Une première : le Trésor garde un matelas de 3 milliards de dollars à la Banque centrale

Malgré deux années de crise sans précédent, un confinement de trois mois dont le coût est estimé à 1 MMDH de PIB/jour, des dépenses importantes et des recettes en moins, le Maroc a réussi à boucler son budget sans toucher à des leviers importants, comme la LPL et les 11 MMDH des DTS du FMI, et même sans levée sur le marché financier international en 2021. Comment ? Réponses.

Une première : le Trésor garde un matelas de 3 milliards de dollars à la Banque centrale

Le 7 décembre 2021 à 21h03

Modifié 8 décembre 2021 à 18h59

Malgré deux années de crise sans précédent, un confinement de trois mois dont le coût est estimé à 1 MMDH de PIB/jour, des dépenses importantes et des recettes en moins, le Maroc a réussi à boucler son budget sans toucher à des leviers importants, comme la LPL et les 11 MMDH des DTS du FMI, et même sans levée sur le marché financier international en 2021. Comment ? Réponses.

Sur le front de la gestion de la pandémie, nous avons pu relever les efforts déployés par le personnel de santé, les forces de l’ordre, les agents du ministère de l’Intérieur, chacun dans son domaine. Nous avons salué leur dévouement et continuons de le faire, aujourd’hui encore.

Les équipes du ministère des Finances sont également montées au front, et leurs efforts, bien que peu visibles et peu médiatisés, ont permis au Maroc de traverser cette période de crise sanitaire sans dégâts majeurs sur le volet financier.

En deux années de crise grave, le Maroc n’a pas pioché dans les 30 milliards de DH (MMDH) de la ligne de précaution et de liquidité (LPL), dont le tirage a été fait en 2020, et n’a pas utilisé les 10,9 MMDH de l’allocation de droit de tirage spécial (DTS), accordés par le Fonds monétaire international (FMI) en août 2021 à ses membres pour soutenir leurs finances.

Il s’est même permis le luxe de rembourser, fin 2020, le tiers de la LPL, soit un milliard d’euros.

Dans un contexte de pression budgétaire avec des recettes mitigées et des dépenses incompressibles, la grande interrogation reste incontestablement la suivante : comment les finances vont-elles boucler l’année, et comment se fait-il que ces leviers, totalisant des dizaines de milliards de dirhams, n’aient pas été exploités ?

Le besoin de financement est de 12,5 milliards de DH en décembre

L’année 2021 touche à sa fin sans que le Trésor n’ait eu recours jusqu’à présent à une levée internationale, ni au grand emprunt national qui fut un moment projeté. Selon une source sûre, il n’est pas impossible que le marché financier international soit sollicité, mais uniquement s’il y a une opportunité exceptionnelle.

Selon son dernier communiqué, la Direction du Trésor et des finances extérieures informe les investisseurs que le besoin de financement, au titre du mois de décembre 2021, qui sera servi par le recours au marché des adjudications des valeurs du Trésor, portera sur un montant se situant entre 12 et 12,5 milliards de dirhams.

Ainsi, le ministère des Finances semble clôturer l’année en cours dans la sérénité et sans aucun stress. Et sans non plus recourir ni aux levées internationales, ni au grand emprunt national qui était très attendu après les élections.

Selon nos informations, de 60 MMDH en 2020, le financement extérieur comptabilisera environ 20 MMDH cette année.

« L’année est pratiquement terminée. Nous sommes à trois semaines de la fin 2021 et nous sommes sereins par rapport au bouclage de l’année. Nous n’avons rencontré aucun problème en particulier ; cela se voit sur les conditions de marché », commente une source au ministère des Finances.

« Preuve en est des taux qui ont baissé. S’il y avait des tensions sur le marché pour boucler l’année, les taux d’intérêt auraient augmenté. Depuis le début de l’année, globalement, nous avons des taux en baisse de 20 à 30 points de base. C’est l’indicateur qui montre s’il y a des tensions ou pas. Pour les adjudications, il y a plus de demandes en titres que de besoins du Trésor. Elles sont couvertes en moyenne à 2,6 fois », poursuit notre source.

« Bien que le financement extérieur ait baissé et que l’essentiel ait été mobilisé sur le marché intérieur, les taux d’intérêt ont baissé. Cela montre qu’il n’y a aucune tension, ni problème de financement », insiste notre source.

« Le budget est quasiment bouclé. Nous sommes confiants sur le fait que le marché répondra au besoin des 12 MMDH exprimés. Pour le reste, nous sommes plus dans une logique de gestion de trésorerie », précise notre source.

La LPL et les DTS, les intouchables assurances contre la crise

Si les leviers de la LPL et de la récente allocation de DTS n’ont pas été utilisés et que l’emprunt national n’a pas été actionné, c’est parce que, malgré l’augmentation des besoins en financement en raison de la crise, « ce besoin a pu être couvert par les instruments classiques que sont le marché domestique (les adjudications des bons du Trésor), les bailleurs de fonds et le marché international », explique notre source.

« Nous n’avons pas d’impératif ou d’obligation d’utiliser ces leviers. Nous avons pu gérer en bon père de famille les finances publiques de l’État sans alourdir son endettement, autant que faire se peut, avec des instruments autres que les moyens conventionnels. Dès que ces instruments [LPL, allocation DTS] sont utilisés, ils se transforment en endettement », poursuit notre source.

En 2020, le Maroc a pu doubler ses levées à l’international. « Nous sommes pratiquement passés à 62 MMDH alors que nous étions sur un potentiel de 31 MMDH. Nous avons fait deux émissions, la même année. La première en septembre 2020, qui a porté sur 1 milliard d’euros, et la seconde en décembre, qui a porté sur 3 milliards d’euros. Comme ce dernier emprunt est intervenu en fin d’année, il a aussi préfinancé une partie du budget 2021 », nous explique-t-on.

« Le tirage de la LPL a été fait pour répondre à un besoin de gestion de risque, et non pour le financement du budget de l’État. Il y avait des craintes d’une baisse considérable de notre matelas de devises, qui constitue un risque pour la balance des paiements dans un temps de crise. C’était un risque probable. L’idée était de ne pas l’utiliser pour financer les besoins de l’État. D’autant qu’il y avait les fonds Covid, qui ont mobilisé 34 MMDH disponibles comme trésorerie, utilisés de manière progressive et qui constituaient donc une marge pour l’État. »

Ce qui a également aidé le Maroc dans la gestion de ses finances, c’est la stratégie d’anticipation et de suivi. Très tôt, il a mis en place des scénarios d’évolution de la crise et, en regard, les leviers possibles. « Ces scénarios de départ se sont avérés par la suite trop pessimistes par rapport à l’impact sur les recettes. Les transferts MRE ont par exemple créé la surprise, donc nous n’avions pas besoin d’utiliser la LPL. D’une part, nos sources de financement étaient disponibles et, d’autre part, nous ne voulions pas accroître notre endettement », poursuit notre source.

Que devient donc l’argent de la LPL et celui de l’allocation DTS ? Selon nos sources, ces deux mannes financières sont toujours disponibles et déposées à la Banque centrale.

« Les 2 milliards d’euros sont encore chez Bank Al-Maghrib, au cas où ! », nous dit-on. « Il n’y a pas d’utilisation prévue pour le budget de l’État. Pour la LPL, le seul usage convenu est exclusivement la prévention de tout choc exogène ou pression sur les devises. C’est une assurance contre un risque potentiel, que nous gardons sous la main car nous restons dans un environnement instable et incertain avec le Covid qui se poursuit, et la hausse des cours des matières premières », explique notre source.

Comme tous les pays du monde, nous ne sommes pas encore sortis de la zone de risque.

Une réflexion est menée au sujet des DTS

Pour ce qui est des DTS, plus récemment débloqués, notre source précise que dans ce cas-là aussi, le même principe que la LPL prévaut. « L’État a ses moyens de financement. En plus, le besoin de financement de 2021 n’est pas aussi énorme qu’en 2020. Utiliser ce levier revient à dire que nous avons épuisé nos sources de financement, alors que le marché continue à fonctionner, que nos bailleurs de fonds continuent à nous financer. Nous n’avons pas besoin d’actionner cet instrument. Il sera actionné en cas de besoin », commente notre interlocuteur.

Ce dernier nous confie « qu’il y a une réflexion en interne sur le meilleur moyen d’utiliser cette manne de façon optimale tout en gardant un œil sur le niveau de nos avoirs extérieurs. Il ne faut pas utiliser ces DTS au détriment du matelas de devises, puisque le risque de chocs exogènes est toujours là. Il faut un équilibre entre le maintien d’un matelas confortable et suffisant de devises pour faire face aux risques et, en même temps, voir les possibilités de son utilisation optimale ».

Certains pays africains ont utilisé les allocations DTS pour rembourser des dettes ou financer des dépenses courantes. « Nous ne sommes pas dans cette configuration. Si on l’utilise, cela sera dans le cadre de l’optimisation, et non pas parce qu’on a un besoin de financement », précise-t-il.

Les financements innovants, une contribution encore minime

Qu’en est-il alors des financements innovants ? Contribuent-ils comme attendu au financement du budget ?

Selon nos sources, pour 2021, le montant des financements innovants a été ramené à 10 MMDH [au lieu des 12 MMDH initialement inscrits dans le budget], dont 3,5 MMDH ont déjà été encaissés. D’autres opérations, d’un montant supérieur, sont attendues d’ici la fin de l’année.

« Les financements innovants sont un moyen de financement non générateur d’endettement. Ils permettent de réduire le besoin de financement. Mais, pour le moment, nous sommes sur des volumes limités, 10 MMDH, sur un volume de levée qui peut dépasser 150 MMDH. Le montant actuel permet d’alléger le besoin sur une période donnée », conclut notre source.

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