Déficit budgétaire : une baisse en pourcentage mais une hausse en valeur absolue

Si le déficit budgétaire baissera comme prévu par le PLF 2022 à 5,9%, il s’inscrit cependant en hausse en valeur absolue par rapport à l’année précédente, avec un creusement de 1,5 milliard de DH. A quel chiffre faut-il se fier ? Au déficit en pourcentage du PIB, qui dépend d’un effet dénominateur, ou au déficit en dirhams, qui montre le véritable chiffre du décalage entre les dépenses et les recettes de l’Etat ? Explications.

Séance plénière consacrée à la présentation du projet de lois de finances au titre de l'année budgétaire 2022

Déficit budgétaire : une baisse en pourcentage mais une hausse en valeur absolue

Le 15 novembre 2021 à 16h42

Modifié 16 novembre 2021 à 17h22

Si le déficit budgétaire baissera comme prévu par le PLF 2022 à 5,9%, il s’inscrit cependant en hausse en valeur absolue par rapport à l’année précédente, avec un creusement de 1,5 milliard de DH. A quel chiffre faut-il se fier ? Au déficit en pourcentage du PIB, qui dépend d’un effet dénominateur, ou au déficit en dirhams, qui montre le véritable chiffre du décalage entre les dépenses et les recettes de l’Etat ? Explications.

Dans son PLF 2022, le gouvernement Akhannouch présente un budget expansionniste, où toutes les grandes masses augmentent, les dépenses comme les recettes. Le tout avec un déficit budgétaire qui s’améliore, passant de 6,2% à 5,9% selon les prévisions du département des Finances.

Une véritable prouesse quand on sait que les dépenses de l’Etat vont fortement augmenter en 2022 pour financer l’Etat social qui se met en place, et que le gouvernement veut couvrir en grande partie en augmentant la pression fiscale, notamment sur les entreprises.

>>> PLF 2022 : Voici les principaux chiffres du budget de l’Etat – Medias24

Intervenant samedi 13 novembre à la première Chambre pour défendre son PLF, dans un dernier round avant le basculement du projet de budget chez les conseillers, Nadia Fettah a notamment mis le doigt sur cette équation qu’elle a eu à résoudre dès sa prise de fonction.

« D’un côté, nous devions chercher des ressources supplémentaires pour couvrir les dépenses ordinaires incompressibles (masse salariale, compensation, dépenses de fonctionnement, etc.) afin de sortir avec un solde ordinaire positif pour la première fois depuis deux années », explique-t-elle.

« Nous devions, aussi, respecter nos engagements dans le programme gouvernemental en augmentant de 9 milliards de DH les dépenses d’investissement. Et de l’autre côté, réduire le déficit budgétaire de 6,7% à 5,9% du PIB », a-t-elle ajouté.

Le solde ordinaire redevient positif pour la première fois depuis le début de la crise

Quand on analyse la structure du budget, et ce qui est affiché comme prévision pour 2022, Nadia Fettah tient son équation. Et prévoit un solde ordinaire de 1,3 milliard de dirhams, contre -10 milliards en 2021 et -14 milliards en 2020.

« Le passage à un solde ordinaire positif est une grande avancée », note un spécialiste des questions budgétaires joint par Médias24. « Ce solde exprime la différence entre les recettes de l’Etat et ses dépenses hors services de la dette. Il est très significatif sur l’équilibre d’un budget et est l’un des indicateurs que surveillent de près les bailleurs de fonds nationaux et internationaux ainsi que les agences de notation », explique notre source.

Passant donc en zone verte, ce solde ordinaire reste toutefois loin, très loin, des soldes enregistrés avant la crise du Covid-19. En 2019, il était de 13,2 milliards de dirhams après un excédent de 20,9 milliards en 2018. Ce qui est tout à fait logique au vu des effets de la crise sur le budget de l’État, l’augmentation massive des dépenses face à la chute brutale des recettes fiscales.

Sur ce point, Nadia Fettah est parvenue à inverser une pente dangereuse, car un solde ordinaire négatif signifie tout simplement que l’Etat n’arrive même pas à financer son train de vie normal. Et recourt ainsi à l’endettement pour boucler les fins de mois, payer les salaires des fonctionnaires et faire face aux charges courantes de la gestion de la chose publique. En langage d’entreprise, ce scénario signifie que le business tourne mal et que la banqueroute n’est pas très loin.

Une prouesse que Nadia Fettah a réalisée essentiellement en augmentant de manière frappante les recettes fiscales de l’État, dans toutes leurs composantes (voir tableau 1), avec notamment une grosse ponction sur les bénéfices des entreprises, à travers l’IS, qui financera l’essentiel de l’expansion budgétaire du gouvernement.

>>>Les dispositions fiscales du PLF 2022 : les entreprises vont-elles sauver le budget ? – Medias24

Le déficit budgétaire se creuse de 1,5 milliard en valeur absolue

Ce retour à un solde ordinaire positif, pour la première fois depuis deux ans, s’accompagne selon les prévisions du PLF d’une amélioration du déficit budgétaire, qui passera de 6,2% en 2021 à 5,9% en 2022. Ceci dit, cette performance n’est pas due à une quelconque ingénierie budgétaire déployée par les équipes de Nadia Fattah et son collègue Faouzi Lekjaa, mais par un simple effet de dénominateur.

Preuve par le déficit en dirhams qui affiche, lui, non une baisse, comme le laisse penser le discours du gouvernement, mais une hausse de 1,5 milliard de dirhams, passant de -71,1 à -72,6 milliards de dirhams entre 2021 et 2022, après un pic de -82,7 milliards en 2020.

Là aussi, on reste loin du déficit enregistré en temps normal, qui tournait entre 2017 et 2019 entre 32 et 42 milliards de DH au maximum (voir ci-dessous le tableau 2).

Concrètement donc, le décalage entre les ressources de l’Etat et ses dépenses continue de se creuser en valeur absolue. Mais vu la croissance du PIB, qui est estimée pour le moment à 5,9% en 2021 et passera à 3,2% en 2022 selon les prévisions du PLF, le rapport entre déficit et PIB s’affiche en baisse.

« Cette baisse du déficit en pourcentage du PIB s’explique essentiellement par l’effet dénominateur, mais il y aussi un petit effet de décompression des charges courantes de l’Etat qui n’est pas à négliger. Si cet effort de rationalisation des dépenses de fonctionnement n’avait pas été fait, et au vu de la grande progression des dépenses sociales et de celles dédiées à l’investissement, ce rapport serait au moins similaire à celui de 2021 », souligne notre expert, qui pense toutefois que le gouvernement ne cherche pas à dissimuler quoi que ce soit, même si les chiffres du déficit en absolue montrent une certaine aggravation.

« On peut peut-être reprocher au gouvernement de ne pas communiquer sur ce chiffre absolu du déficit, mais il n’est pas le seul au monde à le faire. Car la norme dans le monde, c’est l’analyse du déficit en pourcentage du PIB. C’est ce qui ressort dans les règles de Maastricht comme dans tous les standards des organismes internationaux, comme le Fonds monétaire international (FMI) ou la Banque mondiale. Ce qui est tout à fait logique. Car l’on ne peut prendre un chiffre du déficit dans l’absolu comme base de raisonnement : on doit le comparer à la richesse créée. Le déficit en monnaie courante n’est pas un critère reconnu comme tel dans les analyses macroéconomiques. Il ne figure d’ailleurs dans aucune nomenclature, y compris dans la Loi de finances organique du Maroc », explique encore notre expert.

Les Etats, selon lui, jouent d’ailleurs sur deux leviers pour baisser leur déficit en entrant dans les clous des normes internationales : la compression des dépenses ou la hausse des recettes, mais aussi la réalisation de plus de croissance. « Car plus le gâteau économique est grand, moins le déficit se creuse », précise notre source.

Et pour le cas du Maroc, face aux charges incompressibles de l’État, la seule solution pour revenir à un déficit normal, c’est de chercher plus de recettes fiscales, ce qui n’est pas une sinécure, mais surtout, de produire plus de croissance.

« Le Maroc est un pays qui a encore beaucoup de marge de croissance. C’est sur ce plan que tous les efforts doivent être menés. Cela règlera la problématique des équilibres macroéconomiques, et permettra également au pays de baisser son ratio de la dette, qui devient inquiétant », souligne notre expert.

Pour lui, le Maroc s’est endetté davantage que des pays comparables dans cette crise du Covid-19, et s’approche de niveaux d’endettement qui risquent de le pénaliser sur le court terme, via les spreads de taux d’intérêts qui seront désormais appliqués sur ses nouvelles levées, mais aussi sur le moyen et le long terme, la dette engageant toute une génération.

« L’endettement des pays émergents a augmenté durant cette crise d’une moyenne de 10 points. Le Maroc a dépassé cette moyenne, son taux d’endettement est passé de 64,8% à 76,4% entre 2019 et 2020 et pourra atteindre les 80% à fin 2021, et ce malgré la croissance de 5,9% projetée pour cette année. C’est une hausse de près de 15 points en deux ans. C’est ce point qui devrait inquiéter davantage que l’évolution du déficit en dirhams », conclut notre source.

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