Experts : la situation actuelle permet de supprimer les tests PCR aux frontières
Alors que la pandémie mondiale tend à refluer, deux ans après son déclenchement, trois spécialistes expliquent à Médias24 que la Covid-19 deviendra bientôt une pathologie saisonnière. Les tests PCR négatifs ne se justifieront donc plus à l’entrée du territoire marocain.
Depuis quelques semaines, la baisse croissante du nombre de contaminations au Maroc et dans ses marchés touristiques émetteurs laisse penser que le variant Omicron est en voie de disparition. Une bonne nouvelle pour les opérateurs du tourisme, qui réclament la fin des tests PCR pour les touristes étrangers.
"Sauf apparition d’un nouveau variant, Omicron disparaîtra dans quelques semaines"
Afin de vérifier ce scénario, Médias24 a contacté plusieurs épidémiologistes et spécialistes. Tous parient sur une sortie imminente de la crise sanitaire, même si le Dr Saïd Afif préfère temporiser au vu de l’augmentation sensible de cas positifs, enregistrée dans certaines régions françaises.
"Pour l’instant, la seule certitude, c’est que nous assistons à la fin du variant Omicron, mais pas de la pandémie. En réalité, il faudra encore attendre quelques semaines pour s’assurer qu’un autre variant ne va pas apparaître dans un pays quelconque, pour ensuite se propager sur l’ensemble de la planète", affirme le président de la Société marocaine des sciences médicales (SMSM).
Et d’ajouter : "l’avantage que nous avons au Maroc, c’est que la majorité de la population a acquis une immunité; soit vaccinale après les millions de vaccins prodigués ; soit naturelle pour celles et ceux qui ont contracté Omicron."
Sachant que le nombre de contaminations et de décès baisse chaque jour, le Dr Afif avance que si les Marocains maintiennent une vigilance avec un minimum de gestes barrières, le variant Omicron ne fera plus aucune victime d'ici quelques semaines.
"Si l’on se contente de continuer à porter le masque, le retour à une vie normale sera accéléré, comme pour les prières nocturnes du Tarawih du Ramadan, ou les mariages et autres fêtes qui réunissent du monde", indique le Dr Afif, selon lequel la pandémie peut devenir une maladie saisonnière comme la grippe.
"Si nous n’avons aucune certitude, cette hypothèse de plus en plus plausible nécessitera l’injection d’un vaccin à chaque saison hivernale, en particulier pour les personnes âgées ou à risque. Nous ne serons pas fixés avant quelques semaines ou mois, mais tout laisse à penser que l’on verra bientôt disparaître cette pandémie qui a fait de trop nombreuses victimes", avance, optimiste, le professeur Moulay Saïd Afif.
"L’obligation de présenter un test PCR n’a plus de justification épidémiologique"
Favorable à la suppression du test PCR pour les touristes étrangers, le président de la SMSM affirme qu’un passeport vaccinal en cours de validité est largement suffisant.
"Comme cela se fait partout dans le monde, une personne à jour dans ses vaccins, en provenance d’un pays classé zone verte, devrait pouvoir accéder sans contrôle supplémentaire au territoire marocain. En effet, que ce soit sur le plan immunologique ou médical, le test PCR n’apporte plus grand-chose, sinon qu’il décourage les touristes étrangers en raison du temps consacré à cet examen ou de son prix prohibitif", conclut le président de la SMSM, qui ne trouve aucun intérêt scientifique à maintenir cette obligation aux frontières du Maroc.
« La pandémie vit ses derniers jours au Maroc »
Aussi optimiste que son confrère sur une disparition rapide de la pandémie, Saïd Moutaouakil, professeur en réanimation, indique que toutes les vagues du variant Omicron qui ont prévalu dans le monde sont en train de baisser, voire de s'achever comme c’est le cas actuellement au Maroc ou en Europe.
"La vague Omicron persiste encore dans quelques pays asiatiques, mais il n’y a pas eu de nouveau variant menaçant ou inquiétant chez nous ou dans les pays immunisés par les vaccins ou par voie naturelle", affirme Saïd Moutaouakil.
"S’il n’y a pas de surprise dans les trois prochains mois, la pandémie, dont la durée normale de vie est de deux à trois ans, va très certainement disparaître pour se transformer en un virus saisonnier qui n’aura pas les mêmes conséquences sur le plan sanitaire et socio-économique", prédit le professeur. "La pandémie, qui vit ses derniers jours, ne sera plus qu’un mauvais souvenir au plus tard d’ici l’été prochain", ajoute-t-il.
Sur le maintien de l’obligation de présenter un test PCR négatif aux frontières marocaines, le professeur Saïd Moutaouakil, membre du Comité technique et scientifique marocain chargé de lutter contre les infections comme la Covid-19, estime également que cette mesure restrictive de mobilité doit être supprimée du fait de son inutilité.
"Cette obligation, qui n’a aucune justification scientifique, devrait être abrogée car elle constitue un véritable frein à la relance économique souhaitée après une crise sanitaire qui a paralysé l’économie", conclut l’épidémiologiste. La fin de la pandémie sera selon lui une période de transition où la prudence devra être de mise, même après un retour à la vie normale.
« La fin d’un cycle pandémique et le début d’un cycle endémique »
L’épidémiologiste Jaâfar Heikel, quant à lui, se montre prudent sur la disparition définitive de cette crise qui dure depuis vingt-quatre mois. Il préfère évoquer la fin d’un cycle pandémique et le début d’un cycle endémique.
"Dorénavant, les infections virales respiratoires comme la grippe saisonnière, le H1-N1 ou la Covid-19 vont vivre avec nous. Nous devons donc apprendre à vivre avec ces virus sur le moyen et le long terme. La bonne nouvelle, c’est que nous en avons compris les enjeux qui, désormais, ne nous font plus peur comme c’était le cas en mars 2020", rassure Jaâfar Heikel.
"Sachant que nous savons désormais dépister, traiter et vacciner, nous allons pouvoir nous comporter avec la Covid-19 comme nous le faisons avec la tuberculose ou la grippe saisonnière", poursuit-il.
"26 millions de Marocains protégés pendant encore plusieurs mois"
Quant au délai nécessaire pour voir le virus se transformer en une simple grippe, ce spécialiste des maladies infectieuses affirme que c’est déjà le cas pour de nombreuses personnes porteuses du coronavirus.
"Aujourd’hui, il y a non seulement des personnes porteuses de la Covid-19 asymptomatiques ou avec peu de symptômes, mais aussi 1,2 million de Marocains qui ont été infectés et 24,5 millions vaccinés, soit un total de 26 millions de personnes protégées à un niveau élevé, et dont la protection va durer plusieurs mois", souligne Jaâfar Heikel. Pour lui, le Maroc est donc sorti de la pandémie apparue en mars 2020.
"La sensibilisation est devenue plus efficace que les mesures restrictives"
A l’instar de ses confrères, il pense que la poursuite de l’obligation de présenter un test PCR négatif à l’arrivée au Maroc ne se justifie plus, eu égard aux conditions épidémiologiques actuelles en Europe, qui ne présentent plus aucun risque majeur de contamination sauf en cas d’apparition d’un nouveau variant.
"Il est plus important de continuer à sensibiliser les Marocains aux mesures barrières", conclut Jaâfar Heikel, pour qui la Covid-19 aura au moins eu le mérite de changer certains comportements (crachat par terre...) et d’imposer des réflexes de prudence, comme le port du masque dans les endroits clos.
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