du Rotary.

Le concept a d’ores et déjà intéressé de nombreuses institutions, parmi lesquelles l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P). Jodoor va d’ailleurs y construire sa deuxième serre, qui devrait lui permettre de “mettre sur pied une technologie plus élaborée dans les prochains mois”, souligne Amine Derj.

L’objectif est de valider la technologie au sein de la ferme expérimentale de l’université, l’Agricultural Innovation and Technology Transfer Center (AITTC), en collaboration avec les chercheurs de cette dernière. “L’UM6P, engagée en faveur d’une agriculture durable et résiliente, incube notre start-up au sein de Startgate, son campus d’innovation, et nous a offert le terrain agricole et le support technique nécessaire au développement de notre partenariat. Cette serre co-développée sera le showroom qui initiera le déploiement commercial officiel”, annonce l’entrepreneur.

Aujourd’hui, la jeune pousse s’investit dans l’amélioration de son concept et projette d’étendre son modèle à d’autres produits agricoles. Sa vision internationale est la suivante : “Une fois notre modèle déployé et aiguisé au Maroc, nous visons une croissance internationale, à commencer par la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord) puis l’Afrique, les problématiques de raréfaction de l’eau et de souveraineté alimentaire étant communes avec nos voisins. Nos partenaires actuels croient au potentiel de notre solution et participent à nos côtés à la démocratisation de l’agriculture sous environnement contrôlé Made in Morocco et pour l’Afrique. J’invite tous les acteurs publics, privés et académiques, ainsi que les entrepreneurs, à nous rejoindre pour travailler ensemble à construire l’agriculture résiliente dont le Maroc et l’Afrique ont besoin”, conclut Amine Derj.

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