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Football. Vahid Halilhodzic, le gagnant mal aimé

Auteur d'un bilan sportif plus que convaincant, Vahid Halilhodzic est pourtant la cible d'intenses critiques. Mais que lui reproche-t-on vraiment ? Sa personnalité clivante ? Ses relations tendues avec certains cadres ? L'absence d'une identité de jeu affirmée ? Le peu de confiance qu'il accorde aux joueurs locaux ? Eléments de réponse.

Football. Vahid Halilhodzic, le gagnant mal aimé

Le 20 juin 2022 à 15h39

Modifié 21 juin 2022 à 7h19

Auteur d'un bilan sportif plus que convaincant, Vahid Halilhodzic est pourtant la cible d'intenses critiques. Mais que lui reproche-t-on vraiment ? Sa personnalité clivante ? Ses relations tendues avec certains cadres ? L'absence d'une identité de jeu affirmée ? Le peu de confiance qu'il accorde aux joueurs locaux ? Eléments de réponse.

Rarement un sélectionneur aura autant fait l’unanimité contre lui. Pris en grippe par une grande majorité du public lors de son 30e match sur le banc de l’équipe nationale face au Liberia, lundi 13 juin, Vahid Halilhodzic a eu droit à une bronca mémorable que la victoire n’a aucunement atténuée (2-0).

L’enthousiasme qui régnait au moment de sa nomination en août 2019 paraissait bien loin. Près de trois ans ont filé depuis l’arrivée de ce technicien expérimenté et austère. Bilan : 20 victoires, 7 nuls et 3 défaites. Soit une moyenne de 2,21 points par rencontre, nettement supérieure à celle de son prédécesseur Hervé Renard (1,87).

Pour quelle trace ? Un quart de finale à la CAN 2021, une participation quasiment acquise à l’édition suivante et la parenthèse dorée de la qualification à la Coupe du monde au Qatar. Mais le natif de Jablanica ne donne pas l’impression de convaincre.

Ses victoires sont célébrées comme des défaites, et ces rares revers vécus comme des tragédies. “Je ne comprends pas vos attentes”, a-t-il d’ailleurs confié lors de sa dernière conférence de presse, le soir du 13 juin, affichant une incompréhension qu’il peine à dissimuler.

Une semaine plus tard, le souffle de la contestation est retombé sans que l’on sache vraiment pourquoi Vahid Halilhodzic a été dans l’œil du cyclone. Si l’élimination en quart de finale de la CAN 2021 a certainement déçu, elle ne peut expliquer à elle seule l’ouragan médiatique dont il a été victime et l’animosité de nombreux supporters à son égard.

Un sélectionneur sans concession

A 70 ans, Vahid Halilhodzic ne cherche plus à dissimuler sa réputation d’homme de caractère. Partout où il est passé, il a charrié les mêmes anecdotes de rigueur. L’intransigeance du personnage est servie par son puissant accent et un sens de la formule dont s’est emparé l’émission française Les Guignols de l’info en lui consacrant une marionnette.

“Il ne fait pas de concession. Il est capable d’aller au bout des choses même si on peut penser que ça met en difficulté l’équipe”, disait de lui l’ancien défenseur Arnaud Le Lan, dans les colonnes de L’Equipe.

Immense buteur du F.C. Nantes dans les 80’s, Halilhodzic a été sélectionneur de la Côte d’ivoire, de l’Algérie et du Japon. Avec des résultats à la clé mais une expérience écourtée. Il s’est à chaque fois qualifié à la Coupe du monde.

Après s’être attaqué aux égos ivoiriens (2010), il égratigne les statuts au Japon (2018) et les sponsors tremblent à l’idée de ne pas voir en Russie les stars nippones. Résultat, le manager prend la porte quelques mois avant le début d’une compétition qu’il n’aura finalement disputée qu’avec les Fennecs en 2014, sortis en huitième par les futur champions du monde allemands.

D’un pays à l’autre, le globe-trotter ne semble pas changer de méthode. “Au-delà d’une pseudo-arrogance lors des conférences de presse, il est reproché à Vahid Halilhodzic la gestion des cas Noussair Mazraoui et Hakim Ziyech”, explique le journaliste sportif, Amine Rahmouni.

En conflit avec le Bosnien sans que l’on sache vraiment pourquoi, le milieu offensif de Chelsea n’a en effet plus posé les pieds au centre sportif de Maâmoura depuis juin 2021, à la différence de Mazraoui, sélectionné sans jouer lors du dernier rassemblement. Mais l’absence de Ziyech est moins pénalisante qu’il n’y paraît.

Le Maroc performant sans Ziyech

Auteur de 17 buts et 10 passes décisives en 40 sélections, “Ziyech est un super joueur, mais je n’ai pas l’impression qu’il ait laissé une trace indélébile en équipe nationale”, souligne Amine Rahmouni, citant l’exemple de ses prestations médiocres à la Coupe du monde 2018 et son pénalty raté lors de la CAN 2019, face au Bénin.

D’aucuns assurent que si le blues refaisait son apparition, il serait le catalyseur d’un jeu beaucoup plus attrayant et d’une identité collective plus séduisante. Sur le premier point, les statistiques révèlent une tout autre réalité. Sans Ziyech, le Maroc marque plus de buts (2,4 buts contre 2), crée plus de chances (8 contre 7), tire plus (15 tirs contre 11) et presse l’adversaire de manière plus efficace (10 pressings réussis contre 8 ).

S’agissant de l’identité de jeu, c’est un faux débat, car “excepté l’Espagne, il n’y a pas une seule sélection dans le football moderne qui peut se féliciter d’avoir une identité de jeu propre à elle. Les joueurs ne s’entraînent pas assez ensemble en sélection pour en avoir une”, nuance Amine Rahmouni.

Et de s’interroger : “Au fond, est-ce qu’on préfère une équipe qui joue bien mais qui perd, ou une équipe qui joue mal mais qui gagne, ce qui est le cas avec Halilodzic ?” En dépit d’une identité de jeu floue, le Maroc dégage tout de même une impression de force collective.

Comme en témoigne la qualification à la Coupe du monde 2022. En huit rencontres, Saïss et ses coéquipiers n’ont subi aucune défaite, possédaient la meilleure défense et la deuxième meilleure attaque.

Peu de confiance accordée aux joueurs locaux

A défaut de créer les conditions nécessaires pour développer un jeu de toute beauté, Vahid Halilhodzic peut toutefois se targuer d’avoir redonné de la noblesse à l’équipe nationale, et les joueurs ont toujours apprécié la justice de ses décisions.

“Il a formé un groupe discipliné contrairement à ses prédécesseurs. À l’époque de Hervé Renard notamment, les internationaux venaient en équipe nationale comme si c’était un club de vacances”, se souvient Rahmouni.

En remettant l’institution et la performance au centre des préoccupations, Halilhodzic a réussi là où beaucoup ont échoué avant lui. En revanche, il a perdu le même pari que ses devanciers, celui d’intégrer les joueurs du championnat.

Au regard des résultats des clubs marocains sur le continent ces dernières années, le manque de confiance accordée par coach Vahid aux joueurs de la Botola flirte avec l’aveuglement. Et pour cause, le Raja, le Wydad et Berkane ont régné sur le continent ces deux dernières années après avoir remporté trois coupes de confédérations africaines et une ligue des champions.

Mais les huit joueurs locaux convoqués par Halilhodzic depuis sa prise de fonction, qui sont toujours pensionnaires de la Botola Pro, cumulent 475 minutes de temps de jeu pour 11 apparitions seulement. Soit moins que Fayçal Fajr (511′) à lui seul, dont les prestations n’ont jamais laissé un souvenir impérissable.

Autrement dit, coach Vahid est loin d’être en phase avec la politique sportive instaurée par la Fédération. “Elle consiste à avoir une équipe nationale constituée d’environ 70% de joueurs locaux et 30% venus d’Europe”, a révélé Ahmed Chouari, ancien scout en France pour le Maroc, dans l’édition du 5 janvier 2022 du journal L’équipe.

Mais ces griefs sont-ils suffisant pour limoger le Bosnien à moins de cinq mois de la Coupe du monde ?

Une hiérarchie aux abonnés absents

“La réponse est dans la question”, affirme Amine Rahmouni. “Quand on a du mal à monter une équipe en trois ans, il est impossible de le faire en cinq mois. Pour ceux qui misent sur un hypothétique effet psychologique sur les joueurs après le changement du sélectionneur, ils semblent omettre les résultats qui plaident pour le technicien en place, mais aussi la réalité du football de sélection.

En club, le changement d’entraîneur s’accompagne généralement d’un choc psychologique bénéfique aux joueurs. C’est rarement le cas en sélection. Mais un tel scénario, aussi radical soit-il, pourrait au moins contribuer à alléger la lourde atmosphère qui règne autour de la sélection, dont Vahid Halilhodzic n’est pas l’unique responsable.

“En laissant planer le doute, la FRMF affaiblit le sélectionneur. Il faudrait prendre une décision au plus vite et s’y tenir”, préconise Amine Rahmouni. “Soit la Fédération le maintient en poste et le soutient, soit elle estime que ce n’est plus l’homme de la situation et le remplace au plus vite.”

“Mais de là à orchestrer une cabale et à s’acharner de la sorte contre un homme de 70 ans. On s’est toujours bien comportés avec les sélectionneurs, il n’y a pas de raison que cela change. Cette affaire ne véhicule pas une bonne image à l’international, car le Maroc est la seule équipe qui participe à la Coupe du monde, dont le sélectionneur a été hué le soir de la qualification”, conclut-il.

On se gardera de spéculer sur l’avenir de Vahid Halilhodzic par respect pour le poste et pour l’homme. Mais nul doute que dans le livre d’histoire de l’équipe nationale, le Bosnien laissera à coup sûr l’empreinte contrastée d’un gagnant mal aimé.

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