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Le Maroc futur gardien de l’approvisionnement alimentaire mondial (think tank)

Selon le Middle East Institute, l’ambition du Maroc d’augmenter sa capacité de production d’engrais modifie l’équation stratégique mondiale et contrecarre la capacité de Moscou à militariser le lien entre alimentation et énergie.

Le Maroc futur gardien de l’approvisionnement alimentaire mondial (think tank)

Le 21 juin 2022 à 9h01

Modifié 21 juin 2022 à 12h51

Selon le Middle East Institute, l’ambition du Maroc d’augmenter sa capacité de production d’engrais modifie l’équation stratégique mondiale et contrecarre la capacité de Moscou à militariser le lien entre alimentation et énergie.

La résilience des systèmes alimentaires repose avant tout sur les engrais, qui constituent la base du nexus « alimentation-énergie ». C’est ce qu’indique un rapport publié le 13 juin dernier par le think tank américain Middle East Institute.

La Russie est le premier exportateur mondial de ces substances, lesquelles sont à l’origine de la hausse des rendements agricoles. L’avantageuse position de la Russie est amplifiée par son statut de deuxième producteur mondial de gaz naturel, un composant principal pour la fabrication des engrais à base d’azote. Le gaz naturel représente en effet 80% du coût variable de la production de ces engrais, selon le rapport.

La militarisation par la Russie du nexus « alimentation-énergie »

Alors que l’inflation alimentaire s’est déjà fait sentir dans le monde tout au long de l’année 2021, elle s’est aggravée en raison de la guerre russo-ukrainienne déclenchée le 24 février 2022 ; ce conflit ayant notamment induit une hausse des prix de l’énergie et de certaines matières premières.

Au troisième trimestre 2021, le prix du blé tendre utilisé dans la fabrication du pain s’élevait à 271 dollars la tonne, soit une croissance de 22% par rapport à l’année précédente. Le 3 mars 2022, une semaine après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, il s’élevait à près de 389 dollars la tonne, d’après le Middle East Institute. « Bien que la Russie ne soit pas forcément à l’origine de la crise alimentaire mondiale, elle a tout de même jeté de l’huile sur le feu », estime le think tank.

En effet, la guerre entre la Russie et l’Ukraine a fait grimper les prix encore davantage, faisant des engrais une « crise existentielle » pour la sécurité alimentaire mondiale. Sans compter que les deux plus grands exportateurs mondiaux d’engrais, la Russie et la Chine, qui représentent à eux deux 28,4% des exportations mondiales, avaient en plus imposé des restrictions à l’exportation de ces substances.

Deux semaines après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le géant européen des engrais, Yara, a réduit de plus de moitié la production d’ammoniac (un autre composé essentiel à la production d’engrais à base d’azote) dans ses usines italiennes et françaises, en raison de la flambée des prix du gaz naturel. D’autres producteurs européens ont complètement fermé leurs portes, relève le think tank.

Si la crise de l’approvisionnement en engrais se traduira par une flambée des prix des denrées alimentaires dans les rayons des supermarchés européens à l’automne 2022, la pénurie d’approvisionnement pourrait être catastrophique pour l’Afrique (famine, migrations de masse…), avertit le Middle East Institute.

Le Maroc, futur gardien de l’approvisionnement alimentaire mondial 

Quatrième exportateur d’engrais au monde, le Maroc, par le biais de OCP, augmentera de 10% la production de ces substances pour l’année en cours. Il mettra ainsi 1,2 million de tonnes supplémentaires sur le marché mondial d’ici la fin 2022. OCP prévoit également de revoir à la hausse sa capacité de production, entre 2023 et 2026, à hauteur de 7 millions de tonnes supplémentaires, soit 58% par rapport aux niveaux de production actuels.

Cette hausse, par OCP, des niveaux de production des engrais, permettra de contrer l’utilisation, par la Russie, des engrais et des pénuries alimentaires à des fins militaires, prévoit le Middle East Institute.

Par le truchement de ce projet, le Royaume assumera un rôle à peu près analogue à celui de l’Arabie saoudite sur le marché mondial du pétrole. Le Maroc pourrait, à ce titre, devenir le banquier central du marché mondial des engrais et le gardien de l’approvisionnement alimentaire mondial, relève le rapport.

En investissant un total de 6,3 milliards de dollars pour construire des usines d’engrais en Afrique subsaharienne, en l’occurrence au Nigéria et en Ethiopie, le Maroc a fait preuve d’une remarquable clairvoyance stratégique. Avec la géoéconomie de la connectivité et du near-shoring, qui met l’accent sur l’importance géopolitique de l’Afrique, l’engagement stratégique de l’Europe et des Etats-Unis avec le Maroc s’intensifiera probablement, conclut le Middle East Institute.

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