F. Oualalou prône un axe « AME » dans la reconstitution des chaînes de valeur mondiales

En raison des effets de la crise sanitaire sur le commerce international, Fathallah Oualalou note que la mondialisation des chaînes de valeur est en train de faire place à leur régionalisation. Il estime que le Maroc doit, dans ce cadre, défendre l'instauration d'un axe Afrique-Méditérranée-Europe (AME).

F. Oualalou prône un axe « AME » dans la reconstitution des chaînes de valeur mondiales

Le 27 octobre 2021 à 17h15

Modifié 27 octobre 2021 à 17h15

En raison des effets de la crise sanitaire sur le commerce international, Fathallah Oualalou note que la mondialisation des chaînes de valeur est en train de faire place à leur régionalisation. Il estime que le Maroc doit, dans ce cadre, défendre l'instauration d'un axe Afrique-Méditérranée-Europe (AME).

Invité des mardis du Policy Center for the New South, Fathallah Oualalou, économiste et ancien ministre des Finances sous les gouvernements El Youssoufi et Jettou, livre sa lecture de la transformation des chaînes de valeur mondiales.

Il pense que l’Europe s’est engagée dans la poursuite de sa propre souveraineté économique, ce qui peut la pousser à favoriser les pays d’Europe de l’Est. Le Maroc doit y réagir en proposant un modèle gagnant-gagnant d’intégration de l’Afrique dans les chaînes de valeur européennes.

La recherche de la souveraineté économique renforce la tendance de la régionalisation des chaînes de valeur

Pour Oualalou, le monde se dirige actuellement vers une régionalisation des chaînes de valeur mondiales. C’est un mouvement qui s’inscrit dans le prolongement d’une transformation plutôt qu’un phénomène disruptif.

Mais la crise sanitaire a été un événement accélérateur. En causant une rupture dans ces chaînes de valeur, notamment dans le secteur pharmaceutique et dans le secteur automobile avec la crise des semi-conducteurs, elle a fait prendre conscience de la nécessité de retrouver une certaine souveraineté économique.

La tendance maintenant est à la régionalisation de ces chaînes de valeur au lieu de leur mondialisation. Ceci a commencé en Asie, plus précisément autour de la Chine qui a profité de l’occasion pour conclure des accords commerciaux avec les pays voisins de la zone pacifique.

En Europe aussi le débat est ouvert sur la relocalisation de certaines industries, notamment dans les secteurs pharmaceutique, électronique et numérique. La notion de souveraineté européenne prend de plus en plus de place dans les préoccupations du continent, jusqu’à en faire le nouveau défi de l’Union européenne. Cette idée est portée, entre autres, par le président Macron.

Le Maroc doit défendre un axe régional Afrique-Méditerranée-Europe

Des pays d’Europe de l’Est font à présent partie intégrante de l’Union européenne, ce qui peut les favoriser, d’autant plus que ces pays-là sont plus proches géographiquement de l’Allemagne qui est la locomotive industrielle de l’Europe, rappelle Fathallah Oualalou.

Le Maroc, en contrepartie, n’a qu’un statut d’associé à l’égard de l’Union européenne. Il n’empêche qu’il a le potentiel pour s’intégrer davantage dans ces chaînes de valeur européennes. Le Royaume doit donc défendre le principe d’une souveraineté partagée entre l’Europe et l’Afrique, avec la Méditerranée comme pivot.

« Le Maroc a commencé, depuis 2005, à se développer dans les secteurs de l’automobile et de l’aéronautique. Par contre, on a moins réussi dans des secteurs comme le textile », estime-t-il.

« Cela fait maintenant soixante ans que notre relation avec l’Europe se résume à un partenariat qui se base sur le libre-échange dans le domaine commercial avec, en contrepartie, des aides financières. Cela ne suffit plus aujourd’hui, il faut plutôt se partager les segments des chaînes de valeur. Comme pour Renault Tanger, où la majeure partie de la production part vers l’Europe. »

Oualalou pense que les Chinois pourraient faire de même, notamment dans la Cité Mohammed VI Tanger Tech, où ils peuvent trouver la compétitivité à proximité du marché européen.

Selon l’économiste, il faudrait concevoir un nouveau partenariat avec l’Europe, qui se fonde sur le concept de régionalisation des chaînes de valeur comprenant un axe Afrique-Méditerranée-Europe (AME).

La Méditerranée devrait d’ailleurs retrouver sa centralité et son rayonnement dans le commerce international, et ne plus être considérée comme un simple passage entre le détroit de Gibraltar et le canal de Suez.

C’est aussi de l’intérêt des Européens qui, s’ils ne partagent pas ces chaînes de valeur avec les Africains, risquent de voir s’amplifier le problème de la pression migratoire à l’avenir.

Le Maroc doit renforcer sa stratégie dans deux directions

D’après Oualalou, le Maroc a eu la chance de ne pas bénéficier de richesses souterraines. De ce fait, l’économie ne s’est pas construite sur la rente pétrolière comme dans d’autres pays arabes, mais plutôt sur l’effort et l’expertise. L’économie nationale a pu se développer et s’ouvrir naturellement.

Il considère que le Maroc a une stratégie à double sens. La première, à destination de l’Europe, constitue aujourd’hui plus de 70% de nos échanges commerciaux. « Elle est basée comme on l’a dit sur un partenariat comprenant le libre-échange, l’aide financière, la gestion de la crise migratoire, etc. » 

La deuxième stratégie, tournée vers l’Afrique, consiste à positionner le Maroc dans ces marchés d’avenir. Car si elle ne représente actuellement que 6% de nos échanges, elle a un fort potentiel de croissance. 

« C’est cette stratégie à double sens qui fait du Maroc un intermédiaire de premier choix dans cet axe AME, notamment avec la centralité du Maroc et de Tanger Med, le plus grand port de la Méditerranée. » 

Toutefois, le passage aux chaînes de valeur régionales ne devrait pas, selon Oualalou, nous porter à négliger nos relations avec le reste du monde, en Amérique et en Asie.

L’émergence du concept de chaînes de valeur mondiales

Ce concept de chaînes de valeur s’est développé à la fin du 20e siècle, et durant les vingt dernières années, rappelle Oualalou. Il a poussé les grandes entreprises, dans les pays développés, à chercher à réduire leurs coûts, et les a conduit à délocaliser une partie de leur production vers des zones où les salaires étaient beaucoup plus modestes. 

Ce phénomène est aussi en relation avec la mutation des économies de quelques pays asiatiques, qui leur a permis d’attirer des segments de la chaîne de production.

Le résultat est que ces multinationales conservent les activités de la chaîne de valeur qui sont en relation avec l’ingénierie et la conception au niveau central, dans leur pays d’origine, tout en délocalisant les autres activités dans des pays plus compétitifs en termes de salaire et de coût de la matière première.

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