Recherche biomédicale : ce qu’il faut savoir sur la première biobanque marocaine

La Bro Biobank est la première biobanque créée au Maroc par l’Université Mohammed Ier d’Oujda. Dotée d’un budget de fonctionnement annuel de 100.000 DH, elle aspire à révolutionner la recherche biomédicale au Maroc. Qui est derrière ce projet ? Combien a-t-il coûté ? À quoi sert-il concrètement ? Les réponses avec le Pr Yassine Zarhloule, président de l’université.

Recherche biomédicale : ce qu’il faut savoir sur la première biobanque marocaine

Le 6 décembre 2021 à 18h07

Modifié 6 décembre 2021 à 19h32

La Bro Biobank est la première biobanque créée au Maroc par l’Université Mohammed Ier d’Oujda. Dotée d’un budget de fonctionnement annuel de 100.000 DH, elle aspire à révolutionner la recherche biomédicale au Maroc. Qui est derrière ce projet ? Combien a-t-il coûté ? À quoi sert-il concrètement ? Les réponses avec le Pr Yassine Zarhloule, président de l’université.

Une équipe de chercheurs marocains a installé, en novembre 2015, une biobanque dans la région de l’Oriental.

Dénommée « Bro Biobank », cette structure est installée au sein de l’unité de génétique de la Faculté de médecine et de pharmacie d’Oujda, « mais elle relève de l’Université Mohammed Ier d’Oujda », nous fait savoir son président, Yassine Zarhloule, joint par Médias24.

Elle est organisée sous la forme d’un laboratoire de cytogénétique, d’un laboratoire de biologie moléculaire et d’une salle disposant de plusieurs congélateurs pour stocker les échantillons. Son objectif principal est de promouvoir la recherche biomédicale, mais aussi d’inclure les ethnies marocaines et maghrébines dans les études biomédicales internationales.

En décembre 2020, les travaux de cette équipe de chercheurs avaient été présentés dans une étude intitulée « La première biobanque du Maroc : création, enjeux éthiques, opportunités de recherche biomédicale et défis ».

Un investissement global de 10 millions de DH

« La mise en place de cette unité, qui est actuellement opérationnelle, a nécessité deux années de travail acharné », nous confie Yassine Zarhloule. « Un investissement global de 10 millions de DH pour sa construction et son équipement a été alloué par l’Université Mohammed Ier d’Oujda. Pour son fonctionnement, un budget annuel de 100.000 DH a été approuvé par le conseil de ladite université. »

« Nous aspirons par ailleurs à débloquer d’autres budgets durant les prochaines années, dont les montants doivent être validés par ce même conseil, afin de renforcer cette biobanque en termes de compétences et d’équipements notamment. »

Concrètement, qu’est-ce qu’une biobanque ?

Selon l’étude publiée en décembre 2020, réalisée par Mohammed Bellaoui, membre de l’unité génétique, et son équipe, « une biobanque est une structure qui stocke des échantillons biologiques associés à des données médicales et à des informations personnelles des donneurs ».

« Au cours des dernières décennies, les biobanques se sont considérablement développées. Des centaines ont été créées dans de nombreux pays pour fournir des milliers d’échantillons biologiques humains provenant de patients et/ou de personnes en bonne santé à des programmes de recherche. Ces ressources sont devenues des outils indispensables pour la recherche biomédicale : les biobanques ont été utilisées par les chercheurs pour faire progresser le traitement et la prévention de nombreuses maladies, et développer des tests de diagnostic innovants », lit-on dans l’étude.

« Concrètement, c’est une banque qui collecte des échantillons de différents éléments, tels que le plasma, le sang, les urines, les globules blancs et autres, qui sont stockés pour pouvoir être utilisés ultérieurement par des chercheurs », nous explique le Pr Zarhloule.

Plus de 5.000 échantillons à la Bro Biobank

Il existe différents types de biobanques dans le monde. Certaines collectent des échantillons sur des donneurs sains, d’autres se concentrent sur une maladie spécifique, d’autres encore se penchent sur différentes maladies.

La Bro Biobank d’Oujda, « la première au Maroc », insiste le Pr Yassine Zarhloule, dispose, elle, de plus de 5.000 échantillons, dont « plus de 2.000 prélevés sur des donneurs sains, représentatifs de l’est du Royaume, et qui peuvent donc être utilisés pour approfondir la compréhension des facteurs qui prédisposent cette population à différentes maladies ».

« En effet, ces échantillons permettront l’étude et le suivi à long terme de l’évolution naturelle de diverses maladies dans la population de l’est du Maroc. De plus, cette cohorte est très importante dans la détermination de la fréquence des personnes porteuses des troubles autosomiques récessifs ; celle-ci étant très élevée dans la région de l’Oriental en raison de la forte prévalence de mariages consanguins », soulignent les chercheurs.

En plus d’échantillons de donneurs sains, la biobanque marocaine récolte et stocke des échantillons de patients atteints de diverses maladies, dont la majorité provient de patients atteints de maladies rares. « Au cours des cinq dernières années, notre unité génétique était le seul laboratoire de l’est du Maroc à proposer des tests cytogénétiques pour les anomalies chromosomiques et des tests moléculaires pour des troubles monogéniques, ce qui a permis de disposer de nombreux échantillons lors des soins cliniques de routine des patients. Des exemples de ce type d’échantillons, qui ont été mis en banque, comprennent les hémoglobinopathies, les déficiences intellectuelles syndromiques et de nombreuses autres maladies génétiques », poursuivent les chercheurs.

« En raison effectivement du taux encore très élevé de mariages consanguins au Maroc, les troubles génétiques humains sont répandus, mais demeurent non caractérisés. Et pour cause, les ressources de la recherche au Maroc étant limitées, les études sur les troubles génétiques humains sont confrontées à d’importants défis », relève l’étude. « Par conséquent, la Bro Biobank est d’une grande valeur, car elle offre des avantages uniques dans l’étude des familles consanguines et dans l’identification des gènes associés aux troubles génétiques humains au Maroc. »

Notons que ces différents échantillons ont été collectés auprès de patients au niveau des services médicaux et chirurgicaux de deux grands centres de santé de la ville d’Oujda : le CHU Mohammed VI et l’Hôpital régional d’El Farabi. Concernant les individus sains, les prélèvements ont été réalisés au Centre régional de transfusion sanguine d’Oujda, et lors des campagnes de don de sang dans les autres villes de la région de l’Oriental.

Les principaux intervenants dans ce projet

Une biobanque doit harmoniser un certain nombre d’étapes : la collecte d’échantillons biologiques ; le traitement, le stockage et le contrôle de la qualité de ces échantillons ; la gestion d’informations médicales, et la fourniture de ces échantillons à des programmes médicaux. Par conséquent, la biobanque nécessite une coordination entre de nombreuses parties prenantes telles que les donneurs, les cliniciens, les infirmières, les techniciens de laboratoire, les scientifiques et les prestataires de soins de santé.

Toutefois, la réussite de la Bro Biobank dépend essentiellement de trois types d’intervenants clés, « dont, en premier lieu, les chefs de services du CHU ainsi que les professeurs de la Faculté de médecine d’Oujda, qui donnent l’accès à l’équipe de l’unité génétique pour prélever les échantillons », souligne le Pr Zarhloule.

« Le second acteur est le patient, qui doit être consentant ; le troisième est l’équipe de l’unité génétique elle-même. »

Au Maroc, les biobanques restent un concept nouveau et sont donc encore méconnues du grand public. L’absence de communication peut rendre difficile le recrutement de patients.

Vers la digitalisation de la Bro Biobank

Pour l’instant, d’après notre interlocuteur, « aucun projet similaire n’est programmé dans d’autres régions ». Mais il s’agit d’une structure importante, dont chaque région du pays doit se doter.

Pour ce qui est de la Bro Biobank, l’Université Mohammed Ier d’Oujda aspire à « débloquer de nouveaux budgets dans les années à venir, pour renforcer l’action de cette unité, soit par de nouvelles compétences, soit en finançant des actions nouvelles, dans le but d’encourager la recherche médicale ».

« L’année prochaine, nous prévoyons par ailleurs de réhabiliter de nouvelles salles pour les rendre conformes aux normes internationales de la biobanque », ajoute notre source, qui appelle d’autres partenaires, tels que l’État ou les collectivités locales, à participer au développement de ce projet.

Cette structure prévoit également « d’échanger ses échantillons avec d’autres biobanques à travers le monde. Nous avons des pathologies qui n’existent pas dans d’autres pays étrangers. On leur donnera ainsi le sang ou le tissu collectés dans l’est du Maroc pour accélérer la recherche sur des choses qui n’existent pas chez eux ».

Le Pr Zarhloule envisage aussi de mettre le cap sur le digital. « Dans un avenir proche, nous allons digitaliser et robotiser cette structure, pour un accès plus facile à l’information. »

Enfin, notre interlocuteur souligne le manque de réglementation dans ce domaine. « Il n’existe aucune loi sur la création des biobanques au Maroc, puisque la première expérience a été menée par nos soins à Oujda. Le Maroc doit faire un effort dans ce sens. Dans nos travaux, nous nous référons à différentes lois éparpillées, comme celles sur l’éthique, le don d’organes et la protection de la vie privée. La biobanque a besoin de consolider l’ensemble de ces lois. »

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