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Le télétravail, une quête de sens professionnel parfois mise à rude épreuve

La Fondation Attijariwafa bank a organisé un webinaire intitulé « Télétravail, performance et sociabilisation : les cadres face aux nouveaux défis du développement personnel », dans le cadre de la 21e édition de son cycle « Échanger pour mieux comprendre ».

Le télétravail, une quête de sens professionnel parfois mise à rude épreuve
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Le 27 décembre 2021 à 12h11 | Modifié 27 décembre 2021 à 15h38

Sommes-nous tous outillés de la même façon pour nous adapter à ces changements ? « Clairement non », répond Amel Sebti, psychothérapeute et coach de vie. « Nous sommes tous différents, quelle que soit l’approche utilisée. Ceux qui vont s’adapter sont ceux qui se seront préparés aux changements, ou qui reconnaîtront ces changements, et développeront alors de nouvelles capacités pour y faire face. Il y a une infinité de catégories de personnes pour lesquelles ce qui est en train de se passer actuellement dans le monde du travail est un bénéfice : les salariés qui doivent faire une heure de route pour aller travailler, les personnes particulièrement introverties, les parents célibataires… En revanche, ceux qui se nourrissaient, se ressourçaient dans leur environnement professionnel, ont été lésés et souffrent désormais de l’isolement. »

Et pour cause, la crise du Covid-19 a eu un impact majeur sur les modes de travail partout dans le monde, y compris au Maroc, rappelle Nawal Khayatei, associée chez Valyans Consulting. « L’impact le plus visible est évidemment l’adoption du télétravail durant et après le confinement. Aujourd’hui, nous avons des collaborateurs qui se plaignent de confusions croissantes entre vie personnelle et professionnelle. Les deux ont effectivement lieu dans le même espace, et la fin des heures officielles de travail n’est plus considérée comme un moment de coupure », observe-t-elle.

Et d’ajouter : « On constate par ailleurs un sentiment d’isolement et de perte d’appartenance à l’entreprise, ainsi qu’une dégradation de la qualité de la relation avec les collègues. Et aussi, de plus en plus de salariés qui se posent la question du sens : pourquoi je fais tel travail, à quoi sert-il ? Le bien-être est également devenu une priorité absolue dans le choix des collaborateurs. Selon le retour de plusieurs employeurs, les potentielles recrues interrogent de plus en plus les usages des entreprises en termes de flexibilité et de respect de l’équilibre personnel et professionnel. »

Il n’empêche que, selon Nawal Khayatei, le télétravail reste « bon pour la productivité des collaborateurs ». Plusieurs raisons ont été invoquées. « Nombre de salariés disent être moins dérangés par les interruptions fréquentes inhérentes à la vie de bureau. Pour des personnes habituées à une certaine autonomie, le télétravail a été un catalyseur de productivité, car ce sont désormais elles et elles seules qui choisissent leurs heures de travail. Certaines entreprises ont aussi mis en place des prérequis pour maintenir un bon niveau de productivité, notamment le fait d’instaurer tous les nouveaux outils collaboratifs, qui existaient mais n’étaient pas très utilisés, pour améliorer l’expérience utilisateur par rapport à ce travail à distance. L’idée, c’est que le collaborateur puisse accomplir l’ensemble de ses activités professionnelles à distance. »

Développement de la personne ou développement personnel ?

Au concept de développement personnel, Mouhcine Ayouche, fondateur associé du cabinet BMH Coach, spécialisé dans le coaching professionnel, préfère le concept plus rigoureux de « développement de la personne », inspiré de l’ouvrage éponyme du psychologue américain Carl Rogers.

« Il s’agit du développement de la personne sur au moins cinq dimensions liées les unes aux autres : la dimension physique, mentale (l’équilibre psychique), sociale (les liens que nous tissons avec les autres), émotionnelle et spirituelle – celle du sens ; comment nous vivons, comment nous nous réalisons à ces cinq niveaux. Il faut rester vigilant à ne pas cantonner le développement personnel à quelques activités. Car ce n’est pas l’activité en tant que telle qui compte, mais ce qu’il y a derrière », explique Mouhcine Ayouche.

Mais qu’est-ce que donner du sens ? « Donner du sens, dans l’absolu, c’est un chemin que nous sommes constamment appelés à faire », souligne de son côté Amel Sebti. « Une fois nos besoins primaires comblés, nous allons naturellement vers une quête de sens. Ce qui va déterminer le fait d’avoir pleinement vécu sa vie, c’est la rencontre de ce sens », ajoute-t-elle.

Amel Sebti estime également que l’être humain est « anatomiquement, biologiquement équipé pour cette quête de sens ». Elle s’en explique. « Au niveau cérébral, le cortex cingulaire est celui dont le rôle est de trouver du sens, de l’ordre dans ce que nous faisons. Notre cerveau est sensiblement séparé en deux systèmes : une partie axée sur la survie, qui est dans l’immédiateté des réactions, dans des automatismes physiques, comportementaux et émotionnels. L’autre partie de notre cerveau, c’est celle qui veut que les choses aient du sens : pourquoi, comment, qu’est-ce que je veux ? C’est l’insatisfaction de cette partie-là qui nous conduit à des dysfonctionnements. »

Le confinement, une prise de conscience

Amel Sebti souligne le fait que « beaucoup de chercheurs parlent aujourd’hui d’une crise anthropologique. Ce qui est en train de se passer, c’est une révolution anthropologique. Nous sommes dans l’une des phases les plus complexes de notre histoire. Il y a deux niveaux de changement : le premier est brutal, inattendu – exactement de l’ordre de ce qui s’est passé avec le confinement. C’est un évènement qui va nous conduire à développer des mécanismes d’adaptation. Au final, notre seule urgence dans ce premier type de changement, c’est de préserver notre survie et nos acquis. Il n’y a pas de place pour la recherche de sens. Aujourd’hui, nous vivons un changement du système tout entier : les valeurs, l’éducation, le travail… Ceux qui réussiront ne sont pas nécessairement les plus forts, mais ceux qui auront su s’adapter. »

Mouhcine Ayouche de compléter : « Ce qui pose problème, c’est la signification du terme 'sens' lorsque nous parlons de quête de sens ! C’est un mot polysémique. Sauf que nous sommes là dans le registre du questionnement existentiel – c’est aussi le propre de l’être humain –, et ce questionnement est plus percutant, plus urgent, plus pressant, lorsqu’il y a des évènements existentiels. Or l’humanité, depuis le 20 mars 2020, date du premier confinement au Maroc, vit un évènement existentiel inédit. Le monde entier s’est retrouvé enfermé chez lui ! C’est donc tout à fait normal de se poser la question du sens. La seule différence réelle entre l’homme et les autres espèces vivantes, c’est que nous sommes des chercheurs de sens, et ce depuis l’aube de l’humanité. Nous sommes des êtres vivants chercheurs de sens et avons la capacité de le construire… mais cela ne signifie pas que nous utilisons cette capacité. Aujourd’hui, il y a une prise de conscience. »

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Le 27 décembre 2021 à 12h11

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