Afrique : les agricultrices face à des discriminations de genre
Les agricultrices africaines font face à plusieurs discriminations liées à l’accès à l’éducation, au crédit et à la propriété foncière, ainsi qu’à des difficultés en termes de visibilité et de représentation dans l’espace social.
Le groupe OCP a organisé, mardi 8 mars, à travers son initiative baptisée "Trait d’union", un webinaire intitulé "Les femmes agricultrices : regards croisés entre l’Europe et l’Afrique". L’objectif est d’établir une comparaison entre la situation des agricultrices en Europe et en Afrique et d’aborder les différentes discriminations auxquelles elles sont confrontées.
L’agriculture familiale représente aujourd’hui 40% de la population mondiale, soit 2,6 milliards de personnes dont les revenus dépendent directement de cette activité, a-t-on rappelé durant ce webinaire.
La place des femmes dans le secteur agricole est intimement liée à la question de leur place dans l’agriculture familiale. Dans la grande majorité des modèles d’agriculture familiale existants, ce sont les hommes qui bénéficient du statut de « chef d’exploitation ». Or dans ce contexte, les femmes connaissent des difficultés liées à leur visibilité et à leur représentation dans l’espace social.
En Afrique subsaharienne, les femmes produisent jusqu’à 80% des denrées alimentaires destinées à la consommation des ménages et à la vente sur les marchés locaux. Malgré leur rôle et leur influence, elles continuent à bénéficier d’un appui bien inférieur à celui des hommes.
Selon l’Initiative suédoise du réseau agricole international (Swedish International Agricultural Network), une plateforme dédiée à la sécurité alimentaire et au développement agricole, la sous-représentation des femmes tient à leur taux d’analphabétisme élevé. Leur émancipation relève donc d’un enjeu relatif à leur accès à l’éducation.
"Nous avons constaté que depuis un moment, rien ne bouge" a déclaré Alimata Coulibaly, directrice de l'entreprise "les Précuits" en Côte d'Ivoire, qui explique que les agricultrices africaines se sont adaptées et ont acceptés leur situation, même en cas de précarité, en pensant que c'est la norme. Cette pensée est liée aux moeurs, à la culture ainsi qu'à l'éducation, selon la même source.
En tête des discriminations auxquelles elles font face, l’accès à la propriété foncière et au crédit. Les agricultrices africaines ne bénéficient pas non plus des mêmes droits que leurs homologues masculins lorsqu’il s’agit d’accéder aux intrants agricoles, à la formation et aux marchés. La Banque mondiale a d’ailleurs appelé à une action politique concrète pour diminuer l’écart entre les sexes dans l’agriculture africaine.
"L'exode rurale est aussi un frein de l'agriculture au Mali" explique Sana Wony Tieminta, présidente de la coopérative malienne "Femmes en action qui explique que ce phénomène est étroitement lié au fait que les agricultrices n'aient pas accès à la propriété foncière et au crédit.
Enfin, en Afrique, bien que les femmes représentent plus de la moitié de la population agricole, elles sont généralement privées des facteurs susceptibles d’améliorer leur productivité, selon un rapport de la Banque mondiale intitulé "Levelling the Field : Improving Opportunities for Women Farmers in Africa" ("Niveler le terrain : améliorer les opportunités pour les agricultrices en Afrique"), publié en 2014. Ce dernier avait relevé les différences de production frappantes entre hommes et femmes dans six pays africains : l’Éthiopie, le Malawi, le Niger, le Nigeria, l’Ouganda et la Tanzanie.
"Améliorer l'accès à l'information en créant un dispositif de renseignement dédié aux femmes rurales leur expliquant leurs droits peut conduire à l'amélioration de la situation des agricultrices, et leur donner un pouvoir d'autonomisation", explique Pierre Jaquemot, économiste, ancien diplomate et président du groupe initiatives du Gret en citant l'exemple du Sénégal.
Le création d'un groupement féminin d'agricultrices, sous forme de coopérative permettrait également aux femmes de contourner les difficultés liés à leur métier, selon la même source.
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