Deux nominations diplomatiques à Paris et Bruxelles avec le Sahara en toile de fond

Au lendemain de la nomination de Mohamed Benchaâboun à l’ambassade du Maroc en France, et de Youssef Amrani au même poste à l’Union européenne, un expert en diplomatie revient, pour Médias24, sur les raisons de leur désignation. Optimiste, il avance qu’ils auront pour tâche de renforcer les relations commerciales avec leurs hôtes avec, en ligne de mire, la reconnaissance de la marocanité du Sahara.

Deux nominations diplomatiques à Paris et Bruxelles avec le Sahara en toile de fond

Le 21 octobre 2021 à 13h39

Modifié 21 octobre 2021 à 14h18

Au lendemain de la nomination de Mohamed Benchaâboun à l’ambassade du Maroc en France, et de Youssef Amrani au même poste à l’Union européenne, un expert en diplomatie revient, pour Médias24, sur les raisons de leur désignation. Optimiste, il avance qu’ils auront pour tâche de renforcer les relations commerciales avec leurs hôtes avec, en ligne de mire, la reconnaissance de la marocanité du Sahara.

Après plusieurs mois de quasi-vacance du pouvoir au sein des représentations diplomatiques du Maroc en France et à l’Union européenne, le ministre sortant des Finances et le désormais ex-ambassadeur du Maroc en Afrique du Sud ont été nommés, dimanche 17 octobre en Conseil des ministres, à la tête de la diplomatie marocaine ; d’une part en France, et d’autre part pour l’Union européenne.

Ainsi, Mohamed Benchaâboun remplace l’ambassadeur Chakib Benmoussa, désormais ministre de l’Éducation nationale, qui avait dû s’éloigner de son poste parisien après avoir été désigné, fin 2019, président de la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD) ; tandis que Youssef Amrani succède à Ahmed Rahhou, nommé en mars dernier au Conseil de la concurrence.

Sachant que le commerce extérieur du Maroc avec l’Union européenne ne représente pas moins de 60% de ses échanges mondiaux, un expert des affaires diplomatiques du pays nous confie que, sur le plan économique et géostratégique, ces désignations sont extrêmement sensibles et déterminantes.

Mohamed Benchaâboun, un expert pour renforcer les relations économiques

Sur la nomination de l’ancien banquier – devenu ministre des Finances – au poste de diplomate, notre interlocuteur, qui l’a côtoyé, affirme que ce technicien bénéficie d’une très grande expérience dans le management, qui lui sera utile pour développer les relations économiques franco-marocaines.

« Sachant qu’il a étudié en France et qu’il a multiplié de nombreux contacts français de très haut niveau quand il était ministre des Finances, sa mission devrait bien se dérouler, d’autant qu’il est ami avec son prédécesseur, Chakib Benmoussa, qui lui facilitera la tâche pour les dossiers en cours. »

« Bien qu’il soit avant toute chose un expert des finances, il a aujourd’hui acquis suffisamment de maturité pour s’attaquer à des dossiers internationaux qui engagent notre diplomatie », résume notre spécialiste.

2022, une année charnière pour accompagner la refonte de la politique étrangère de la France

« En effet, la France est à la croisée des chemins, à la fois sur le plan intérieur avec des élections présidentielles (prévues en mai 2022) qui pourraient amener l’extrême droite au pouvoir, mais aussi sur le plan international, avec un affaiblissement de son poids auprès de plusieurs pays africains qui lui préfèrent la Russie ou la Chine », poursuit-il.

« Il va donc y avoir une refonte de sa politique extérieure, et 2022 sera une année charnière où le nouvel ambassadeur aura fort à faire, aussi bien avec la forte communauté marocaine qu’avec les intérêts économiques qui lient nos deux pays, qu’il faudra réorienter à l’échelle internationale. »

« S’il faudra au nouvel ambassadeur quelques mois avant de donner sa pleine mesure, son principal défi sera de réorienter le partenariat franco-marocain vers d’autres horizons africains où la France est en perte de vitesse, mais aussi à terme de la pousser à reconnaître définitivement la marocanité du Sahara. »

« La baisse de l’attribution des visas, un épiphénomène qui sera rapidement dépassé »

A la question de savoir si le récent refroidissement des relations franco-marocaines, après l’annonce d’une baisse de 50% de l’attribution des visas français, n’allait pas lui compliquer la tâche, notre expert se veut optimiste, affirmant qu’il ne s’agit que d’un épiphénomène qui finira par s’autoréguler.

« Au regard des très fortes tensions actuelles entre l’Algérie et la France, le Maroc se devait de nommer un ambassadeur comme Benchaâboun qui possède un profil serein et apaisant pour dépasser cette petite crise. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir le calme dont il a fait preuve lorsqu’il a dû gérer la pandémie du Covid-19 », souligne notre expert averti.

Youssef Amrani, le meilleur candidat pour représenter le Maroc à l’UE

Visiblement ravi de la nomination de Youssef Amrani à la tête de l’ambassade du Maroc à l’Union européenne, notre interlocuteur affirme qu’il aurait été impossible de trouver meilleur candidat.

« Ayant été secrétaire général de l’Union pour la méditerranée (UPM), qui regroupe 42 pays dont plusieurs européens comme la France, l’Italie et l’Espagne, il possède de très nombreux contacts au sein de l’UE. »

« Sachant que l’UPM a son siège à Barcelone et qu’il a été consul du Maroc dans cette ville, il connaît donc parfaitement le milieu diplomatique européen et les personnalités qui comptent vraiment. De plus, il a acquis une grande expérience intramuros au Maroc, mais aussi extramuros à l’étranger. En effet, il a été successivement consul, ambassadeur, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, ministre délégué et enfin conseiller royal au palais pour les affaires diplomatiques », poursuit l’expert.

Au niveau extérieur, il a été à la tête, durant trois ans, de l’ambassade du Maroc en Colombie, en pleine guerre civile, avant d’être nommé au Chili et au Mexique, soit trois grandes capitales en Amérique latine.

« Ayant étudié à Boston, sa formation et son expérience professionnelle ont fait de lui un polyglotte qui parle parfaitement quatre langues : l’arabe, l’anglais, l’espagnol et le français », confie notre interlocuteur.

Il reconnaît cependant que Amrani rejoindra Bruxelles dans un contexte tendu, la Cour de justice européenne ayant récemment annulé les accords de pêche et d’agriculture au Sahara marocain.

« L’homme de la situation pour plaider le dossier du Sahara à l’UE »

« Lors de sa dernière affectation à Pretoria, qui est avec Alger le principal adversaire de l’intégrité territoriale du Royaume, il a beaucoup communiqué pour démontrer la justesse de la cause nationale. « Sachant qu’avec la procédure d’appel en cours, ces arrêts ne sont pas définitifs et que le nouvel ambassadeur connaît parfaitement les arcanes de l’UE et le dossier du Sahara, il va suivre de très près ces questions, et il y a donc lieu de demeurer optimiste », résume l’expert.

D’après lui, Youssef Amrani a d’ailleurs été choisi pour s’inscrire dans la nouvelle dynamique qui a suivi la reconnaissance américaine de l’intégrité territoriale du Maroc.

« A terme, pour renforcer nos relations économiques avec les 27, il devra faire en sorte de clore le dossier du Sahara marocain pour qu’il n’y ait plus d’entraves au développement commercial avec l’UE. »

« De par son statut avancé avec l’UE, le Maroc possède en effet tous les atouts pour développer des relations commerciales très fortes dans l’agriculture, la pêche et, de plus en plus, dans l’industrie avec l’automobile. »

Des nominations cruciales en attendant la fin de la crise avec l’Allemagne et l’Espagne

« N’ayant plus d’ambassadeur présent en Allemagne et en Espagne depuis plusieurs mois, le Maroc se devait de nommer de nouveaux ambassadeurs en France et à l’Union européenne, qui participeront à la réconciliation avec le voisin ibérique et celui de l’Hexagone.

« Le parachèvement de l’intégrité territoriale, qui permettra de renforcer les relations économiques avec l’UE, sera donc le cheval de bataille de ces deux diplomates », conclut notre expert.

Selon lui, il faudra attendre le changement de gouvernement en Allemagne et la fin des négociations avec le voisin espagnol pour assister au retour des ambassadeurs marocains dans ces deux pays européens.

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