La croissance sera fortement impactée si les pluies ne sont pas au rendez-vous en mars !
Avec l'année de sécheresse qui s’annonce, la prévision du gouvernement d’une croissance de 3,2% pour 2022 tombe à l’eau. Si la saison n’est pas sauvée par les pluies d’ici fin mars, le Maroc perdra jusqu'à 1,8 point de PIB par rapport aux prévisions.
Le ciel n’a pas été clément en cette première année d’exercice du gouvernement Akhannouch. Après une année agricole exceptionnelle, marquée par une récolte céréalière record de 103 millions de quintaux, le gouvernement a construit sa loi de Finances 2022 sur une prévision de 80 millions de quintaux, pour atteindre sa cible de croissance de 3,2%. Une récolte céréalière de 80 millions de quintaux, indicateur d’une saison agricole moyenne, se révèle aujourd’hui très optimiste comme prévision au vu des débuts secs de la saison agricole.
« On ne peut pas dire que le gouvernement ait été optimiste dans sa prévision. La loi de Finances prévoit une baisse de la valeur ajoutée agricole, du fait de l’effet de base exceptionnel de 2021, et table sur une saison moyenne. Le haut-commissariat au Plan (HCP) et Bank Al-Maghrib s’appuient sur la même hypothèse. Personne ne pouvait savoir que l’on vivrait une année de sécheresse de cette ampleur », affirme d’emblée un expert en prospective économique consulté par Médias24.
Dans son budget prévisionnel pour l’année 2022, le HCP a annoncé une prévision de croissance de 2,9%. Une croissance qui prend en compte une baisse de la valeur ajoutée agricole de 1,5% et une hausse de la valeur ajoutée non agricole de 3,5%. Mêmes chiffres ou presque émis par Bank Al-Maghrib lors de son dernier conseil, tenu fin décembre. Le scénario de la Banque centrale tablait sur une croissance du PIB en 2022 de 2,9%, prenant en compte une baisse du PIB agricole de 2,8% et une amélioration de 3,2% du PIB non agricole.
Les pluies printanières, dernier espoir pour sauver l’année
Avec les indicateurs dont on dispose aujourd’hui sur la pluviométrie et les perspectives de la saison agricole qui s’annoncent sombres, toutes ses prévisions tombent à l’eau, et devront être revues à la baisse dès les prochaines publications du HCP et de Bank Al-Maghrib.
« Les données actuelles montrent, en effet, que l’on n’atteindra pas un niveau de croissance de 2,8%, encore moins un taux de 3,2%. Il reste un petit espoir, puisque la saison agricole peut être sauvée par les pluies printanières du mois de mars. Mais cela ne suffira pas pour l’atteinte des objectifs fixés ou la réalisation des hypothèses émises par le gouvernement, le HCP ou la Banque centrale », explique notre expert.
Selon ses calculs basés sur la composante agricole du PIB, trois scénarios sont possibles.
En cas de bonne pluviométrie sur les prochaines semaines (le reste de février, ainsi que le mois de mars), le PIB agricole limitera sa baisse à 5%. La croissance du PIB tombera alors à 2,6%. Un scénario très optimiste qui reste plausible en cas de retournement de la situation pluviométrique.
Dans le cas contraire, celui de la continuité des mêmes conditions climatiques, le PIB agricole connaîtra une forte chute de 15%. Conséquence sur la croissance globale : celle-ci baissera à 1,4%.
Notre expert prévoit néanmoins un scénario central, où les choses ne sont ni roses ni noires. Un scénario moyen, nous dit-il, où le PIB agricole baisse de 10%. La croissance du PIB globale se limitera ici à 2% au maximum.
Et ces prévisions, précise-t-il, ne se fondent pas seulement sur la récolte céréalière qui sera, selon les différents scénarios, comprise entre 30 et 50 millions de quintaux dans le meilleur des cas.
« Les céréales ne pèsent plus comme avant dans la composante de la valeur ajoutée agricole. C’est juste un indicateur que l’on prend pour donner une tendance sur la saison agricole. Il y a des composantes encore plus importantes, comme l’élevage qui pèse pour 45% dans le PIB agricole. Et dans l’élevage, on comptabilise tout ce qui est cheptel, production de lait, de miel, d’œufs… Et ce, sans compter les autres cultures agricoles », souligne-t-il.
Un cadre du ministère des Finances confirme ces prévisions, en nous signalant que le calcul est simple, selon le modèle utilisé par les autorités publiques. « Il est difficile de donner une prévision aujourd’hui. Mais s’il n’y pas de pluie au cours des semaines prochaines, la récolte céréalière devrait se situer autour de 30 à 35 millions de quintaux, soit moins 40 millions de quintaux par rapport à l’hypothèse de base. On perdra alors 1 point de PIB. Mais s’il y a des pluies dans les prochains jours, on sera entre 50 à 70 millions de quintaux, soit en moyenne 20 millions de quintaux de moins que l’hypothèse de base. C’est 0,5 ou 0,6 points de base de croissance en moins », explique notre source au ministère.
Une mauvaise saison agricole impactera aussi le PIB non agricole
Ce que l’on peut donc établir à date d’aujourd’hui, c’est que la croissance pour 2022 sera comprise dans une fourchette de 1,4% à 2,6% au maximum, selon les conditions climatiques des prochains jours.
Mais ces prévisions ne prennent pas en compte, selon notre expert en prospective économique, l’impact de la baisse du PIB primaire sur le PIB non agricole, qui sont corrélés.
« Quand on dit que la croissance tombera à 2,6% ou 1,4% selon les scénarios pluviométriques, c’est une prévision qui se base exclusivement sur la baisse du PIB agricole. Or, les modèles doivent prendre en compte aussi l’impact sur le PIB non agricole, notamment sur les secteurs de l’agroalimentaire, le commerce et le transport qui sont intimement liés à l’agriculture », décrypte-t-il.
Ce qui veut dire que la croissance globale sera inférieure aux scénarios présentés, notre source n’excluant pas une baisse à 1% dans le cas où les pluies ne sont pas au rendez-vous dans les prochains jours. Un scénario qui présage une année économique et sociale très tendue… À moins que le ciel n'en décide autrement !
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