Les ambitions de Abdellatif Miraoui pour l'enseignement supérieur et la recherche
Le nouveau ministre et ancien membre de la Commission spéciale sur le modèle de développement veut faire de l'université publique une université 4.0, mais les défis sont importants et les marges de manœuvre limitées. Détails sur la situation de l'enseignement supérieur au Maroc et les ambitions du nouveau ministre.
Les ambitions ainsi que les défis auxquels sera confronté Abdellatif Miraoui, le ministre de l'Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l'innovation, ont été exposés lors de la présentation du budget du ministère pour 2022, en commission parlementaire.
Le nouveau ministre, qui est également l'ancien président de l'université Cadi Ayyad de Marrakech, veut en premier lieu moderniser les universités publiques marocaines, où étudient aujourd'hui plus d'un million de jeunes marocains, représentant 91% du total des étudiants dans l'enseignement supérieur au Maroc.
Moderniser l'université publique et pallier ses manquements
En effet, ces universités souffrent actuellement d'un faible taux d'encadrement pédagogique : un enseignant pour 68 étudiants en 2021/20211, contre un taux de 65 en 2020/2021. Ce taux est encore plus élevé quand il s'agit des établissements à accès ouvert, où il avoisine les 103 étudiants par enseignant.
En 2022, il est prévu de recruter 1.500 nouveaux enseignants dans les universités publiques marocaines, dont 700 seront des fonctionnaires au titre de transfert. Abdellatif Miraoui veut augmenter ce chiffre dans les prochaines années, afin de pallier le départ à la retraite de près d'un tiers du corps professoral d'ici 2024.
Les établissements à accès ouvert, qui attirent le plus les étudiants sont, sans aucun doute, les facultés de sciences juridiques, économiques et sociales. En effet, ces derniers concentrent près de la moitié des étudiants dans les universités publiques marocaines, avec un taux d'encadrement pédagogique qui monte cette fois-ci jusqu'à 217 étudiants par enseignant. Afin d'améliorer leur gestion et leur gouvernance, le ministère projette de diviser ces facultés, qui ne cessent de grossir, sur la base des deux spécialités : le droit et l'économie et gestion.
La pandémie a poussé plusieurs universités marocaines à s'équiper en studios de tournage pour produire des MOOC (cours en ligne). Le nouveau ministre veut capitaliser sur cet élan pour créer une plateforme à part entière de cours en ligne.
Plus encore, il veut se diriger vers ce qu'il appelle l'université 4.0 en misant sur la digitalisation. Un concept dont il est l'un des fervents défenseurs et qu'il veut œuvrer à concrétiser pendant son mandat. Il n'a toutefois pas donné plus d'informations, à ce stade, sur le contenu de cette réforme.
Afin de remédier au manque dans la capacité d'accueil des cités universitaires, qui n'est que d'environ 100.000 lits, Abdellatif Miraoui veut miser sur les partenariats public-privé. D'après lui, même si le ministère compte investir dans une nouvelle génération de cités universitaires, ce ne sera pas suffisant et le recours au privé sera nécessaire pour rattraper le retard.
Il veut aussi multiplier les Career centers, qui ne sont aujourd'hui qu'au nombre de trois. Ces bureaux au sein des universités qui conseillent et accompagnent les étudiants dans le choix de leur parcours professionnel, sont importants pour contribuer à l'adéquation entre la nature des profils formés et les besoins du marché du travail.
La mobilité internationale est un chantier tout aussi important pour le nouveau ministre. Ces quelques mois que l'étudiant passe à l'étranger sont importants pour forger sa personnalité et s'ouvrir à ce qui se passe dans le monde. L'ambition est donc de les multiplier et les rendre de plus en plus accessibles aux étudiants.
Il sera également question de développer la mobilité à l'échelle nationale, une sorte d'Erasmus à l'intérieur du territoire. L'étudiant marocain devra se déplacer pendant quelques mois vers d'autres universités au sein du Royaume afin de partager les expériences et mixer les cultures locales.
Abdellatif Miraoui compte également développer la validation des acquis d'expérience (VAE). Ce concept se veut comme une sorte de certification pour les personnes expérimentées et qui atteste de leurs compétences, mais qui sont démunies de diplômes universitaires. Cette VAE servira à leur ouvrir de nouvelles portes dans leur carrière professionnelle. Ce chantier étant sensible et risqué, le ministre veut être prudent dans sa mise en place, pour éviter toute déviation, dit-il.
Booster la recherche scientifique et l'innovation
Le ministre veut augmenter le nombre de docteurs par an, durant son mandant, pour développer la recherche, mais aussi pour pallier le faible taux d'encadrement pédagogique dans les universités marocaines. Dans ce sens, il compte porter les bourses d'excellence pour les doctorants, à 900 annuellement, et développer les thèses CIFRE (collaboration de recherche subventionnée au sein d'une entreprise) en coopération avec la France.
Il se félicite également que durant 2020, malgré la crise sanitaire, plus de 2.000 thèses de doctorat ont été soutenues, et que le nombre de publications scientifiques des universités marocaines indexées Scopus (un système d'indexation des revues scientifiques) a augmenté de 17% par rapport à 2019.
Le conseil national de la recherche scientifique, nouvellement créé, va également, selon lui, contribuer au développement de ce secteur. Mais le plus important pour lui est d'y drainer plus de financement. C'est la raison pour laquelle il compte développer un fonds de soutien à l'innovation, pour booster le secteur.
Abdellatif Miraoui veut surtout profiter de la mise en place du crédit impôt-recherche, une mesure qui se prépare pour le futur proche, afin de renforcer le financement des universités au profit de la recherche et de l'innovation. Il compte également développer les conventions université-entreprises pour la recherche, qui ne sont aujourd'hui qu'au nombre de 10 à l'échelle nationale.
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