χ

Étude. 74% des femmes rurales vivent dans la dépendance financière

Les résultats d’une étude sur l’autonomisation des femmes rurales révèle un état des lieux effarant malgré les efforts fournis. Elle recommande de mettre en place une feuille de route pour une meilleure inclusion financière et économique des femmes en milieu rural.

Étude. 74% des femmes rurales vivent dans la dépendance financière

Le 28 juillet 2022 à 13h25

Modifié 28 juillet 2022 à 15h26

Les résultats d’une étude sur l’autonomisation des femmes rurales révèle un état des lieux effarant malgré les efforts fournis. Elle recommande de mettre en place une feuille de route pour une meilleure inclusion financière et économique des femmes en milieu rural.

Confrontées à de nombreuses contraintes, les femmes rurales ont plus de difficultés à accéder à l’inclusion économique et financière. Une étude-diagnostic sur leur autonomisation économique au Maroc a été réalisée par Bank Al-Maghrib et ses partenaires. Les résultats et recommandations ont été présentés ce mercredi 27 juillet lors d’une conférence à Rabat. 

Cet événement a connu la participation de plusieurs intervenants, dont Yekbun Gürgöz, experte senior en finance de genre à la Frankfurt School of Finance & Management. Elle a été mandatée par Bank Al-Maghrib et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) pour participer au diagnostic, dont le but est de « comprendre les facteurs limitants » de l’autonomisation des femmes rurales au Maroc, en « s’appuyant sur une enquête réalisée auprès de 2.500 femmes rurales ».

« L’initiative portée par Bank Al-Maghrib est importante car elle vise non seulement l’inclusion financière des femmes en milieu rural, mais aussi leur inclusion économique », estime Yekbun Gürgöz. C’est là tout « le défi » : il s’agit certes « de leur apporter un accès au financement, mais surtout de les rendre autonomes sur le plan économique et de leur donner la place qu’elles méritent au niveau social, pour les décisions dans leurs ménages, leurs familles et auprès de leurs communautés ».

60% des femmes employées en zone rurale sont analphabètes

Si les efforts fournis jusqu’à présent ont été salués par les intervenants, ils appellent, unanimement, à fournir davantage d’efforts. « Le Maroc est pionnier dans ce domaine. Il est en effet le premier pays de la région à avoir émis une ‘gender bond’ (une obligation en faveur des activités des femmes) », a reconnu Yekbun Gürgöz.

Néanmoins, « 90% des employés en zone rurale et agricole sont des femmes » et « 60% d’entre elles sont analphabètes », a-t-elle précisé. « L’analphabétisme, le manque d’opportunités, de soutien et d’accompagnement, les limitations sociales, culturelles et religieuses que subissent les femmes sont autant de freins à leur inclusion financière », a encore relevé l’experte.

Selon elle, « l’initiative de Bank Al-Maghrib a le mérite d’apporter une vision holistique à travers des axes d’intervention transverses qui considèrent autant les besoins de financement que les besoins d’accompagnement, afin de dépasser les normes sociales et les croyances limitantes. Une démarche globale est plus que nécessaire pour permettre l’autonomisation financière des femmes et leur donner la possibilité d’atteindre une émancipation économique et sociale ».

L’enquête, ses ateliers et entretiens ont permis d’élaborer une feuille de route. « Ce sont des recommandations de politiques publiques sur ce qui peut être fait en s’inspirant des meilleures pratiques internationales », précise Yekbun Gürgöz.

74% des femmes rurales sont financièrement dépendantes

Le diagnostic réalisé a identifié les principales contraintes à l’autonomisation économique des femmes :

– la pénurie d’opportunités économiques ;
– l’inadéquation des formations et le manque de compétences pratiques ;
– les normes sociales ;
– les contraintes infrastructurelles.

En matière d’éducation et de formation, d’importants efforts ont été menés par les institutions financières et les associations pour atteindre le milieu rural. Cependant, Yekbun Gürgöz juge nécessaire de soutenir davantage et d’élargir les activités génératrices de revenus, chiffres à l’appui : « 8% des femmes rurales ont une activité génératrice de revenus et 74% d’entre elles sont financièrement dépendantes ».

Concernant le service financier et le soutien entrepreneurial, cette experte souligne que « la digitalisation est aujourd’hui une réelle opportunité au Maroc ; il faut s’appuyer là-dessus ». « Pendant la crise du Covid, des activités ont été réalisées en matière d’éducation financière à travers des ateliers zoom. Ce qui pousse à la réflexion quant à l’utilisation des réseaux sociaux, car même si ces femmes n’ont pas de téléphones avec un accès internet, elles ont certainement autour d’elles des enfants ou des proches qui peuvent leur donner cet accès. »

Yekbun Gürgöz recommande de « préparer ces femmes à une activité économique durable par le biais de formations, d’activités, de coopératives et d’associations villageoises à travers des crédits, sachant que le pays en dénombre 150, chacune étant composée de 20 à 35 femmes. Il y a un important potentiel d’épargne sur lequel il faut capitaliser ».

Quant aux normes socio-culturelles, l’experte indique qu’il est nécessaire d’impliquer davantage les hommes pour l’égalité des genres.

Aussi, elle précise que « ce qui marche très bien », c’est le fait que les femmes rurales aient des modèles inspirants pour lancer leurs activités. Ou encore, qu’elles travaillent à travers des réseaux de proximité, puisque ce sont « les personnes de confiance qui vont engager les femmes rurale ».

L’objectif de cette vision holistique est de faire en sorte que ces femmes soient autonomes, indépendantes et qu’elles puissent prendre des décisions financières, qu’elles saisissent les opportunités économiques à proximité de leurs foyers et qu’elles accèdent à des services financiers adaptés et abordables.

Dans ce sens, le témoignage d’une habitante rurale ayant bénéficié d’un microfinancement, en commençant par 1.000 DH, a été partagé en vidéo lors de cette conférence. Un premier financement qui « lui a permis d’augmenter ses moyens de production, de lancer d’autres projets et de permettre à 45 femmes de travailler avec elle », les sortant ainsi du chômage et de l’inactivité, a déclaré Mohamed El Mazouri, directeur général de la Fédération nationale des associations de microcrédit (FNAM).

A lire aussi


Les dernières annonces judiciaires
Les dernières annonces légales

Communication financière

Microdata: Communiqué Post-Assemblée Générale du 22 juin 2022

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.