Mehdi Bensaïd va créer un label du patrimoine culturel immatériel pour le protéger à l'international
Quelques semaines après sa nomination, le ministre de la Culture a initié un recensement du patrimoine immatériel marocain, qui sera labellisé à la fin du processus. Résolument optimiste quant à son utilité, Mehdi Bensaïd nous confie qu’il permettra au Maroc de se distinguer à l’international en évitant certaines appropriations étrangères.
Tout en souhaitant poursuivre le chantier de numérisation et de protection du patrimoine culturel initié par son prédécesseur Othman El Ferdaous, le nouveau ministre de la Culture a annoncé que son département allait commencer à répertorier les monuments historiques culturels, mais aussi et surtout les savoir-faires immatériels du Royaume qui font l’objet de débats sur l’origine de leurs inventeurs.
Le recensement du patrimoine immatériel, une première au Maroc
L’occasion de l’interroger pour connaître l’objectif de ce recensement qui n’a toujours pas été effectué depuis l’indépendance, ainsi que son utilité au niveau des organismes internationaux comme l’Unesco.
"Si avant mon arrivée au ministère, mon prédécesseur avait initié un énorme travail, toujours en cours, pour digitaliser tous nos monuments culturels, j’ai demandé au directeur du département du patrimoine de commencer à répertorier l’ensemble de notre patrimoine physique et en particulier immatériel."
« A terme, un label marocain pour certifier l’origine de nos savoir-faire »
"Ce recensement va s’appuyer sur des formules juridiques, en cours d’élaboration, pour mettre en place à terme un label marocain qui sera reconnu à l’international, en particulier par l’Unesco qui certifie l’origine historique des monuments physiques, mais aussi des savoirs, savoir-faire et pratiques d’un pays.
Avec ses nombreux monuments physiques comme par exemple la Tour Hassan, la Koutoubia, le Chellah, le site de Volubilis… connus et reconnus dans le monde entier, le Maroc n’a aucun problème de reconnaissance internationale de son savoir-faire architectural qui est plus que millénaire."
« Une touche marocaine qui fait l’objet de contestations, voire d’appropriations »
"A contrario, il en va différemment pour tout ce qui concerne notre patrimoine immatériel qui attise certaines convoitises, voire des contestations en faisant l’objet de polémiques infondées sur son origine.
Sachant qu'il y a eu plusieurs débats entre pays voisins sur certains savoir-faire dont chacun se dispute la paternité, nous nous devions donc de répertorier toutes les pratiques liées à notre culture", explique Bensaid en citant les polémiques sur l'origine du couscous ou du caftan.
Selon le ministre, la prochaine étape sera de les soumettre à l’Unesco pour prouver leur origine marocaine, et mettre fin aux tentatives étrangères d'appropriation d'une partie du patrimoine immatériel marocain.
Un processus qui évaluera le nombre des pratiques immatérielles du Maroc
"En effet, cette touche marocaine, qui est constitutive des trésors humains vivants, doit être formalisée grâce à des spécificités juridiques pour être reconnue une bonne fois pour toutes à l’échelle mondiale.
A la fin du processus de recensement, nous pourrons enfin chiffrer les composantes de notre patrimoine immatériel qui englobe des traditions culinaires (couscous…), artistiques (Gnaouas …), artisanales (broderies, boiseries …) et tant d’autres domaines propres à la culture de notre pays", avance le ministre qui estime que Marocains et étrangers doivent connaître l’origine des pratiques culturelles du Maroc.
« Dans le viseur, une reconnaissance internationale de toutes les composantes immatérielles du patrimoine culturel marocain »
"En répertoriant le patrimoine national, l’État veut labelliser les trésors immatériels des douze régions du pays pour obtenir une reconnaissance internationale irréfutable de ses savoir-faire et savoir-vivre locaux".
Concernant le temps nécessaire à l'obtention cette reconnaissance, Bensaïd préfère temporiser "en espérant avoir l’honneur de la négocier rapidement avec l’Unesco", soit bien avant la fin de son mandat en 2026.
"Nous sommes en train d’accélérer la cadence pour être rapidement prêt à déposer les dossiers de chaque pratique immatérielle, mais il y a aussi des processus internationaux qui ne dépendent pas de nous", conclut le ministre qui espère concrétiser ce chantier d'ici deux à trois ans.
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