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Union africaine : faut-il craindre le G4 créé par Alger et Pretoria ? (experts)

En marge du dernier sommet UE-UA, l’Algérie, l’Afrique du Sud, le Nigéria et l’Ethiopie, adversaires de la cause du Maroc, ont initié un rapprochement censé résoudre les problèmes du continent. Lecture critique du président du think tank Amadeus Brahim Fassi-Fihri et de l’ex-ambassadeur marocain Ahmed Faouzi.

Union africaine : faut-il craindre le G4 créé par Alger et Pretoria ? (experts)

Le 28 février 2022 à 19h21

Modifié le 28 février 2022 à 19h21

En marge du dernier sommet UE-UA, l’Algérie, l’Afrique du Sud, le Nigéria et l’Ethiopie, adversaires de la cause du Maroc, ont initié un rapprochement censé résoudre les problèmes du continent. Lecture critique du président du think tank Amadeus Brahim Fassi-Fihri et de l’ex-ambassadeur marocain Ahmed Faouzi.

Après l’annonce de la création du G4 (Algérie, Afrique du Sud, Nigéria, Ethiopie), Médias24 a sollicité le point de vue d’Ahmed Faouzi, ancien ambassadeur du Maroc en Côte d’Ivoire, et de Brahim Fassi-Fihri, qui préside le think tank Amadeus, sur la volonté algérienne de former un noyau dur au sein de l’Union africaine (UA).

L’Algérie veut recréer un noyau dur anti-marocain au sein de l’Union africaine

Pour mieux comprendre ce rapprochement inédit, l’ex-ambassadeur nous rappelle que l’Algérie est en perte de vitesse politique et économique sur tout le continent africain, qui l’a privée de nombre de ses soutiens.

« Tout le monde a pu le constater lors de son opposition à l’UA contre l’adhésion d’Israël au poste de pays observateur, mais également quand elle a essayé d’unifier un noyau dur contre la cause sacrée du Maroc. L’Afrique qui a changé n’est plus sous sa coupe, et toutes ses tentatives de lobbying s’avèrent inefficaces », décrypte Ahmed Faouzi.

« Naguère florissantes et rassembleuses, les idéologies comme la révolution ou le socialisme à l’algérienne ne sont plus à l’ordre du jour, car toutes les priorités du continent sont d’ordre économique. Sa diplomatie, qui ne l’a pas compris, utilise toujours les mêmes outils que dans les années 1970. »

Des initiatives algériennes qui ont toutes échoué

« L’Algérie continue de multiplier ses tentatives de conciliation qui n’aboutissent pas ; comme lorsqu’elle a voulu résoudre, en vain, le conflit entre l’Egypte et l’Ethiopie, qui portait sur le barrage de la Renaissance. Même échec en Libye et en Tunisie, où l’Algérie n’a pas réussi à résoudre les problèmes de ces pays, malgré des annonces et des effets de manche qui n’ont absolument rien donné sur le terrain. »

« Ses échecs de médiation pour s’imposer au niveau continental ne cessent de se répéter pour la simple raison que le moteur de la réussite passe par une économie dynamique que l’Algérie ne possède pas », explique Faouzi en laissant entendre que l’initiative de la création d’un G4 ne va pas durer longtemps.

Une tentative de rattraper la perte d’influence induite par le retour du Maroc

« C’est une tentative de montrer qu’elle est toujours présente, et surtout efficace, sur la scène internationale, alors que tout laisse à penser que son économie est agonisante sur le plan intérieur. Toute l’Afrique a renouvelé ses élites politiques, alors que le personnel algérien date encore des années 1970, avec des concepts désormais dépassés comme Alger, La Mecque des mouvements de libération. »

Sur le fait que l’Afrique du Sud, le Nigéria et l’Ethiopie aient accepté de rejoindre l’Algérie dans le G4, le diplomate indique que ces pays veulent simplement essayer de ressusciter une époque où le Maroc était absent de l’UA, et où quelques membres influents comme l’Algérie agissaient à leur guise.

L’heure de la récolte finira par sonner en Ethiopie et au Nigéria

Cela dit, comment est-il possible de se prononcer contre l’admission d’un pays observateur à l’UA, alors que 44 pays africains sur 54 reconnaissent et ont des relations diplomatiques avec Israël ?

« Les Israéliens sont très actifs en Afrique en matière de coopération agricole et technique, et notamment avec l’Ethiopie », rappelle Faouzi, pour qui la présence d’une énorme usine de phosphates marocains, très utile au barrage qui vient d’être achevé, ne manquera pas de faire évoluer les rapports avec ce pays.

« Sachant que ce pays abrite le siège de l’UA, l’Ethiopie ne peut pas se permettre de couper de sa propre initiative ses relations avec le polisario, mais rien ne s’oppose à ce qu’il suive la tendance le moment venu, où il y aura un vote pour exclure ce mouvement. »

« Une bulle diplomatique vouée à faire pschitt »

« Même évolution possible à l’horizon pour le Nigéria, qui a montré au Maroc les signes d’un rapprochement économique. En témoigne la construction d’un mégaprojet de gazoduc commun qui, à terme, pourrait aboutir à un gel et à la non-reconnaissance du polisario. »

« De plus, l’exclusion de l’Egypte de ce nouveau groupement G4, alors que c’est la troisième puissance économique du continent et un soutien ferme à la cause sacrée du Maroc, montre que cette initiative n’est ni crédible ni pérenne », conclut Faouzi. L’ancien ambassadeur du Maroc sur une bulle diplomatique vouée à faire ‘pschitt’, terme immortalisé par le défunt président Chirac.

La création du G4 vient en réaction à la neutralité retrouvée de l’UA

Pour Brahim Fassi-Fihri, ce G4, qui ne donne pas de précision sur les réels objectifs de sa démarche, est une déclaration d’intention qui coïncide avec l’élection du Maroc au Conseil de paix et de sécurité (CPS) pour un mandat de trois ans.

« Une décision surprenante venant de la part de quatre pays qui ont toujours fait de l’UA et du CPS le réceptacle naturel de la résolution et du traitement des conflits et des questions de sécurité sur le continent. C’est clairement une contradiction importante par rapport au narratif diplomatique, notamment de l’Algérie. Si l’UA et le CPS sont selon eux, ‘les institutions légitimes’ pour le traitement des questions africaines, alors pourquoi vouloir créer un groupement exclusif en marge de ces institutions pour traiter ces mêmes questions ? », s’interroge le président du think tank Amadeus.

Face à la neutralité retrouvée de l’UA depuis le retour du Maroc et le Sommet de Nouakchott (décision 693), mais aussi face à une troïka composée pour la première fois de trois pays tous favorables au Royaume (République démocratique du Congo, Sénégal et Comores), la création souhaitée d’un G4  – qui est en fait un G2 (Algérie et Afrique du Sud) + 2 (Nigeria et Éthiopie) – pourrait être perçue comme la tentative de mettre en place un gadget ou un outil cosmétique pour masquer les grandes percées concrètes du Royaume sur la question nationale au niveau du continent, avec l’ouverture d’une vingtaine de consulats dans les provinces du Sud.

Une initiative pour diviser davantage le continent africain dans un contexte géopolitique mondial bouleversé

« Il s’agit de quatre pays qui sont depuis longtemps hostiles à l’intégrité territoriale du Royaume, qui se rejoignent idéologiquement et qui ont toujours été alignés sur bon nombre de questions. »

« Les conséquences de ce rapprochement ne changeront rien dans les faits, sinon vouloir ouvertement diviser le continent en insistant potentiellement sur une ligne de fracture continentale autour de la question du Sahara, sachant que plus de la majorité des pays africains soutiennent le Maroc », conclut Brahim Fassi-Fihri. Il ajoute que le G4 jette davantage le flou autour de la nécessaire redéfinition de l’architecture de sécurité du continent, dans un contexte géopolitique mondial bouleversé par la guerre en Ukraine.

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