“Modernité interdite”, un essai questionnant l’archaïsme des sociétés arabo-musulmanes
L’essai de Adil Boutda part d’une question qui n’a cessé de tarauder les esprits : "Pourquoi l’Orient ne parvient-il pas à se développer comme la majorité des autres pays du globe ?"
Dans Modernité interdite (Le Fennec, 528 p., 160 DH), le lecteur n’aura pas affaire à un discours de spécialiste ou de chercheur offrant des perspectives de quelqu’un qui "sait", peut-on lire dans la préface signée par l’auteur et philosophe Abdou Filali Ansary.
Adil Boutda, né en 1970 à Casablanca, ingénieur de formation, nous explique que cet ouvrage émane d’un sentiment de perturbation lié à l’archaïsme dans la modernité des sociétés arabo-musulmanes. "Lorsque j’essaie de lire des livres sur ce sujet, je remarque que leurs auteurs ont tendance à ne traiter qu’une seule cause de ce phénomène."
"Pour répondre à cette interrogation, j’ai adopté une approche systémique en recherchant les causes politiques, économiques et culturelles", poursuit-il. Ce livre est donc le nôtre, celui du lecteur lambda, Adil Boutda ayant emprunté à notre place, le chemin de la recherche.
Dans la première partie du livre, dédiée aux causes politiques, Adil Boutda passe par le "temps des fondations" à partir de l’ère préislamique, le temps des empires, le temps de l’hégémonie du Nord jusqu’à l’histoire contemporaine.
"En déroulant les principales stations de l’histoire du monde musulman, j’ai pu mettre en exergue deux constantes des systèmes politiques. D’une part, l’imbrication du fait religieux et du fait politique, depuis l’avènement du Prophète jusqu’au siècle actuel. D’autre part, la fragilité des pouvoirs centraux et l’incapacité des dynasties à pérenniser leurs autorités", explique Adil Boutda.
La fragilité des systèmes politiques et leur dépendance à l’égard des pouvoirs religieux a, selon lui, toujours empêché l’avènement d’une quelconque modernité politique. C’est également cette même fragilité des pouvoirs centraux qui leur a interdit d’être les moteurs et les agents actifs de toute tentative de modernisation de leurs pays respectifs, souligne-t-il.
Dans la seconde partie du livre, dédiée aux causes matérielles ou économiques, l’auteur explique avoir "retracé le long processus historique qui a permis, en Europe occidentale, l’avènement de la modernité". Il a mis en avant le rôle central de la classe bourgeoise dans la consécration des valeurs. En prenant ce processus comme "un modèle" de comparaison, Adil Boutda a mis en évidence toutes les spécificités de la vie économique du monde musulman qui empêchent l’avènement d’une classe bourgeoise capable de porter la modernité. Il estime en effet que c’est l’aisance matérielle qui permet l’émergence culturelle. Il en déroule la théorie dans son essai.
Dans ce sens, dans la dernière partie dédiée aux raisons culturelles, l’auteur revient sur deux éléments principaux : d’un côté, la force intrinsèque et "la capacité de résistance de l’Orthodoxie musulmane face aux coups de boutoir des projets modernistes" ; de l’autre, l’amalgame actuel entre cette même Orthodoxie et l’Identité des peuples musulmans.
Les raisons culturelles sont déployées à travers plusieurs axes : le conservatisme, la religion singulière, la charia indéboulonnable et l’identité obsessionnelle.
Avant sa publication en mai 2022, Modernité interdite a nécessité sept ans de travail.
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