Légalisation du cannabis. Les priorités d'un programme national et les erreurs à éviter (experts)
Prioriser et consulter les cultivateurs de cannabis, prévoir une stratégie de communication entre les différents acteurs, identifier les solutions... Voici l'essentiel des conseils d'experts américains participant à la conférence internationale sur le chanvre et le cannabis, organisée par l'Association marocaine consultative pour l’usage du cannabis.
Dans le cadre de la légalisation du cannabis à des fins médicales, industrielles et cosmétiques, le Maroc fait ses premiers pas dans un nouveau secteur. Il devra s’organiser, à travers la mise en place d’un programme déterminé, pour faire face aux nombreux défis socio-économiques.
S’il vise à la fois à conquérir le marché mondial et à améliorer les revenus des cultivateurs, le Maroc devra, pour atteindre ces objectifs, se pencher sur les expériences de pays étrangers ayant déjà passé cette étape transitoire vers la légalité du cannabis, et ce, tant pour s’en inspirer que pour en éviter les erreurs de parcours.
De nombreux experts américains ont répondu présents à l’invitation de l’Association marocaine consultative pour l’usage du cannabis (AMCUC) qui a organisé, du 22 au 24 octobre, la première conférence internationale relative au chanvre et au cannabis.
Voici leurs principales recommandations :
> Prioriser et consulter les cultivateurs
Pour Lezli Engelking, fondatrice de la Fondation des standards unifiés sur le cannabis, “l’essentiel est de placer les agriculteurs au premier rang”. Une recommandation sur laquelle tous les intervenants ont insisté : "Farmers first !"
Et pour cause, ils témoignent tous des difficultés que rencontrent les cultivateurs de cannabis aux États-Unis. Ceux qui, pourtant, ont “fait vivre ce secteur, pendant plusieurs années dans l’illégalité” et qui ont “longtemps été marginalisés”.
Pour Erin Kennedy, vice-présidente de la fondation, l’intégration des cultivateurs est une “opportunité pour bénéficier de leurs connaissances”, mais aussi d’améliorer leur qualité de vie.
“En Oregon, la culture du cannabis se faisait traditionnellement dans les champs, comme c’est le cas au Maroc. Depuis le lancement du “Medical Marijuana Dispensary Program” en 2014, beaucoup de serres et de cultures en intérieur ont vu le jour. Ceci a causé de nombreux problèmes et contribué à marginaliser les cultivateurs originels”, ajoute Mme Kennedy.
Selon elle, leur implication, dès la première étape, est une condition pour la réussite du programme marocain, car une des erreurs commises aux États-Unis a été d’élaborer une réglementation, sans consulter les cultivateurs, et donc sans avoir une idée concrète sur la chaîne d’approvisionnement à mettre en place.
Résultat : il était très difficile pour les opérateurs, cultivateurs et industriels d’atteindre les exigences établies. Il y avait une grande déconnexion entre l’industrie et la législation.
“Nous sommes là pour partager notre expérience et aider à créer un programme qui va réellement bénéficier à la population du Nord, former les petits agriculteurs et leur donner les standards et les procédures qui leur permettront de participer au programme national dès le départ”, affirme Lezli Engelking.
> Élaborer les standards unifiés et spécifiques au cannabis
Si Mme Engelking parle de standards et de procédures, c’est parce qu’elle a été, avec un groupe d’amis, la première à obtenir une autorisation pour cultiver le cannabis à Phoenix, en Arizona.
“Nous avons passé trois ans à cultiver le cannabis médical et à le transformer en huiles, aliments, emballages, et à le vendre. J’ai donc eu l’occasion de suivre toute la chaîne d’approvisionnement et de constater tous les challenges auxquels les opérateurs font face. C’est grâce à cette expérience que j’ai réalisé que l’industrie avait besoin de guides et de standards pour aider à comprendre comment cultiver le cannabis correctement.
“Au sein de la fondation des standards unifiés sur le cannabis, nous avons passé trois années à élaborer les standards spécifiques au cannabis pour la culture, l’industrialisation, la vente, la distribution et les tests en laboratoires”, ajoute-t-elle.
Pour élaborer des standards relatifs à l’industrie du cannabis, adaptés aux besoins des acteurs marocains de ce nouveau secteur, Lezli Engelking propose de se fonder sur les réglementations déjà en vigueur en matière d’agriculture et d’exportations. “Le Maroc a déjà une législation qu’il peut adapter à l’industrie du cannabis. Nul besoin de créer quelque chose de nouveau”, indique-t-elle.
> Mettre en place une stratégie de communication entre les différents acteurs
Réagissant à l’enthousiasme de diverses institutions nationales présentes lors de la conférence (l’université Abdelmalek Essaâdi, l’Institut national de recherche agronomique et l’Agence nationale des plantes médicinales et aromatiques), visant à tout mettre en œuvre pour collaborer entre elles, Lezli Engelking souligne l’importance de mettre en place une stratégie de communication.
L’absence de communication a causé de nombreux soucis aux États-Unis et au Canada, où “une multitude d’agences impliquées dans la réglementation ont vu le jour et se sont souvent concurrencées, ce qui leur a causé quelques problèmes, ainsi qu’aux acteurs de l’industrie”.
> Intégrer les trafiquants dans l’activité légale
La dépénalisation de la culture du cannabis à des fins médicales, industrielles et cosmétiques a également pour but de lutter contre l’activité illégale qui ne disparaîtra pas facilement.
Selon Erin Kennedy, “ce sera difficile de lutter contre les trafiquants. Ils n’ont aucun intérêt à intégrer le marché légal puisqu’ils s’enrichissent déjà. Il faut donc trouver un moyen de les ramener à l’industrie, en leur montrant comment ils vont en bénéficier”.
Il s’agit d’un des éléments “menaçants” pour l’industrie naissante. Selon Dr Faiçal Miyara, Marocain installé à New York, CEO et président de MediWana, “plusieurs consultants nous ont rapporté, dans différents rapports, que la culture illégale et les trafiquants de drogues agressives constituent une menace pour ce secteur qui peut faire fuir les investisseurs. Nous devons répondre à ces préoccupations en étant francs quant aux mesures qui seront mises en place dans le futur contre la culture illégale et les dealers de drogues”.
“Nous avons besoin d'identifier quelques activités alternatives, génératrices de revenus, afin de mettre fin au statut illégal des agriculteurs, pour qu’ils rejoignent l’industrie pharmaceutique et médicale du cannabis”, ajoute Dr Miyara.
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