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Économie : retour à la case 2019, la pandémie en plus

Après avoir effacé en 2021 la récession record de 2020, l’économie marocaine renoue avec son niveau de 2019. Mais avec un malus lié au Covid et aux incertitudes qui l'accompagnent. Comment se comportera désormais l’économie ? Éléments de réponse.

Medias24
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Économie : retour à la case 2019, la pandémie en plus

Le 3 janvier 2022 à 15h30

Modifié 3 janvier 2022 à 16h47

Après avoir effacé en 2021 la récession record de 2020, l’économie marocaine renoue avec son niveau de 2019. Mais avec un malus lié au Covid et aux incertitudes qui l'accompagnent. Comment se comportera désormais l’économie ? Éléments de réponse.

Avec une croissance projetée de 6,7% en 2021, selon Bank Al-Maghrib (BAM), le Maroc effacerait presque toutes les pertes et le niveau de récession record de 6,3% accusé en 2020. Récupérer un tel niveau de descente en une année est une performance en soi. Et c’est dû essentiellement, comme l’ont précisé aussi bien BAM que plusieurs experts en économie et en prospective consultés par Médias24, à un effet mécanique de rebond et à une campagne agricole exceptionnelle qui a fait progresser le PIB agricole de près de 19%.

Avec ce niveau, le Maroc remet les compteurs à zéro et renoue avec les niveaux de production et de richesse de 2019. Mais aussi avec le niveau de croissance de cette année-là et des années précédentes.

Le gouvernement en est conscient et table, dans sa loi de Finances, sur une croissance modeste de 3,5%, un demi-point de moins que son engagement de 4% sur le quinquennat. BAM se montre encore moins optimiste, misant sur une croissance en 2022 de 2,9%. Une croissance qui augmentera de quelques points de base en 2023 pour atteindre 3,4% au maximum.

Mêmes projections livrées par deux éminents économistes et experts en prospective qui affirment que, après ces deux années exceptionnelles, la récession de 2020 et le rebond de 2021, les choses vont revenir à la normale.

Croissance : retour à la normale ou presque

« Entre 2010 et 2019, l’économie marocaine réalisait un taux de croissance moyen de 3,5% et le niveau de croissance dépendait fortement des fluctuations de la saison agricole. Après le rebond de 2021, on reviendra au même rythme, avec les incertitudes du Covid en plus. Réaliser dans ce contexte un niveau de croissance supérieur à 3% serait déjà une bonne performance », explique un de nos experts.

Et cette incertitude liée au Covid, on la vit encore tous les jours avec l’apparition de nouveaux variants tel que l’actuel Omicron qui ravage le monde et se propage à grande vitesse sous nos cieux.

« Le monde et le Maroc également ont semble-t-il normalisé avec le Covid. Les scénarios de confinement ou de restrictions massives ne sont plus d’actualité. Mais les externalités que crée la pandémie restent toujours là : chamboulement des chaînes de production, déséquilibre entre l’offre mondiale et la demande, hausse des cours des matières premières, des produits d’équipement et de consommation, perturbation des chaînes logistiques… », précise notre source, qui ne croit pas en les prévisions optimistes du FMI et de la Banque mondiale. Ces deux institutions prévoient un retour du fonctionnement normal des chaînes de production et logistique dès la mi-2022. Des prévisions annoncées avant l’apparition du variant Omicron et qui n’ont pas été révisées.

Pour le Maroc, qui devra connaître en 2022 une chute automatique de sa valeur ajoutée agricole (-2,8% selon BAM), cela ne plaide pas pour la réalisation d’une forte croissance. Ni cette année ni les cinq prochaines années où le monde manque encore de visibilité.

« Ce qui a permis la réalisation d’une croissance de 6,7% en 2021, c’est d’abord l’agriculture et l’effet qu’elle a créé sur la demande intérieure. Le Maroc, on le sait, enchaîne les bonnes et mauvaises saisons agricoles. Pour réaliser une croissance forte, il faut donc miser sur le secteur secondaire et tertiaire. Or, ces deux secteurs-là dépendent fortement des interactions avec le reste du monde et sont très sensibles à la situation pandémique », signale un des économistes consultés par Médias24, citant l’exemple de l’industrie qui peut être bloquée à cause du manque de certains intrants, ou la baisse de la demande mondiale. Sans parler du tourisme qui reste le secteur le plus sinistré du pays et sur lequel le pays ne peut plus compter à l’heure actuelle.

« Le gouvernement table sur une croissance moyenne de 4% sur les cinq prochaines années. Je ne vois pas comment cela pourrait se réaliser dans ces circonstances. En tous les cas, l’exécutif n’a pas encore détaillé sa stratégie pour atteindre ce niveau de croissance moyen d’ici 2026. Mais je pense que ce chiffre sera difficilement atteint et il serait plus logique de dire que la croissance oscillera au mieux entre 2% et 3,5%, selon la récolte céréalière et l’évolution de la situation sanitaire dans le monde », note notre expert.

Gérer l’endettement, le grand défi des entreprises

On revient donc à une vie économique normale, pour ne pas dire molle,  mais avec la pandémie en plus qui a mis à terre le secteur touristique et ses activités annexes qui participaient à la croissance, et dont la contribution est tombée à presque zéro.

Ceci sur le plan macro. Sur un plan plus micro, nos experts pensent que les entreprises continueront de souffrir, et 2022 sera une année décisive pour le tissu productif, après le surendettement des deux dernières années.

« Le surendettement est le sujet que les décideurs doivent surveiller de près. Les échéances des prêts garantis par l’État (Oxygène et Relance, ndlr) vont tomber cette année. Les TPME ainsi que certaines grandes entreprises ont survécu grâce aux crédits garantis par l’État. Elles devront désormais passer à la caisse. Ont-elles suffisamment de trésorerie pour s’acquitter de leurs dettes ? Cela dépend des cas, mais je crois que la quasi-majorité n’ont pas pu reconstituer leurs niveaux de trésorerie d’avant la pandémie, d’autant que leur passif a gonflé entre-temps. Et que les besoins en trésorerie ont également progressé », explique notre économiste.

Nos sources excluent de nouvelles aides publiques ou de nouveaux prêts garantis par l’État. Et estiment que l’exécutif n’ira pas dans ce sens. « Ce qui serait logique », ajoute une de nos sources. « On ne peut pas maintenir les entreprises sous perfusion éternellement. En revanche, le gouvernement a donné de bons signaux ces derniers jours à l’adresse des entreprises, en activant le dossier des délais de paiement et celui du remboursement des arriérés de TVA. On voit bien que ces deux sujets s’adressent d’abord à la problématique de la trésorerie qui sera le grand casse-tête des entrepreneurs en cette année 2022. »

L’autre solution qui peut alléger cet effet de surendettement, l’activation du Fonds Mohammed VI pour l’investissement, qui prévoit entre autres d’injecter des fonds propres ou des quasi-fonds propres dans le bilan de certaines entreprises. Le fonds est monté sur le papier, mais n’est pas encore opérationnel. En tout cas, son closing tarde à se réaliser. Nos experts disent que cet outil sera efficace et permettra à certaines entreprises de redémarrer sur de bonnes bases, pourvu qu’il soit vite mis en place, et que les 45 milliards de dirhams soient d’abord levés et ensuite placés là où il faut…

Dépense publique : le grand test de l’État social du gouvernement Akhannouch

Autre sujet à surveiller cette année et qui peut être un moteur de croissance, de création d’emplois et de soutien indirect pour les entreprises : le plan des petits et grands chantiers lancé par le département de l’Équipement de Nizar Baraka et son croisement avec le plan « Awrach », piloté par le département de Younes Sekkouri, le ministre de l’Intégration économique, de la petite entreprise, de l’emploi et des compétences.

Un programme qui prévoit, grâce aux travaux que lancera l’État un peu partout au Maroc, de créer 125.000 emplois en 2022, à travers le levier de la commande publique. Celle-ci ciblera en priorité, comme expliqué par Nizar Baraka, des entreprises nationales, grandes, moyennes et petites, ainsi que des entreprises locales pour permettre aux territoires et aux différentes régions du Royaume de capter de la valeur ajoutée et des emplois.

Nos experts pensent que ce programme sera à même de créer de l’activité, et que cette politique d’intervention de l’État est la seule à pouvoir initier un cercle vertueux au sein de l’économie. Mais ils attendent de voir d’abord son articulation, son exécution, avant de s’exprimer sur les effets qu’elle pourrait induire sur le taux de croissance, le taux de chômage et d’autres agrégats macroéconomiques.

« Ce programme gouvernemental est bon sur le papier. Il faut attendre d’abord son exécution, ou du moins le plan de son exécution, pour pouvoir prévoir ses retombées réelles sur l’économie », estime l’une de nos sources.

Hormis ce plan, le gouvernement prévoit de mettre sur la table pas moins de 240 milliards d’investissement publics (dont les 45 milliards du Fonds Mohammed VI), via le budget de l’État, mais aussi celui des Établissements et entreprises publiques. Un niveau record jamais atteint auparavant. Ce qui montre que l’État sera, à travers sa politique d’investissement, le principal moteur de la machine économique en 2022, tous secteurs confondus.

« L’investissement public est le seul moyen qui peut accélérer un peu la machine et permettre aux entreprises de relancer leur activité. Encore faut-il rompre avec les pratiques du passé et instaurer une vraie politique d’efficacité de cette dépense, à travers le ciblage de projets à fort rendement, l’activation de la préférence nationale, d’une certaine discrimination positive à l’égard des PME. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut exclure les entreprises étrangères. Bien au contraire, celles-ci sont également utiles au pays, mais les cahiers des charges des marchés publics doivent exiger des clauses de préférences nationales en termes de sur-traitement, de création d’emploi, d’approvisionnement… Car l’objectif n’est pas tant d’investir, de créer des infrastructures, mais de créer de la richesse locale, des emplois et de la demande intérieure sans faire exploser nos importations », tranche une de nos sources.

En plus du chantier de l’élargissement de la protection sociale et celui des aides directes aux plus démunis, le slogan de l’État social porté par le gouvernement Akhannouch sera testé également sur point-là.

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