La CIMR désormais deuxième actionnaire de la BCP : les précisions de Khalid Cheddadi
En achetant un bloc de plus de 5 millions d’actions de la BCP, la CIMR devient le deuxième actionnaire du groupe bancaire, avec une part de 11,55%. Qui a vendu ce gros paquet de titres à la CIMR ? Et quel est le sens stratégique de cette opération ? Réponses.
C’est la première grosse opération du marché boursier en ce début d’année. La Caisse interprofessionnelle marocaine de retraite (CIMR), qui détenait déjà 8,97% du capital de la Banque centrale populaire (BCP) vient d’acheter un gros paquet de titres de la banque pour porter sa part à 11,55%. Elle devient ainsi le deuxième actionnaire du groupe Banque populaire après l’ensemble Mamda-Mcma (13,2%).
Portée à la connaissance du public par voie d’un communiqué de l’AMMC (franchissement du seuil des 10% oblige), l’opération a consisté en l’achat par la CIMR de plus de 5,05 millions de titres pour un prix unitaire de 277 dirhams, un cours qui colle à la valeur marché du titre. La caisse de retraite dirigée par Khalid Cheddadi a donc dû débourser 1,4 milliard de dirhams pour s’offrir cette part de 2,58% du capital du groupe bancaire.
Le communiqué de l’AMMC précise que la CIMR ne compte pas poursuivre ses achats dans les six prochains mois, et s'abstient de révéler l'identité de la partie qui a cédé les titres.
La CIMR a fait ses emplettes auprès des BPR
Contacté par Médias24, Khalid Cheddadi nous précise que cette acquisition, réalisée le 28 décembre, a été négociée avec les Banques Populaires Régionales (les BPR), principales actionnaires de la BCP.
« Nous avons acheté les parts auprès de plusieurs BPR, avec un prix qui colle à une moyenne du cours boursier du titre sur une période donnée », nous confie le patron de la CIMR.
Actionnaires de référence du groupe mutualiste, les BPR ont été, comme nous le précise Khalid Cheddadi, obligées de céder une fraction de leurs parts au vu du changement de la loi sur le Crédit Populaire du Maroc (CPM), opéré en décembre 2020.
« L’ancienne loi sur le CPM exigeait que les BPR détiennent au moins 51% du capital de BCP. Les modifications apportées en 2020 ont baissé ce seuil à un minimum 34%. Ce qui a ouvert la possibilité aux BPR de pouvoir céder une partie de leurs titres.Pour un institutionnel comme nous, c’est une belle opportunité. Car de gros paquets d’actions d’une telle qualité sont très rares à trouver sur le marché boursier », explique le patron de la CIMR.
Disposant de liquidités abondantes, et face à l'absence d’opportunités d’investissements dans le marché actions comme dans le marché obligataire où les taux sont au plus bas, la CIMR a saisi cette opportunité au vol pour ancrer davantage sa présence dans le deuxième groupe bancaire du pays. Mais sa présence ne se résume plus désormais à la simple participation financière d’un partenaire institutionnel, puisque la CIMR, avec ses 11,55%, devient le deuxième actionnaire d’une banque au capital très éclaté.
D’autres opérations sur le capital de la BCP à prévoir
Ce qui ne changera rien, comme nous le confie Khalid Cheddadi, à la gouvernance de la banque. « Pour la CIMR, il s’agit d'une simple opération financière de placement à long terme de nos réserves. L’opération n’a pas pour objectif de prendre le contrôle de la banque ou de changer sa gouvernance. Nous étions déjà avant cette opération un gros actionnaire de la banque, avec un siège au niveau du conseil d’administration. Avec ce rachat, rien ne changera. Nous garderons notre siège au conseil et continuerons d’accompagner la banque en tant que partenaire institutionnel », précise le patron de la CIMR.
Ce ne sera peut-être pas la dernière opération sur le capital de la BCP. En effet, les BPR détenaient, avant le récent deal, 44,12% du capital de banque. Avec les 2,5% cédés à la CIMR, elles détiennent encore 41,6% du capital. Théoriquement, si les BPR veulent coller au seuil minimum actuel de 34%, elles peuvent céder jusqu’à 7,6% du capital de la banque. Rien ne les oblige ceci dit à le faire, la loi exigeant simplement qu’elles restent actionnaires au minimum à hauteur de 34%.
Dans ce scénario, le montant en jeu est énorme : 4,5 milliards de dirhams au bas mot. Qui seront les prochains acheteurs si les BPR décident de poursuivre leurs ventes ? Nombre de prétendants sont sur la liste. À commencer par les institutionnels présents actuellement dans le capital de la BCP, à l’image de l’ensemble Mamda-Mcma, le RCAR, la CMR, Saham Assurance, Atlanta Sanad ou encore le groupe bancaire français BPCE. Ce dernier détient actuellement 4% du capital du groupe bancaire avec qui il est partenaire dans sa stratégie d’expansion africaine, à travers la marque Banque Atlantique.
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