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Coronavirus

Rumeurs de couvre-feu : “La situation sanitaire actuelle ne le justifie pas” (experts)

Selon deux membres du comité scientifique élargi anti-Covid, joints par Médias24, la situation épidémiologique actuelle est stable mais précaire. Seuls la vaccination et le respect des gestes barrières pourront empêcher la mise en place de nouvelles restrictions sanitaires.

Rumeurs de couvre-feu : “La situation sanitaire actuelle ne le justifie pas” (experts)
Ph. MAP
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Le 17 décembre 2021 à 17h27 | Modifié 17 décembre 2021 à 18h49

Les rumeurs circulent à grande vitesse sur les canaux digitaux depuis mercredi. Une d'entre elles annonce un couvre-feu de 21h à 5h dès lundi prochain, le 20 décembre. L'autre, pour ce samedi. La troisième, pour ce dimanche, avec un léger changement d'horaire. Et ainsi va la rumeur...

Ce vendredi 17 décembre, une source sûre a indiqué à Médias24 "qu'aucune décision quant à l'instauration d'un couvre-feu n'a été prise pour le moment", ce qui ne signifie nullement qu'une telle décision ne sera pas prise ultérieurement.

Cela dit, après l’apparition au Maroc du premier cas Covid à Omicron, faut-il s’attendre à la mise en place de restrictions supplémentaires, notamment nocturnes ou liées aux déplacements intervilles ? La situation épidémiologique justifie-t-elle de nouvelles restrictions et/ou un retour du couvre-feu ?

Joints par Médias24, le Pr Saïd Motaouakkil, membre du Comité scientifique et technique sur le Covid, et le Dr Saïd Afif, membre du Comité scientifique de la vaccination, estiment que la situation épidémiologique actuelle ne nécessite pas l’instauration de nouvelles restrictions sanitaires. Cependant, seuls le respect des gestes barrières et la vaccination pourront éviter le retour aux mesures restrictives.

"La situation épidémiologique est stable mais précaire"

"Pour l’instant, la situation épidémiologique est relativement stable. Nous sommes dans une zone épidémiologique verte, malgré l’augmentation substantielle des cas positifs ces derniers jours", déclare le Pr Motaouakkil.

"Depuis deux semaines, nous assistons à une légère augmentation des cas Covid, avec un indice de positivité des tests qui dépasse 1,5%. Le variant prépondérant au Maroc est le Delta et le nombre de décès se situe entre 0 et 4 par jour. Le taux d’occupation des lits de réanimation est, quant à lui, inférieur à 2%. Sur le plan épidémiologique, ceci traduit une situation assez confortable, mais précaire", ajoute-t-il.

Précaire, parce que, selon le Pr Motaouakkil, "nous risquons à tout moment d’être déstabilisés et d'entrer dans une autre vague". Que ce soit en raison du "premier cas autochtone du variant Omicron" ou de la "menace de la vague européenne".

"La troisième dose permet de se protéger dans 75% des cas"

"Des mesures, assez restrictives, ont été mises en place au niveau du territoire national, notamment pour retarder ou du moins aplatir l'entrée d'une nouvelle vague. Mais la fermeture des frontières ne durera pas indéfiniment." C’est pourquoi il est "essentiel" de respecter les gestes barrières, à savoir "le lavage des mains toutes les trente minutes, ainsi que le port du masque à changer toutes les quatre heures".

Le Pr Motaouakkil souligne que ces mesures sont, "selon une récente étude britannique, efficaces à plus de 90% contre tous les variants et tous les virus".

De plus, notre interlocuteur insiste sur l’importance de "reprendre le chemin de la vaccination". Selon lui, "même si Omicron pose des problèmes au niveau de l’efficacité des vaccins, la troisième dose permet de se protéger dans 75% des cas. Une donnée notable pour tous les vaccins, même contre le variant Omicron".

De son côté, le Dr Saïd Afif indique que parmi les plus de 65 ans qui devraient recevoir leur troisième dose, seuls 27% d’entre eux l’ont effectivement reçue.

Un chiffre inquiétant pour notre interlocuteur, qui rappelle que le nombre de lits de réanimation au Maroc est de 5.500. "Si, par exemple, 3.000 personnes, parmi les plus de 65 ans qui n’ont pas reçu leur troisième dose, font des formes graves, notre système de santé sera débordé. Et la conséquence serait la mise en place de restrictions nocturnes ou de la vie quotidienne."

"Nous n’enregistrons pas beaucoup de décès car, pour l’instant il n’y a pas de nombreux cas sévères. Néanmoins, 11 cas sévères ont été enregistrés hier, 16 décembre. Il s’agit d’un signal d’alarme, en plus du premier cas Omicron détecté", alerte-t-il. Il indique que 4 millions de personnes n’ont pas encore reçu les première et deuxième doses, en plus de 4 autres millions qui sont au stade de la troisième dose mais ne l’ont pas encore reçue.

Nos deux interlocuteurs donnent l’exemple du Royaume-Uni qui, depuis l’apparition du variant Omicron, enregistre plus de 70.000 cas quotidiennement.

"Nous devons préserver nos acquis, car aujourd’hui nous nous trouvons dans une zone confortable bien que précaire. Nous pouvons, à tout moment, être frappés par une nouvelle vague du Delta ou de l’Omicron, qui sévit notamment en Angleterre en raison de sa transmissibilité", souligne le Pr Motaouakkil.

"L’Angleterre dispose d’un système sanitaire développé et se retrouve pourtant presque dépassée. Que dire d’un pays comme le Maroc dont les structures sanitaires sont insuffisantes ?", s'interroge de son côté le Pr Afif.

"Nous demandons un sursaut de citoyenneté, pour que chacun de nous prenne ses responsabilités. Si les citoyens ne respectent pas les mesures barrières et ne se font pas vacciner, ils nuisent à l’ensemble de la population. Nous ne sommes pas prêts à revenir à davantage de restrictions, tant sur le plan psychologique qu’économique. L’arrêt des vols a déjà eu un impact sur l’économie, surtout sur le secteur touristique", ajoute le Dr Saif Afif.

"Avec ou sans nouvelles restrictions, les hôtels resteront vides"

Le secteur touristique, qui agonise depuis 2020, ne compte plus sur le tourisme local. Selon un opérateur touristique qui requiert l'anonymat, "avec ou sans nouvelles restrictions, les hôtels resteront vides, même durant les vacances du Nouvel an".

"Personne ne souhaite passer le Nouvel an seul dans un hôtel, encore moins s'il y a un couvre-feu. Les gens se dirigeront vers l'informel, en louant des villas et des appartements pour fêter le réveillon. Ceci joue en défaveur des hôteliers qui ont vainement mis en place toutes les mesures sanitaires, mais aussi de la santé générale de la population, puisque ce genre de rassemblement n'obéit à aucune précaution sanitaire", déplore notre interlocuteur.

"La fermeture des frontières a, à elle seule, signé la mort du secteur touristique. Une telle mesure était compréhensible en mars 2020, mais depuis, nous avons des vaccins, des masques, du gel hydroalcoolique, ainsi que des moyens de dépistage. Il aurait fallu renforcer le contrôle des arrivées, à l'instar des États-Unis et des Émirats arabes unis. Il existe de nombreux dispositifs et plusieurs alternatives qui peuvent être mis en place sans recourir à la suspension des vols qui nuit au secteur", conclut la même source.

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Le 17 décembre 2021 à 17h27

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